Tempête Nils en France : au moins un mort et près d'un million de foyers dans le noir

Quatrième phénomène tempétueux à traverser l’Hexagone depuis janvier, la dépression Nils a semé le chaos ce jeudi 12 février sur une large partie du territoire français, de la façade atlantique jusqu’au bassin méditerranéen. Qualifié par Météo-France d’épisode « d’une force et d’une ampleur peu fréquentes », cet événement météorologique a provoqué la mort d’un homme et engendré des destructions matérielles considérables dans le sud du pays.

Des pannes électriques massives et une mobilisation inédite d’Enedis

L’un des impacts les plus spectaculaires de cette tempête concerne le réseau électrique. En milieu de matinée, Enedis comptabilisait 900 000 foyers plongés dans l’obscurité à travers le pays. La Nouvelle-Aquitaine concentre à elle seule près de 498 000 coupures, tandis que l’Occitanie en totalise 365 000. « C’est un événement climatique d’ampleur exceptionnelle », a reconnu Marianne Laigneau, présidente du directoire d’Enedis, annonçant le déploiement de 3 000 techniciens et prestataires sur le terrain ainsi que l’acheminement de groupes électrogènes et d’hélicoptères pour accélérer les opérations de rétablissement.

Un bilan humain tragique dans les Landes

La violence de Nils a coûté la vie à un chauffeur routier âgé de 55 ans, sur la commune de Mées, dans les Landes. L’homme circulait sur une route à quatre voies près de Dax lorsqu’une branche projetée par les rafales a transpercé le pare-brise de son poids lourd. Par ailleurs, une personne a été grièvement blessée à Castelsarrasin, dans le Tarn-et-Garonne, à la suite d’une chute d’arbre, tandis que plusieurs blessés légers ont été signalés à Bayonne et dans l’Aude, où le préfet Alain Bucquet a fait état de six personnes touchées dans des accidents liés aux intempéries.

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Des rafales exceptionnelles de l’Atlantique à la Méditerranée

Les relevés anémométriques traduisent la puissance hors norme de cette dépression hivernale. Sur le littoral landais, les instruments ont enregistré 162 km/h à Biscarrosse durant la nuit. Plus au sud, Pau a subi des pointes à 145 km/h, frôlant le record historique de 1976 (151 km/h). Au fil de la matinée, le cœur de la tempête s’est déplacé vers l’est, frappant de plein fouet le Languedoc-Roussillon : 157 km/h à Leucate, 148 km/h à Perpignan et une valeur exceptionnelle de 180 km/h relevée à Caixas, dans les Pyrénées-Orientales, à seulement 300 mètres d’altitude.

Vigilances rouges, écoles fermées et transports paralysés

Au plus fort de la crise, cinq départements étaient placés en vigilance rouge : la Gironde et le Lot-et-Garonne pour les crues, la Savoie pour les avalanches, l’Aude et les Pyrénées-Orientales pour les vents violents. Dans ces deux derniers départements, l’ensemble des établissements scolaires, des crèches aux lycées, sont restés fermés. L’alerte rouge vent y a finalement été levée à 14h, mais trois départements demeurent au niveau d’alerte maximal en cette fin de journée.

Côté transports, la circulation ferroviaire est quasi intégralement suspendue en Nouvelle-Aquitaine et fortement perturbée en Occitanie, les liaisons entre Bordeaux, Toulouse et Narbonne étant coupées. L’autoroute A64 a été fermée sur deux tronçons en raison de chutes d’arbres, tandis que les vols à destination et au départ de la Corse ont été annulés en prévision de l’arrivée de Nils sur l’île dans la nuit.

Une grue de 550 tonnes s’effondre dans le port de Sète

Parmi les scènes les plus impressionnantes de la journée, une imposante grue sur rails a basculé sur un cargo céréalier amarré dans le port de Sète, dans l’Hérault. Les freins de l’engin, pesant environ 550 tonnes, ont cédé sous la pression des bourrasques, provoquant sa chute sur un navire chargé de 60 000 tonnes de colza. Si aucun blessé n’est à déplorer, les autorités portuaires estiment qu’il faudra plusieurs semaines avant un retour à la normale des activités.

Crues majeures et risque d’avalanches

Au-delà des vents, la tempête Nils aggrave une situation hydrologique déjà critique. En Gironde, la Garonne est sortie de son lit, notamment à La Réole, où une trentaine d’habitants ont été évacués dès mercredi soir. Le pic de crue y est attendu vendredi, avec des niveaux rappelant l’épisode historique de décembre 2019. En Charente, un Ehpad situé en bordure de rivière à La Rochefoucauld a dû être évacué par précaution, 66 résidents ayant été transférés vers un hôpital.

Dans les Alpes, la Savoie est en vigilance rouge avalanches, Météo-France évoquant une situation « exceptionnelle » sur la Haute-Tarentaise et près du Mont-Blanc, avec des chutes de neige pouvant dépasser un mètre. Plusieurs stations de ski, dont La Plagne, Courchevel et Chamonix, ont fermé tout ou partie de leur domaine.

La péninsule ibérique également durement touchée

La tempête Nils n’épargne pas les pays voisins. En Catalogne espagnole, la protection civile a recensé 61 personnes ayant nécessité une assistance médicale, dont 23 hospitalisées et un blessé grave parmi les volontaires mobilisés. « Ce sont des rafales de vent très importantes, d’une virulence exceptionnelle », a déclaré Nuria Parlon, responsable régionale de l’intérieur, sur la radio RAC1. Au Portugal, les inondations ont provoqué l’effondrement partiel d’un viaduc autoroutier sur l’autoroute A1 reliant Lisbonne à Porto, après la rupture d’une digue. Le ministre portugais des Infrastructures, Miguel Pinto Luz, a prévenu que la remise en état nécessiterait « des semaines ».

La fin de l’épisode venteux est attendue dans la soirée pour les régions méditerranéennes et vendredi matin pour la Corse, mais les conséquences des crues et l’état des sols saturés d’eau prolongeront les risques bien au-delà du passage de la tempête.

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