Avec plus de deux milliards d’utilisateurs à travers le monde, WhatsApp est devenue bien plus qu’une simple application de messagerie. Elle représente aujourd’hui un canal incontournable de communication personnelle et professionnelle, un outil du quotidien pour des centaines de millions d’Européens. C’est précisément cette omniprésence qui rend la dernière décision de Meta si problématique aux yeux de Bruxelles. Depuis le 15 janvier 2026, le groupe de Mark Zuckerberg a modifié les conditions d’utilisation de WhatsApp Business pour interdire l’accès aux assistants d’intelligence artificielle tiers, ne laissant que Meta AI, son propre assistant, opérer sur la plateforme. Des services comme ChatGPT ou Perplexity, qui étaient auparavant accessibles directement via l’API de WhatsApp, en ont été exclus du jour au lendemain.
La réaction de la Commission européenne ne s’est pas fait attendre. Ce lundi 9 février 2026, l’exécutif européen a adressé à Meta une communication des griefs, estimant à titre préliminaire que l’entreprise américaine a enfreint les règles de l’Union européenne en matière de pratiques anticoncurrentielles. Pour Teresa Ribera, vice-présidente de la Commission chargée de la concurrence, « nous devons protéger une concurrence effective dans ce secteur dynamique » et il est hors de question de laisser les géants technologiques « exploiter illégalement leur position dominante pour s’octroyer un avantage indu ».
La Commission européenne accuse Meta d’abus de position dominante sur le marché des messageries
Au cœur de l’accusation, une analyse sans ambiguïté de Bruxelles : WhatsApp occuperait une position dominante sur le marché européen des applications de communication grand public, et Meta exploiterait cette domination pour verrouiller l’accès au marché émergent des assistants IA. La Commission considère que la messagerie constitue un point d’entrée stratégique permettant aux assistants d’intelligence artificielle d’atteindre directement les consommateurs. En fermer les portes reviendrait donc à étouffer la concurrence naissante sur ce segment en pleine expansion.
Bruxelles envisage d’aller vite. L’exécutif européen a signalé son intention d’imposer des mesures provisoires d’urgence, qui contraindraient Meta à rétablir l’intégration des assistants IA concurrents dans WhatsApp pendant toute la durée de l’enquête. La Commission justifie cette célérité par le « risque de préjudice grave et irréparable porté à la concurrence ». Des acteurs plus modestes pourraient être définitivement marginalisés si rien n’est fait rapidement. L’enquête couvre l’ensemble de l’Espace économique européen à l’exception de l’Italie, où l’autorité nationale de la concurrence, l’AGCM, mène sa propre procédure et avait déjà ordonné en décembre 2025 la suspension des nouvelles conditions d’utilisation de WhatsApp Business sur le marché italien.
Meta conteste les accusations de Bruxelles et défend la fermeture de WhatsApp aux chatbots IA tiers
Du côté de Meta, le ton est tout aussi ferme. Un porte-parole du groupe a déclaré à Reuters que l’UE n’avait « aucune raison d’intervenir », qualifiant le raisonnement de la Commission d’erroné. L’entreprise fait valoir que les utilisateurs disposent déjà de multiples moyens d’accéder aux assistants d’intelligence artificielle, que ce soit via les boutiques d’applications, les systèmes d’exploitation, les navigateurs web ou encore les partenariats entre plateformes. Meta avait par ailleurs justifié sa décision par des raisons techniques, expliquant en décembre que la multiplication des chatbots IA sollicitait excessivement l’infrastructure de WhatsApp, dont les systèmes n’auraient pas été conçus pour supporter une telle charge.
Le groupe a toutefois laissé entendre que dans les pays où une obligation légale d’ouverture serait imposée, une tarification spécifique pour les entreprises proposant des chatbots IA pourrait être mise en place. Meta dispose désormais d’un droit de réponse avant toute décision définitive de la Commission. Les sanctions potentielles en cas d’infraction avérée aux règles antitrust européennes peuvent atteindre 10 % du chiffre d’affaires annuel mondial du groupe. Ce bras de fer entre Bruxelles et Meta survient à un moment délicat, alors que Washington multiplie les pressions sur l’Union européenne, accusant régulièrement les régulateurs du Vieux Continent de cibler injustement les champions technologiques américains. En avril 2025, la Commission avait déjà infligé à Meta une amende de 200 millions d’euros pour infraction à la législation sur les marchés numériques concernant l’utilisation des données personnelles sur Facebook et Instagram. La bataille autour de WhatsApp et de l’intelligence artificielle ne fait que commencer.



