Détecteur de mensonge pour les futurs ministres : Madagascar tente le tout pour le tout contre la corruption

À Madagascar, lutter contre la corruption ne se décrète plus — ça se mesure sur un siège, des électrodes aux doigts.

Madagascar va soumettre ses candidats ministres à un test au détecteur de mensonge avant toute nomination au gouvernement. Le colonel Michaël Randrianirina, qui dirige le pays depuis le renversement du président Andry Rajoelina en octobre 2025, a annoncé cette procédure inédite pour constituer un nouvel exécutif après avoir limogé l’ensemble de son gouvernement le 9 mars, sans explication publique.

Une procédure de sélection supervisée par des experts internationaux

La polygraphie remplacera les enquêtes de moralité traditionnellement confiées aux services de renseignement. Des experts étrangers seront chargés de conduire les tests, selon les précisions apportées par Randrianirina. Les candidats ayant passé cette étape avec succès passeront ensuite un entretien avec lui et le Premier ministre. Le chef de la transition a fixé un seuil minimal : « On ne cherche pas quelqu’un de propre à 100 % mais à plus de 60 %. De cette manière, Madagascar pourra enfin se développer. »

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Madagascar parmi les pays les plus touchés par la corruption

La mesure intervient dans un pays où la corruption constitue un facteur structurel de crise. Selon le Corruption Perceptions Index 2025 de Transparency International, Madagascar obtient un score de 25 sur 100 — parmi les plus bas du continent africain. L’organisation place l’Afrique subsaharienne au dernier rang mondial, avec une moyenne régionale de 32 sur 100, et note explicitement que la corruption endémique à Madagascar a été l’un des déclencheurs des soulèvements de jeunes qui ont conduit à la chute du gouvernement Rajoelina. Détournements de fonds publics, défaillance chronique des services d’eau et d’électricité, impunité des responsables — ces griefs ont structuré la contestation populaire.

Fiabilité contestée, réformes structurelles attendues

Ce que les organisations de la société civile malgache réclament va bien au-delà du polygraphe : une justice débarrassée des interférences politiques, des comptes publics auditables et des mécanismes de protection pour ceux qui dénoncent les abus. La communauté scientifique internationale, de son côté, n’a jamais reconnu au détecteur de mensonge une fiabilité suffisante pour en faire un outil décisionnel — ses résultats restent tributaires du profil psychologique du sujet et de la méthode de l’opérateur.

La composition du nouveau gouvernement malgache devrait être annoncée à l’issue de ce processus de sélection, dont le calendrier précis n’a pas encore été rendu public.​​​​​​​​​​​​​​​​

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