Depuis la quasi-fermeture du détroit d’Ormuz par les forces iraniennes fin février 2026, les navires liés à des intérêts espagnols bénéficient d’un traitement de faveur : Téhéran leur autorise le transit, une exception notable dans un blocus qui paralyse près de 95 % du trafic maritime habituel. L’ambassade iranienne à Madrid a confirmé cette position sur le réseau social X, qualifiant l’Espagne de « pays attaché au droit international ».
Le ministère espagnol des Affaires étrangères a pour sa part indiqué à Euronews n’avoir connaissance d’aucun accord officiel, tout en reconnaissant, selon des sources diplomatiques citées par le média européen, que le phénomène s’est produit dans les faits. Aucun cadre formel ne régit ces passages : les autorisations seraient accordées au cas par cas, en coordination directe avec les autorités iraniennes, dans le respect des règles imposées par Téhéran depuis le 24 mars.
La neutralité de Sánchez, monnaie d’échange diplomatique
Ce traitement s’explique par la posture adoptée par le gouvernement du Premier ministre Pedro Sánchez depuis le déclenchement du conflit, après les frappes américano-israéliennes du 28 février 2026 contre l’Iran. Madrid a refusé d’autoriser les États-Unis à utiliser les bases militaires de Rota et de Morón pour des frappes contre Téhéran — une décision approuvée par 53,2 % des Espagnols selon un sondage publié par le quotidien El País. Sánchez s’est également imposé comme la principale voix européenne hostile à la stratégie de « pression maximale » portée par Washington et Tel-Aviv.
L’Iran a traduit cette neutralité en avantage concret. L’Espagne rejoint ainsi la Malaisie et la Thaïlande, deux pays également considérés comme « non hostiles » par Téhéran et qui ont obtenu des garanties de passage après des contacts diplomatiques directs, sans accord contraignant.
Un détroit sous contrôle sélectif
Depuis le 24 mars, l’Iran a transmis à l’Organisation maritime internationale (OMI) une circulaire précisant que les navires « non hostiles » peuvent transiter par le détroit à condition de coordonner leur passage avec les autorités iraniennes et de ne participer à aucune action militaire contre la République islamique. Les navires liés aux États-Unis, à Israël ou à leurs alliés restent exclus du dispositif.
Ce régime sélectif a des implications économiques directes : environ 20 % du pétrole mondial et 19 % du gaz naturel liquéfié transitaient habituellement par ce goulet d’étranglement avant la crise. Du 1er au 21 mars, seuls 144 passages y ont été enregistrés, selon la société d’analyse Kpler, contre un rythme normal de plusieurs centaines.
La Maison-Blanche a d’ores et déjà menacé d’imposer des droits de douane sur les produits espagnols et de suspendre sa coopération en matière de renseignement si Madrid continuait à tirer bénéfice de sa relation avec Téhéran.



