Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores, détenus depuis le 3 janvier au Metropolitan Detention Center de Brooklyn, ont comparu jeudi 26 mars devant le tribunal fédéral du district sud de New York pour leur deuxième audience depuis leur capture par des forces militaires américaines.
« Nous avons confiance dans le système juridique des États-Unis
Depuis Caracas, où plusieurs centaines de partisans suivaient l’audience en direct sur écran géant, le fils de l’ancien dirigeant, le député Nicolás Maduro Guerra, a affiché une confiance déclarée dans la justice américaine — tout en la tempérant aussitôt. Selon lui, son père bénéficierait d’une immunité mondiale en vertu des conventions de Genève et de Vienne, et « ce procès présente des vestiges d’illégitimité dès le départ, à cause de la capture, de l’enlèvement d’un président élu lors d’une opération militaire ». Une posture qui résume l’équilibre précaire sur lequel repose la stratégie de la défense : contester la légitimité de la procédure sans rejeter l’institution qui en est garante.
Un revirement administratif en moins de trois heures
Ce positionnement prend tout son relief face au blocage financier qui paralyse concrètement la défense. Le 9 janvier, l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) — l’organisme du département du Trésor chargé d’administrer les sanctions contre le Venezuela — avait accordé une licence autorisant Caracas à financer les frais juridiques du couple. Moins de trois heures plus tard, sans explication fournie, la licence était révoquée. L’avocat Barry Pollack a porté ce revirement devant le juge Alvin Hellerstein, soutenant que Maduro se trouve dans l’incapacité de régler lui-même des honoraires à la hauteur de la complexité du dossier. Le ministère public conteste cette déclaration d’insolvabilité, estimant que le couple dispose de ressources personnelles suffisantes.
Le juge Hellerstein a interrogé la cohérence du blocage au regard du réchauffement diplomatique entre Washington et Caracas depuis janvier : rétablissement de relations formelles, assouplissement de certaines sanctions sur le secteur pétrolier vénézuélien, envoi d’un chargé d’affaires à Caracas. Le parquet maintient sa position : autoriser un gouvernement sous sanctions à financer la défense de ses propres dirigeants dans un dossier découlant directement de leur conduite reviendrait à vider ces mêmes sanctions de leur portée. Pollack a réclamé l’annulation totale des poursuites pour violation du sixième amendement. Hellerstein a écarté cette option à ce stade, précisant qu’il ne l’examinerait que si le Trésor refusait de revenir sur sa décision. Aucune date d’audience n’a été fixée.
Un précédent juridique aux issues incertaines
Au-delà du bras de fer sur les honoraires, le dossier soulève des obstacles de fond qui rendent un procès rapide peu probable. La loi sur le narcoterrorisme de 2006, sous laquelle Maduro est poursuivi avec trois autres chefs d’accusation dont le trafic de cocaïne, affiche un bilan judiciaire limité : sur 83 personnes inculpées depuis son entrée en vigueur, quatre condamnations ont été obtenues au terme d’un procès, dont deux ont ensuite été annulées en appel pour des problèmes liés à la crédibilité des témoins, selon Reuters.
Des experts juridiques consultés par NPR estiment que la question de l’immunité de chef d’État et les conditions de la capture — une opération militaire sans procédure d’extradition préalable — pourraient alimenter six à neuf mois de procédure préliminaire avant tout examen au fond. En cas d’acquittement ou d’annulation des charges, Maduro, qui n’est pas citoyen américain, pourrait par ailleurs faire l’objet d’une mesure d’expulsion ou d’une demande d’extradition : l’Argentine a déposé en février 2026 un mandat pour crimes contre l’humanité.
