Trois semaines après la suspension des réseaux sociaux décrétée le 17 février 2026 par la Haute autorité de la communication (HAC) du Gabon, les autorités de Libreville franchissent un nouveau cap. Le président de la HAC, Germain Ngoyo Moussavou, a annoncé le 2 mars que son institution travaille désormais à bloquer les réseaux privés virtuels (VPN), massivement adoptés par les internautes gabonais pour contourner la restriction.
La décision initiale avait entraîné une ruée sans précédent vers ces outils de contournement : selon l’observatoire indépendant NetBlocks, leur usage a bondi de 25 000 % en une seule journée au Gabon après l’entrée en vigueur de la coupure le 18 février. Le fournisseur Proton a également fait état d’une forte hausse de téléchargements de son application VPN ce même jour.
La HAC distingue trois catégories de VPN
Dans une interview accordée au quotidien gabonais L’Union, Germain Ngoyo Moussavou a précisé que la HAC entend graduer sa réponse selon le type d’outil utilisé : les outils professionnels homologués ne seraient pas touchés, contrairement aux applications grand public, dont l’accès serait progressivement restreint en coordination avec les opérateurs de téléphonie. L’institution reconnaît travailler avec les opérateurs techniques pour rendre la mesure pleinement effective. Aucun gouvernement n’est jusqu’ici parvenu à une interdiction totale des VPN, dont le blocage est considéré comme très difficile à réaliser techniquement.
Lors du conseil des ministres du 2 mars, le président Brice Clotaire Oligui Nguema a revendiqué personnellement la suspension initiale, la qualifiant d’« acte de souveraineté et de responsabilité » face à des « campagnes organisées de diffamation » et des « manœuvres de déstabilisation et d’instrumentalisation politiques inacceptables ».
L’opposition saisit la justice et la Cour constitutionnelle
La mesure suscite une résistance juridique et politique croissante. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze, principal opposant au président et candidat malheureux à la dernière élection présidentielle, a saisi le tribunal de première instance de Libreville en référé, dénonçant une « décision disproportionnée » portant atteinte à la liberté d’expression, d’information et de communication. Des compatriotes ont également déposé un recours devant la Cour constitutionnelle, invoquant une violation de l’article 14 de la Constitution gabonaise, qui garantit les libertés individuelles.
La suspension frappe également les créateurs de contenus et les entrepreneurs numériques. Facebook et TikTok, les plateformes les plus utilisées au pays, demeurent inaccessibles, tout comme YouTube et Instagram. WhatsApp ne fonctionne que de manière partielle, perturbant aussi bien les échanges professionnels que les activités scolaires.
Une délégation de TikTok attendue à Libreville
Au-delà du blocage technique, la HAC dit poursuivre un objectif de négociation avec les plateformes internationales. Une délégation de TikTok est attendue à Libreville dans les prochains jours pour des discussions portant sur les mécanismes de modération des contenus. Le gouvernement a également indiqué être en contact avec le groupe américain Meta, propriétaire de Facebook, WhatsApp et Instagram, dans le même but.
La levée de la suspension reste conditionnée à la mise en place d’un nouveau cadre juridique. Lors du conseil des ministres du 26 février, le gouvernement a adopté plusieurs projets d’ordonnance visant à encadrer l’usage des réseaux sociaux. Germain Ngoyo Moussavou a indiqué qu’il faut encore « laisser un peu de temps au gouvernement de finaliser tout le dispositif juridique » avant tout rétablissement.
