La journée aurait pu s’arrêter à Covè. Elle s’est prolongée jusqu’au Plateau, dans les terres nago, à Kétou et Pobè. Six étapes en un seul jour. Un programme agricole, une vision culturelle, des anciens qui parlent et une foule qui juge. Portrait d’une campagne qui ne connaît pas la fatigue.
Il était déjà en milieu d’après-midi quand la caravane a atteint Pobè. Le soleil baissait sur les collines du Plateau, l’ombre des fromagers s’allongeait sur la cour du meeting, et Romuald Wadagni arrivait au bout d’une journée qui avait commencé à Agbangnizoun dans la fraîcheur du matin. Six étapes. Des centaines de kilomètres. Des milliers de mains serrées, de visages mémorisés, de questions reçues et d’engagements formulés. Et pourtant – ceux qui le suivent le notent avec une sorte d’incrédulité – il n’avait rien perdu de son énergie. Ou alors il ne le montrait pas. Ce qui revient au même.
À Kétou, une heure plus tôt, la ville avait sorti ce qu’elle avait de mieux. Les femmes en tenue traditionnelle du Plateau, les tambours qui marquaient l’entrée de la caravane, les anciens assis sous le grand arbre de la place qui avaient attendu depuis le matin – parce que dans les villages du pays nago, on ne part pas une fois qu’on a décidé d’attendre. Il y a une forme de dignité dans cette attente-là. Et Wadagni l’a reconnue. Il a pris le temps de saluer les anciens avant même de monter sur l’estrade.
« Les anciens qui attendent depuis des heures pour me voir : c’est eux qui m’honorent. Pas l’inverse. Et je ne l’oublierai pas. »
Ce que les hameaux du Plateau lui avaient dit
Comme à chaque étape – comme à Agbangnizoun au lever du jour, comme à Abomey, Bohicon, Covè avant -, Wadagni était déjà venu. Avant les caméras, avant l’escorte, avant les affiches collées sur les murs. Il avait arpenté les hameaux du Plateau, s’était assis avec les agriculteurs, avait entendu ce qu’ils vivent. Le manque d’équipements. L’inaccessibilité des intrants de qualité. L’absence de filet quand la pluie ne vient pas. La structuration sociale inexistante qui laisse chaque paysan face à son destin individuel, sans coopérative viable, sans assurance récolte, sans rien.
Ce qu’il a dit à Kétou et Pobè n’était donc pas des promesses générales sur l’agriculture. C’était des réponses. La mécanisation pensée pour les petites exploitations. Des intrants certifiés rendus accessibles financièrement. Une sécurité sociale pour les agriculteurs – cet engagement qui, à chaque étape de la journée, a suscité les réactions les plus nettes, parce qu’il touche à quelque chose de fondamental : la dignité de ceux qui produisent la richesse alimentaire du pays sans jamais jouir de la moindre protection.
Les cadres du Plateau témoignent en premiers
Comme dans toutes les étapes de la journée, la prise de parole a commencé par les cadres locaux. Des élus, des responsables communaux, des acteurs de terrain du Plateau qui ont raconté – devant leurs propres concitoyens, dans leurs propres mots – ce qu’ils font concrètement, avec le soutien de Wadagni, pour les populations de la zone. Cette méthode est l’une des marques les plus lisibles de la campagne. Elle dit que le programme n’est pas importé de la capitale. Il est construit depuis le terrain, avec ceux qui y vivent, et c’est depuis le terrain qu’on le présente.
Bohicon avait déjà donné le ton avec Soglo

À Bohicon, en milieu de matinée, la journée avait pris une couleur particulière avec la présence du président Nicéphore Soglo. Ancien chef d’État, figure de la démocratie béninoise, il s’était levé pour être là. Sa déclaration – « Moi je suis certain de mon fils Romuald Wadagni, c’est un homme d’action et il fera le boulot » – avait donné à la journée son assise symbolique. Soglo ne prodigue pas ce genre de caution facilement. Quand il le fait, c’est parce qu’il a jugé. Et dans le pays nago comme ailleurs au Bénin, on respecte le jugement de ceux qui ont payé le prix de l’exercice du pouvoir.
Quand la nuit est tombée sur Pobè, la caravane repartait vers le sud. Derrière elle, six communes avaient été traversées en une journée. Des milliers de personnes avaient vu, entendu, jaugé. Certains avaient été convaincus dès la première phrase. D’autres attendront les actes – et c’est leur droit. Mais quelque chose s’était passé : un candidat était venu les voir non pas pour leur vendre une image, mais pour prolonger une conversation qu’il avait lui-même commencée dans les hameaux, bien avant que la campagne soit officiellement déclarée.
C’est peut-être cela, au fond, ce qui distingue Wadagni dans ce paysage électoral : il arrive toujours en retard sur les affiches, et en avance sur les réalités. Parce qu’il avait déjà fait le chemin.
« Je ne suis pas venu vous chercher à quelques jours du vote. Je suis avec vous depuis longtemps. Et si vous me faites confiance le 12 avril, je continuerai – tous les jours. »



