Présenté le 2 avril à Tanger, en marge de la 58e session de la Commission économique pour l’Afrique (CEA), un document conjoint de la Banque africaine de développement, de la Commission de l’Union africaine, du Programme des Nations Unies pour le développement et de la CEA alerte sur la fragilité accrue des économies africaines face aux tensions au Moyen-Orient. Les quatre institutions indiquent que 29 monnaies du continent se sont affaiblies, avec pour effet immédiat un renchérissement du service de la dette extérieure et des importations stratégiques.
L’alerte intervient alors que plusieurs pays africains, fortement dépendants des importations, subissent déjà la hausse des coûts de l’énergie, de l’alimentation et des intrants agricoles. Selon la Commission économique pour l’Afrique, les prix mondiaux du pétrole avaient progressé de plus de 50 % à fin mars, accentuant les tensions sur les finances publiques, les balances commerciales et les prix à la consommation.
Une facture extérieure plus lourde
L’affaiblissement de plusieurs monnaies africaines accroît mécaniquement le coût des remboursements libellés en devises étrangères, notamment en dollar. Il renchérit aussi les achats de produits essentiels comme le carburant, les denrées alimentaires ou encore les engrais, alors que nombre d’États disposent de marges budgétaires limitées. Les auteurs du document estiment qu’un prolongement du conflit au-delà de six mois pourrait amputer la croissance africaine de 0,2 point de pourcentage en 2026.
Les institutions à l’origine du texte rappellent aussi que le Moyen-Orient représente 15,8 % des importations africaines et 10,9 % des exportations du continent, ce qui expose directement l’Afrique aux perturbations commerciales et logistiques liées à la crise actuelle.
Engrais et agriculture sous tension
Au-delà du pétrole, les auteurs du document pointent un autre risque immédiat : l’accès aux intrants agricoles. Les perturbations touchant les approvisionnements énergétiques du Golfe pourraient freiner la production et l’acheminement d’ammoniac et d’urée, deux composantes majeures des engrais, au moment même où plusieurs pays entrent dans la période des semis.
Pour les économies déjà exposées à l’insécurité alimentaire, la menace dépasse donc le seul terrain monétaire. Une hausse durable du prix des engrais pourrait se répercuter sur les rendements agricoles, puis sur les marchés alimentaires locaux dans les prochains mois. Le président de la Commission de l’Union africaine, Mahmoud Ali Youssouf, a estimé que « la poursuite et l’escalade du conflit aggravent l’instabilité mondiale », avec des conséquences sérieuses pour l’énergie, l’alimentation et la résilience économique du continent.
S.E. Mahmoud Ali Youssouf: « L’escalade continue du conflit aggrave l’instabilité mondiale, avec de graves conséquences pour les marchés de l’énergie, la sécurité alimentaire et la résilience économique, en particulier en Afrique où les pressions économiques restent aiguës ».
Des réponses attendues des gouvernements africains
Les rédacteurs du document jugent que les chocs actuels se diffusent plus vite que lors des précédentes crises mondiales, réduisant les capacités d’ajustement des États africains. Ils recommandent des réponses rapides sur les carburants, les approvisionnements alimentaires, la protection sociale ciblée et la coordination régionale, notamment via les mécanismes africains de résilience financière.
Ces conclusions ont été rendues publiques alors que la session ministérielle de la CEA se tenait à Tanger les 2 et 3 avril 2026, avec en toile de fond les arbitrages attendus des gouvernements africains sur les mesures d’atténuation à engager dans les prochaines semaines.
