Rentré en Côte d’Ivoire le 28 mars 2026 après dix jours en France, le président Alassane Ouattara aurait immédiatement enchaîné des réunions de crise sur deux dossiers qui fragilisent son début de mandat : les coupures d’électricité à Abidjan et l’effondrement de la filière cacao. C’est ce que rapporte la lettre confidentielle Africa Intelligence, spécialisée dans les affaires africaines.
Un réseau électrique saturé inscrit à l’ordre du jour du Conseil des ministres
Les délestages frappent le district d’Abidjan depuis le début de l’année. La situation est devenue suffisamment préoccupante pour être inscrite à l’ordre du jour du Conseil des ministres du 1er avril 2026, présidé par Ouattara au Palais de la Présidence à Abidjan-Plateau. Le ministre des Mines, du Pétrole et de l’Énergie y a présenté un diagnostic officiel : environ 80 % des interruptions sont imputables à une surexploitation des câbles de transport, le reste résultant du dépassement des capacités des transformateurs. La demande en électricité a bondi de 14 % par rapport aux pics habituels, sous l’effet d’une vague de chaleur exceptionnelle et d’un afflux de nouveaux abonnés dans les quartiers en extension du district.
Le Conseil a acté un programme d’urgence de 32 milliards de francs CFA, déjà en cours d’exécution depuis le lancement des travaux au poste source de la Djibi le 28 mars. Selon le communiqué officiel de la Présidence, ce dispositif doit permettre « dans quelques semaines, de mettre un terme à cette situation », en attendant le déploiement d’un plan national de réhabilitation du réseau de distribution électrique, dont le calendrier n’a pas été précisé.
Le cacao, une crise qui pèse sur les producteurs
Sur le front du cacao, la situation est plus profonde. Les cours mondiaux se sont effondrés d’environ 70 % depuis leur pic de fin 2024 : la tonne s’échangeait autour de 2 900 dollars en mars 2026, contre plus de 11 000 dollars à leur sommet. Le prix garanti aux producteurs ivoiriens, fixé par Ouattara à 2 800 FCFA le kilogramme à l’ouverture de la campagne en octobre 2025, se retrouve désormais supérieur au cours mondial, exposant l’État à un différentiel considérable. Environ 60 000 tonnes restent bloquées chez les producteurs de la région de Gagnoa. Le 30 mars, le président du Syndicat national des enfants de producteurs de Côte d’Ivoire (SYNEPCI) a publiquement exigé l’intervention personnelle du chef de l’État pour stabiliser les prix et ouvrir un dialogue national sur la filière. Des appels à la grève ont circulé dans plusieurs zones de production.
La Côte d’Ivoire, premier producteur mondial de cacao avec près de 45 % de l’offre mondiale, accueille les 8 et 9 avril 2026 à Abidjan une réunion des 23 pays membres de l’Organisation internationale du cacao (ICCO), où des mécanismes de stabilisation des prix et un nouvel accord international sur la filière doivent être examinés.
