Face aux menaces répétées de Donald Trump de quitter l’OTAN, les dirigeants européens élaborent en silence une stratégie d’autonomie militaire et financière. Selon POLITICO, qui a révélé l’information le 1ᵉʳ avril en se fondant sur des entretiens avec 24 ministres, responsables et diplomates européens, Bruxelles prépare des parades diplomatiques et institutionnelles pour réduire sa dépendance à l’égard de Washington, tandis que la guerre en Iran aggrave les fractures transatlantiques.
La rupture transatlantique s’est cristallisée autour de la guerre en Iran. Le 28 février 2026, les États-Unis et Israël ont lancé une vaste série de frappes contre le régime iranien. Trump a exigé que l’OTAN se joigne à cette offensive et aide à rouvrir le détroit d’Ormuz, point de passage stratégique fermé par Téhéran. Les capitales européennes ont refusé, invoquant leur absence dans le processus décisionnel américain et l’absence de lien direct entre le golfe Persique et la sécurité collective européenne. « Nous voulons tous que la guerre se termine, mais nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde que les États-Unis », confie un responsable informé des discussions à POLITICO.
Court terme : limiter les dégâts
Les Européens activent des tactiques immédiates pour apaiser Trump sans céder sur le fond. Le Royaume-Uni organise un sommet virtuel des 35 puissances (sans participation américaine) destiné à restaurer la navigation marchande dans le golfe Persique par des moyens diplomatiques. L’objectif affiché : montrer que l’Europe agit de manière autonome. Parallèlement, les responsables comptent sur la visite d’État prévue du Roi Charles III aux États-Unis pour « flatter l’ego » d’un Trump réputé sensible au protocole monarchique et apaiser les tensions, selon les documents consultés par POLITICO.
Indépendance stratégique : investissements massifs
Sur le moyen terme, l’Union européenne envisage de passer à l’offensive. Les dirigeants ont discuté de débloquer 150 milliards d’euros de prêts destinés à inciter les États membres à renforcer davantage leurs capacités militaires propres. Les responsables explorent également sérieusement l’Article 42.7 du traité de l’UE — équivalent européen de l’Article 5 de l’OTAN sur l’assistance mutuelle — pour en faire potentiellement le fondement d’une défense collective indépendante de Washington. Un nouveau plan de sécurité économique doit être présenté à l’été 2026.
Vers une autonomie stratégique européenne sans Washington
En cas de départ américain, les pays européens envisagent de renforcer des formats de défense en parallèle de l’OTAN. La Joint Expeditionary Force menée par les Britanniques et regroupant principalement les nations du nord du continent pourrait voir ses capacités opérationnelles augmenter. Le Nordefco, partenariat de défense nordique, figure parmi les options pour sécuriser le flanc septentrional. L’Ukraine pourrait y être davantage associée, tandis que le Canada envisage de s’en rapprocher.
Ces préparatifs interviennent lors de réunions discrètes à Bruxelles, où les dirigeants évaluent les conséquences d’un éventuel départ américain. Les premières conclusions seront visibles lors des sommets européens prévus pour l’été 2026.



