Vingt-cinq délégations africaines et des représentants du Golfe se sont retrouvés ce 3 juillet à Lomé, convoqués par l’Alliance Politique Africaine (APA) pour évaluer, chiffres à l’appui, ce qu’une guerre déclenchée à des milliers de kilomètres coûte déjà au continent. La conférence ministérielle extraordinaire, présidée par le Président du Conseil de la République togolaise Faure Essozimna Gnassingbé, portait sur le thème « L’Afrique face à la crise au Moyen-Orient : impacts, défis et réponses stratégiques ».
Quatre lignes de réflexion posées d’emblée
Ouvrant les travaux, Gnassingbé a présenté quatre axes de réflexion aux participants. Le premier balaie l’idée d’un conflit sans incidence sur le continent : « La crise au Moyen-Orient ne peut pas être regardée par l’Afrique comme une crise lointaine », a-t-il lancé, avant de détailler des canaux de transmission jugés désormais bien identifiés — prix de l’énergie, volatilité des marchés, hausse des coûts de fret, ralentissement de la croissance mondiale.
Le président de l’APA a nuancé l’impact selon les profils économiques : certains États producteurs pourraient profiter de la remontée des cours du pétrole, quand les pays importateurs nets encaisseraient le choc de plein fouet. Il a également évoqué le risque, dans les zones déjà fragilisées, de voir ces tensions économiques alimenter trafics illicites, radicalisation ou formes de conflictualité hybride — un scénario qu’il a qualifié de non automatique mais de suffisamment plausible pour justifier une vigilance renforcée des États.
Une résilience présentée comme condition de souveraineté
Le chef de l’État togolais a fait de la diversification énergétique et commerciale la priorité immédiate du continent : sécuriser des sources d’approvisionnement multiples, renforcer les capacités de stockage, consolider les marges budgétaires. Pour lui, ces chantiers ne relèvent pas seulement d’une gestion de crise conjoncturelle mais touchent à la souveraineté économique du continent sur le long terme. La crise actuelle, a-t-il estimé, ne crée pas de fragilités nouvelles mais rend visibles, urgentes et politiques des vulnérabilités déjà connues des économies africaines.
Cette lecture rejoint les conclusions d’un rapport conjoint publié en avril par la Banque africaine de développement (BAD), l’Union africaine, la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique (CEA) et le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), qui évaluait à 0,2 point de PIB la perte de croissance continentale attendue en 2026 du fait du conflit. Le document rappelait que 80 % du pétrole importé en Afrique provient de la zone concernée, une dépendance à laquelle la CEA attribuait la dépréciation déjà enregistrée de 31 monnaies africaines. Madagascar, confronté à des pénuries, avait décrété début avril un état d’urgence énergétique, tandis que le Sénégal avait convoqué une réunion gouvernementale spéciale sur la sécurisation de ses approvisionnements pétroliers.
Une plateforme née à Lomé pour peser collectivement
Lancée dans la capitale togolaise en mai 2023, l’Alliance Politique Africaine s’était donné pour mandat de permettre aux États membres de partager leurs analyses et d’identifier des convergences sur les grands dossiers stratégiques du continent. Gnassingbé a inscrit la rencontre du 3 juillet dans cette continuité, invitant les délégations à transformer leurs échanges en positions communes plutôt qu’en constats dispersés. « L’Afrique doit faire entendre sa voix, renforcer sa résilience et promouvoir des réponses concertées face aux défis communs », a-t-il résumé devant les représentants des pays du Golfe conviés à la table des discussions.
Les ministres présents doivent adopter, à l’issue de la conférence, une déclaration commune précisant les mesures de coordination retenues en matière de diversification énergétique et de dialogue avec les partenaires du Golfe.

Quand notre PIB par habitant annuel dépassera les 6000 dollars US, le monde nous entendra. A défaut, on ne nous respectera pas.