Chine : cette machine qui menace le monopole d'ASML fait plonger Séoul et Tokyo

L’indice Kospi de Séoul a chuté de 10% mardi à la mi-journée. Cette dégringolade fait suite à l’annonce, selon le média américain The Information, du démarrage en Chine d’une fabrication à grande échelle d’équipements de gravure par ultraviolet profond en immersion, un segment technologique jusqu’ici verrouillé par le groupe néerlandais ASML.

Une entreprise chinoise brise un verrou technologique

Une société basée à Shanghai, soutenue par l’État chinois et regroupant des équipes issues de plusieurs start-up spécialisées en lithographie, aurait entamé la fabrication en série de ces machines. Le fondeur chinois SMIC testerait déjà l’un de ces outils, développé par Yuliangsheng Technology, une entreprise liée à Huawei via sa filiale d’investissement SiCarrier. Selon les informations reprises par Reuters, l’objectif serait de livrer environ cinq machines cette année, puis une vingtaine en 2027, à destination de fondeurs chinois comme SMIC, Hua Hong Semiconductor et CXMT.

Ces machines viseraient initialement une gravure de 28 nanomètres, mais pourraient, grâce à des techniques de multi-exposition, atteindre 7 voire 5 nanomètres avec des rendements plus faibles. Une performance qui resterait toutefois en retrait par rapport aux machines EUV (ultraviolet extrême) d’ASML, seule entreprise au monde à maîtriser cette technologie de pointe.

Les restrictions américaines et néerlandaises en toile de fond

Depuis plusieurs années, Washington et La Haye interdisent à ASML de vendre ses systèmes EUV les plus avancés à la Chine, et encadrent aussi ses ventes des modèles DUV les plus performants. Une analyste de Proactive Investors, Angela Harmantas, estime que la lithographie DUV, bien que plus lente et plus coûteuse que l’EUV, suffirait à produire des puces avancées. Ce constat fragilise la logique même des sanctions occidentales : si la Chine parvient à produire ces outils sur son sol, les restrictions américaines pourraient perdre une grande partie de leur portée.

À titre de comparaison historique, ASML détenait encore récemment une part de marché proche de 88% sur le segment DUV Immersion et un monopole quasi total sur l’EUV — une domination construite depuis plus de deux décennies et jusqu’ici jamais sérieusement contestée par un concurrent chinois.

Des marchés asiatiques et des géants des puces sous pression

Conséquence immédiate : le titre ASML a chuté de plus de 8% à Wall Street, entraînant dans sa chute les équipementiers américains Applied Materials, KLA et Lam Research, ainsi que le néerlandais BE Semiconductor Industries, en recul de 9%. À Tokyo, l’indice Nikkei a lâché près de 4%, plombé par le fabricant de puces mémoire Kioxia, en baisse de 18%. À Séoul, les deux poids lourds sud-coréens Samsung Electronics et SK hynix ont perdu jusqu’à 12% en séance.

Pour les investisseurs, l’inquiétude dépasse le seul segment de la lithographie. La récente vague de ventes chez les fabricants de puces traduit des doutes persistants sur les dépenses d’investissement, les rendements attendus et les valorisations du secteur, dans un cadre déjà marqué par les interrogations sur la rentabilité réelle de l’intelligence artificielle.

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