Trois décennies après avoir renversé son propre père, l’homme qui a transformé un émirat marginal en puissance diplomatique du Golfe s’est éteint. Cheikh Hamad ben Khalifa Al-Thani, ancien émir du Qatar, est mort ce dimanche à l’âge de 74 ans, a annoncé le Diwan de l’émir, bureau officiel du chef de l’État qatari. « Le Diwan de l’émir pleure la disparition de Son Altesse l’émir père, une grande perte pour la nation », a indiqué l’institution dans un communiqué, sans préciser la cause du décès.
Un règne né d’un coup d’État sans effusion de sang
Hamad ben Khalifa Al-Thani accède au pouvoir le 27 juin 1995, en déposant son père, le cheikh Khalifa ben Hamad Al-Thani, alors en déplacement à Genève. L’opération se déroule sans violence. Le souverain déchu s’exile en France avant de revenir s’installer au Qatar en 2004. À la tête d’un État aux finances exsangues, le nouvel émir engage une politique d’expansion économique et diplomatique qui bouleverse le poids régional du pays.
Son mandat est marqué par la création, en 1996, de la chaîne d’information Al Jazeera, financée par l’État qatari et devenue l’un des principaux vecteurs d’influence du pays au Moyen-Orient. Le média joue un rôle déterminant dans la couverture des soulèvements arabes de 2011, consolidant sa portée régionale bien au-delà des frontières qataries.
Une Constitution et des réformes institutionnelles
En 2003, un référendum entérine la première Constitution permanente du pays, promulguée l’année suivante. Le texte instaure une séparation formelle des pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire, tout en maintenant l’essentiel de l’autorité entre les mains de l’émir et de son cabinet. Le pays introduit également des élections municipales ouvertes au vote et à la candidature des femmes, une première dans la région à l’époque.
Sur le plan économique, le Qatar acquiert des actifs internationaux emblématiques, dont les grands magasins Harrods à Londres, renforçant sa stratégie d’investissement à l’étranger. Cette période voit aussi le pays nouer des relations avec l’Iran chiite, le mouvement palestinien Hamas et les Frères musulmans égyptiens, des choix qui suscitent des tensions avec plusieurs alliés occidentaux et régionaux.
Une abdication volontaire, rare dans le Golfe
En juin 2013, après dix-huit ans de règne, Hamad ben Khalifa Al-Thani transmet le pouvoir à son quatrième fils, Tamim ben Hamad Al-Thani, alors âgé de 33 ans. Ce transfert volontaire d’autorité constitue une rupture avec les usages des monarchies héréditaires du Golfe, où les successions interviennent généralement au décès du souverain.
Plusieurs dirigeants adressent leurs condoléances au Qatar, dont le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le président émirati Mohammed ben Zayed Al Nahyane, saluant les contributions de l’ancien émir au développement du pays et à la coopération régionale. Les autorités qataries n’ont pas encore communiqué de date pour les cérémonies funéraires officielles.