La bonne gouvernance, les marchés financiers et les partenaires privés pour financer nos projets d’i

J’ai rédigé cet article, dès que j’ai pris connaissance de celui publié par Mr Claude d’Almeida, sous le titre “ UEMOA : financement des économies et utilisation des réserves de change” dans votre parution du mardi 15 décembre 2009. Je l’ai lu avec grand intérêt. Dans cet article, l’auteur lance un appel à nos Etats, pour d’une part, examiner des pistes de solutions de financiarisation de notre économie et d’autre part, propose le financement des projets d’infrastructures par les revenus issus de la cession d’une partie de nos devises.
 
Je suis tout à fait d’accord avec lui quand il dit qu'il faut examiner les modes de financiarisation de nos économies; mais je ne partage pas sa solution qui consiste à vendre nos réserves d'or ou de devises. Ma position s'explique pour deux raisons essentielles : il faut d'une part que s'installe une culture de bonne gouvernance, et d'autre part, il faut mobiliser l'épargne locale et laisser le secteur privé national et international, participer au développement des infrastructures.

Sur la bonne gouvernance: il est important d’insister sur là-dessus parce qu’il ne faudrait pas que nous vendions nos réserves et que les revenus qui en découlent, soient accaparés par nos dirigeants et ne profitent qu’à eux seuls au détriment de la population. Ces gouvernants, à l'heure actuelle, qu’ils soient du Changement ou du Sopi, végètent dans la corruption, le trafic d'influence, etc.. dès lors, qu'il s'agit de milliards. Lorsqu'il sera possible à la Cour des Comptes de chaque pays de l’UEMOA, de pouvoir suivre le revenu annuel des dirigeants (présidents, ministres, directeurs de cabinets, directeur de sociétés d’etat, directeurs de projets, directeurs des administrations de recettes et de dépenses), et aux tribunaux de poursuivre sans l’intervention du pouvoir exécutif ou législatif, les crimes économiques, alors oui nous pourrons recourir à des souces de financement modernes. Par ailleurs, lorsque dans la perspective d’une gestion transparente de nos ressources, les gouvernements successifs de nos Etats décideront de confier l’administration et la direction des sociétés d’Etats, non pas à des proches de leur environnement famial ou politique, mais à des personnes compétentes, qualifiées, j’apporterai mon soutien à la recherche et à la mise en œuvre des stratégies nouvelles de financement de nos infrastructures. Enfin, lorsque dans nos pays, la culture de l’impunité fera place à la culture de la responsabilité, nous seront en droit de prospecter des solutions nouvelles. Et si, contre vents et marrées, nous atteignons ces objectifs, je demeure toujours certain, que la cession des réserves n’est pas une solution immédiate, elle doit être l’ultime recours, pour sauver des Etats en faillite ; ce qui n’est pas actuellement, à mon humble avis, le cas de nos Etats. Je ne crois pas à la nécessité de céder nos devises pour financer nos projets d’infrastructures et les exemples des USA et de la France sont là pour l’attester.

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En effet, malgré leurs réserves d’or estimées respectivement à 8 133,5 et 2 487,1 tonnes,  ces pays continuent d’emprunter massivement pour financer leurs économies ou leurs programmes. La dernière en date est l’emprunt de 35 milliards décidé par le Président de la République française pour investir dans des projets d’avenir. Je souhaite que nous gardions nos devises, elle seront pour nous, une force, le jour où nous déciderons d’accéder à une réelle indépendance économique monétaire. Cette décision revient à nos dirigeants.

Je ne partage pas non plus son avis parce que j’estime qu’il y a des alternatives plus intéressantes, plus crédibles que à la vente de nos devises. Je pense notamment au financement sur les marchés financiers et l’ouverture au secteur privé national et international.

Certes, le recours aux marchés financiers est mis en place de façon timide par les pays de l’UEMOA et de la CEMAC, à travers successivement la Bourse Régionale des Valeurs Mobilières (BRVM) et la Bourse des Valeurs Mobilières de l’Afrique Centrale (BVMAC). Du constat fait, de l’émission des Bons du trésor ou des Titres de Créances Négociables émis  par les Etats, il y a toujours un dépassement de de la valeur requise. Ce dépassement s’explique par le fait que les détenteurs de capitaux s’intéressent à nos marchés et sont disposés à prendre des risques pour financer nos économies. De plus cette mobilisation des capitaux permet de mobiliser l’épargne nationale ou régionale, permettant du coup à nos concitoyens de participer au financement de l’économie. Mais cette approche mérite d’évoluer. Je crois qu’il serait plus intéressant dans le domaine des infrastructures, que les Etats, au lieu de recourir eux mêmes à l’endettement, devrait créer des sociétes publiques ou mixtes, qui pourront se financer sur les places financières, pour mettre en œuvre les projets pour lequels elles auront été créées. Par la suite, il appartiendra aux Etats de se désengager de ces sociétés par la cession sur les marchés financiers de leurs parts sociales dans le capital de ces sociétés. Je rappelle que ces initiatives étaient à la mode avant les années 90, ce qui a permis à certains Etats africains d’avoir une industrie manufacturière (je pense à la Cote d’Ivoire et au Sénégal), même si la mauvaise gouvernance était le principe. Pour éviter que les mêmes causes ne produisent les mêmes effets, il faudra juste recruter des administrateurs, tant dans le privé que dans le public mais en tenant compte de l’adéquation de leur spécialité avec l’activité des sociétés en question.

Une autre piste qui nous semble encore plus intéressante, c’est celle des partenariats publics-privés pour la conception, le financement, la construction puis la gestion des infrastructures. Aujourd’hui très peu d’Etats africains, disposent d’un arsenal juridique dans ce domaine. Or des études de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAD) et de la Banque Africaine de Développement (BAD), ont montré, que si nos Etats fournissaient un effort dans ce domaine, ils reduiraient considérablement leur déficit d’infrastructures. Par exemple, je suis sûr que les béninois préfèreraient payer un peu plus cher l’électricité que de ne pas en avoir ou en avoir de temps à autre. Quel privé avons-nous contacté pour une réflexion sur la mise en œuvre d’un plan ambitieux de développment de l’énergie solaire? Je suis également sûr que les jeunes béninois, n’auront rien à envier sur le plan de la culture et de la connaissance aux jeunes des pays développés, si l’Internet était aussi développé dans les écoles, les collèges et à l’université. Or, bien qu’il y ait eu une privatisation  de nos sociétés d’Etat dans ce domaine, les choses n’évoulent pas comme on l’aurait souhaité. La fibre optique reste inexploitée. En dehors de la téléphonie mobile ou il existe une concurrence, nos Etats sont encore frileux pour accorder des licences, pour libéraliser la téléphonie fixe, l’internet, etc… Je souhaiterais voir les béninois, diposer de l’essence, du pétrole, etc.. dans les stations à moindre coût, mais comment peut-on y arriver si nous ne construisons pas une raffinerie, avec l’espoir d’avoir du brut chez nos voisins du Nigéria et bientôt du Ghana à taux préférentiel ? Et pour construire cette raffinerie, point n’est besoin de vendre nos devises, il faut faire appel à des partenaires crédibles.

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N’ayons pas peur de libéraliser, de prendre des risques, d’acquérir la culture de bonne gouvernance, de lutter contre la corruption, d’associer les partennaires privés nationaux et internationaux à nos projets d’infrastructures dans la transparence, nous y avons un intérêt. Je préfère que nous mettions en place une telle politique, que de vendre nos devises.
Tel est mon point de vue.

Mahmoud Brice AGUEMON
Juriste d'affaires – Cabinet d'Avocats
Dipl. en Economie et Management Inter.
Chercheur en droit comparé
Paris/ France
Mail: aguemah@yahoo.fr

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