Sur le terrain des reformes, le Chef de l’Etat roule à une vitesse de fusée. A peine six mois au pouvoir que les reformes s’égrènent. Et en dépit des tollés suscités ça et là, rien ne semble arrêter Yayi. Il l’a annoncé le 30 janvier le jour de sa déclaration de candidature pour l’élection présidentielle du 13 mars.
Le 06 Avril à Porto-Novo, dans son discours d’investiture, il a réitéré son choix de faire de son deuxième quinquennat celui des reformes. Beaucoup croyaient que c’était du bluff et qu’il allait finir par jeter le manche après la cognée une fois qu’il sera aux affaires. On se rappelle, lors de son premier mandat, Boni Yayi avait annoncé beaucoup de reformes avant de finir, dépité, par tout laisser. Mais cette fois-ci , le Chef de l’Etat semble bien décidé à mettre en œuvre ses reformes. Depuis le début de ce quinquennat, Boni Yayi multiplie les reformes. Après le Programme de vérification des importations (Pvi) de nouvelle génération qui est entrée en vigueur le 1er Juillet 2011, le Chef de l’Etat a envoyé en procédure d’urgence et obtenu le vote de la loi anti-corruption. Dans la même foulée, deux autres lois annonçant de grandes reformes ont été envoyées à l’Assemblée nationale. Il s’agit des projets de loi sur le referendum ou sur la grève. Celle-ci n’a même pas attendu d’être votée avant de susciter l’émoi des syndicalistes. Si sur ce sujet, le gouvernement, par la voix d’un ministre a semblé marquer un recul, le vote en procédure d’urgence de la loi référendaire est consommé.
Question de majorité parlementaire
Une seule question est sur les lèvres de maints béninois. Pourquoi Boni Yayi est si pressé ? Selon des spécialistes, les reformes entreprises ne sont pas si mauvaises que ça. Seulement, la précipitation avec laquelle elles sont conduites peut bien être un handicap à leur efficacité. On cite à foison la loi anti-corruption votée en procédure d’urgence avant que l’on ne se rende compte qu’elle recèle d’imperfections. « Si les députés avaient eu plus en temps, ils auraient mieux nettoyé cette loi pour lui donner une plus grande efficacité dans l’application », déclare un spécialiste des reformes. « Les reformes demandent un temps assez souvent long et en voulant trop forcer, on risque de susciter une contestation populaire », ajoute-t-il. A la Marina, le président Yayi a une autre explication à ses précipitations. Et celle-ci lui vient tout droit de l’Assemblée nationale. En effet, depuis le début de cette nouvelle législature, Yayi vit sous la hantise d’une perte de sa majorité confortable de plus de soixante députés. Lors d’une audience à la Marina, il a confié à un de ses hôtes qu’il a « une majorité pour faire passer ses reformes » mais son inquiétude c’est de ne pas la conserver assez longtemps. « Je dois vite faire avant que le virus de la transhumance ne vienne les emporter », a déclaré le président Yayi. Cette déclaration montre bien la compréhension qu’il a de la majorité parlementaire : un conglomérat de députés, vaccinés contre l’esprit critique, qui sont à l’Assemblée nationale juste pour voter et ratifier comme des robots tout ce qui vient du gouvernement. On se rappelle, au début de la dernière législature, le président Yayi avait connu une majorité parlementaire avant de la perdre quelques mois après suite à la dissidence des députés du G13. Le Chef de l’Etat a été contraint de diriger par des ordonnances qu’il prenait à tour de bras. L’attitude est compréhensible. Chat échaudé craint l’eau froide.