Lutte contre la corruption au Bénin : 5 ans après la marche verte, la corruption plus que jamais promue

17 juillet 2007-17 juillet 2012. Hier, cela faisait cinq ans que le président de la république a fait la marche verte contre la corruption. Le signal était fort mais l’état des lieux de la lutte anti-corruption laisse à désirer. Constat.

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Marche

«Nous avons, au contraire, eu droit à la promotion de la corruption sous le régime du Dr Yayi Boni. ». C’est en substance l’impression de Martin Assogba, président de l’Ong Alcrer (Association de lutte contre racisme, l’ethnocentrisme et le régionalisme), à propos de l’état des lieux de la corruption au Bénin cinq ans après la marche verte du président de la république. Une marche organisée, dans l’après midi de la journée du  17 juillet 2007. Ce mardi, le président Boni Yayi, arrivé au pouvoir un peu plus d’un an plus tôt, avait fait une marche pour matérialiser sa volonté de lutter contre la corruption, la mal gouvernance, la gabegie et l’impunité. L’historique «Marche verte contre la corruption». Le président de la république était vêtu d’une chemise, les deux boutons du haut ouverts, pantalon et chaussure en cuire. A ses côtés, ses conseillers techniques et spéciaux les membres du gouvernement, des présidents d’institutions de la république, des acteurs de la lutte anti-corruption. Itinéraire: Présidence de la république, ambassade de France, carrefour Soneb, Hall des arts, Commissariat central- Etoile rouge, Palais de la présidence de la République. Cette marche, selon des observateurs, en rajoutait à la confiance que le peuple avait placée en Yayi. , cet « homme nouveau ». Venu directement de la présidence de la Banque ouest-africaine de développement (Boad), ce banquier qui n’avait aucune expérience politique avait pu remporter l’élection présidentielle de mars 2006 avec 75% des voix face à Adrien Houngbédji, un vieux briscard de la vie politique béninoise. La marche verte a ainsi suscité de l’espoir quant à le souhait des populations de voir la corruption, « institutionnalisée, selon des témoignages, avec la fin du régime Kérékou » éradiquée. « Le chef de l’Etat nous a fait des promesses, nous avons tous cru. Il nous a dit venez marcher avec moi. Marche verte parce que je suis déterminé à en découdre avec la corruption pour que nous puissions mettre hors d’état de nuire les prédateurs», a confié Martin Assogba. Qui pensent que cinq après cette marche les fruits n’ont pas tenus la promesse des fleurs.

Amertume

Etienne Badou, chargé de projet à l’Observateur de lutte contre la corruption (Olc), un organisme public créé par Yayi, pense que la marche verte était un signal que le Chef de l’Etat avait donné. « Cela devrait induire un changement de comportement à tous les niveaux : dirigeants comme dirigés. Ce qui n’a pas été le cas. Le signal n’a pas été suffisamment suivi ». La pratique des pots de vin au sein des populations et dans l’administration n’a pas pris fin. Le régime s’est illustré par des scandales financiers. Martin Assogba cite en exemple  les affaires Cen-Sad, machines agricoles, l’organisation tournante de la fête de l’indépendance qui n’a accouché que d’éléphants blancs. « On ne connait même pas les entreprises auxquelles les marchés ont été attribués », s’indigne-t-il concernant la question de l’organisation tournante de la fête de l’indépendance. A ces scandales, il faut ajouter  l’affaires Icc service et consorts. Très amer, Martin Assogba fulmine : « Nous avons été trompés par rapport à cette marche là. Elle n’a profité en rien à l’amélioration des conditions de vie des populations. Au contraire, cela a amené les drapeaux en berne par rapport à la lutte contre la corruption. Si vous faites bien votre analyse, le système de gouvernance aujourd’hui ne fait que récompenser les prédateurs et décourage les bâtisseurs». La lumière reste à faire sur toutes les affaires citées. La réddition de compte est devenue de plus en plus de simples incantations. Les audits réalisés pour vérifier la gestion dans les ministères et les sociétés d’Etat sous le régime précédent n’ont jamais été publiés.  Au contraire : « Là où il y a mauvaise gestion », on n’entend pas parler de reddition de compte, a affirmé Dieudonné Lokossou, dimanche dernier sur le plateau de Zone Franche. Ce leader syndical fait remarquer que quand on constate qu’il y a mauvaise gestion, les personnalités concernées sont positionnées sur des listes pour se faire élire députés. Certains membres de l’ancien régime, soupçonnés de mauvaise gestion sont devenu partisans du régime Yayi

Cinema

Le vote et la promulgation de la loi 2011-20 du 12 octobre 2011 portant lutte contre la corruption et autres infractions connexes en république du Bénin est le plus grand coup du régime Yayi en matière de lutte anti-corruption. L’espoir qu’elle a suscité semble se muer en interrogation et en désespoir. « La loi anti-corruption a été votée. Mais où en est-on pour sa mise en œuvre ? », S’interroge Martin Assogba. La réponse, Etienne Badou, l’a en partie : «A notre connaissance, affirme-t-il, jusqu’à ce jour aucun décret de mise en application de la loi n’a été signé ». L’Autorité nationale de lutte contre la corruption prévue par la nouvelle loi n’existe toujours pas. Le constat pourrait donner raison à Martin Assogba qui pense que tout n’était qu’un cinéma.

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Martin Assogba : « Nous avons été trompés par cette marche»

« Nous y avons tous cru, mais laisser moi vous dire en toute sincérité que le chef de l’Etat ne nous avait invités qu’à participer à un théâtre, à une activité sans tête ni queue. Les fruits n’ont pas donné la promesse des fleurs. On avait tellement cru en notre nouveau chef d’Etat qui a dit ‘je veux changer le Bénin. Le changement  est possible.’ Mais le résultat aujourd’hui… Nous étions nombreux à le soutenir pour qu’il fasse le score qu’il a fait au deuxième tour de la présidentielle de 2006. Après il nous a dit ‘venez marcher avec moi. Marche verte parce que je suis déterminé à en découdre avec la corruption pour que nous puissions mettre hors d’Etat de nuire les prédateurs’. Mais depuis on a vu quoi ? Au contraire sous ce président, nous avons eu droit à beaucoup de scandales financiers. Je ne citerai que quelques cas. Je vais parler de la Cen-Sad. Si le président Kadhafi était encore vivant, je suis sûr qu’on entendrait mieux par rapport à la gestion des fonds de la Cen-Sad. Et nous savons que c’est nous les Béninois qui avons l’obligation de payer pour la Cen-Sad. Selon les informations que nous avons reçues, Kadhafi a refusé de payer les dépenses de la Cen-Sad. On a appris qu’il trouvait que les fonds n’étaient pas bien gérés. Et que les règles de l’art en matière de finances n’avaient pas accompagné les différents octrois de marché public dans le cadre de l’organisation de l’événement. 
Nous allons parler de la gestion de la question qui concerne les machines agricoles. On en  avait  parlé ici, les députés se sont soulevés, mais nous n’avons jamais eu gain de cause. Il y a aussi l’organisation tournante des fêtes de l’indépendance. Ici il était question d’ériger des cités économiques dans toutes les villes où devrait avoir lieu la célébration de notre indépendance. Le résultat est où ? Nous n’avons eu droit qu’à des éléphants blancs. Et nous ne connaissons même pas les entreprises à qui on a attribué ces marchés là. Toute la plage est presque vendue. A qui ? On ne le sait pas. Alors si nous voulons parler de la célébration de la lutte contre la corruption, laissez moi vous dire, nous sommes passés complètement à côté. Au contraire, nous avons eu droit à la promotion de la corruption sous le régime du Dr Yayi Boni. Il faut le dire sans ambages parce que les faits sont là et sont probants. Nous avons été trompés par rapport à cette marche là. Elle n’a profité en rien à l’amélioration des conditions de vie des populations. Au contraire, cela a amené les drapeaux en berne par rapport à la lutte contre la corruption. Le système de gouvernance aujourd’hui ne fait que récompenser les prédateurs et décourage les bâtisseurs »

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