«Archiver sans être archiviste» pour valoriser les Archives en Afrique

Avertissement : Le concept « Archiver sans être archiviste » n’est ni une formation qualifiante ni professionnelle. Il ne se substitue guerre aux curricula des écoles et instituts qui forment les archivistes. Il se veut juste un instrument de vulgarisation du métier d’archiviste.

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Le présent article est loin d’être une œuvre de doctrine en sciences de l’information mais une ébauche de stratégies innovantes de valorisation de métiers nobles mais peu connus.

En guise d’introduction

La problématique de l’organisation, de la gestion et de l’accès au savoir et à la mémoire reste entière dans les pays en développement  en l’occurrence ceux de l’Afrique subsaharienne. Au cœur de cette problématique, la question de l’archivage physique et électronique des documents est devenue un défi pour tous les acteurs privés, étatiques ou non-étatiques. Pour relever ce défi et faciliter la valorisation des archives, il nous est apparu de réfléchir à des stratégies alternatives de vulgarisation mais efficaces et innovantes. Nous partageons ici avec vous l’une d’entre elles : le concept « Archiver sans être archiviste ». De quoi retourne ce concept ? Peut-on archiver sans être archiviste ? Quelles sont  les limites de ce nouveau concept et quelles en sont les perspectives?

1. Clarifications  terminologiques préalables

1.1  Qu’est-ce que les Archives?

Pour mieux appréhender le concept « archiver sans être archiviste », nous allons revisiter la notion d’archives. La loi française du 3 janvier 1979 définit les archives comme « l’ensemble des documents quels que soient leur date, leur forme et leur support matériel, produits ou reçus par toute personne physique ou morale, et par tout service ou organisme public ou privé, dans l’exercice de leur activité ». La norme ISO 15489 préfère évoquer le terme de « documents d’archives » considérés comme « documents créés, reçus et préservés à titre de preuve et d’information par une personne physique ou morale dans l’exercice de ses obligations légales ou la conduite de son activité ». Quant au décret N° 2007- 532 du 02 novembre 2007 portant attributions, organisation et fonctionnement des Archives Nationales en République du Bénin, il rejoint les deux précédentes définitions mais précise au deuxième alinéa de l’article 2 les buts de l’organisation des archives : « Ces documents sont organisés et conservés à des fins scientifiques, administratives et culturelles ». On pourrait tenter de retenir que les archives sont inhérentes à toute activité humaine dès lors qu’elles serviront d’éléments de traçabilité, de preuve et de témoignage (AAF, 2004, p.51). En sciences de l’information, c’est l’archiviste qui est le garant de la bonne gestion des services d’archives.

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1.2. Qui est archiviste?

L’archiviste selon le dictionnaire de l’information est la «personne chargée de la gestion des archives».Il assure la conservation des documents en les conditionnant matériellement et en les dotant d’instruments de recherche qui permettent leur usage par ceux à qui ils seront communiqués. (Cacaly, S. et al, 2006, p.9). De par le monde plusieurs écoles et instituts et universités forment les archivistes de tous les niveaux académiques (Licence, Master et Doctorat). En Afrique francophone subsaharienne, les principaux établissements d’enseignement supérieur qui forment les archivistes sont, l’Ecole des Bibliothécaire Archivistes et Documentalistes (EBAD) de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar  (UCAD-Sénégal), l’Ecole Supérieure des Sciences et Techniques de l’Information et de la Communication (ESSTIC-Cameroun), l’Institut de Formation des Conservateurs (Côte d’Ivoire), l’Ecole Nationale d’Administration et de Magistrature (ENAM) de l’Université d’’Abomey-Calavi (UAC-Bénin). Depuis quatre décennies, ces établissements ont formé à peine un millier d’archivistes alors que le nombre de mètre linéaires d’archives est estimé à plusieurs millions de kilomètres en termes de passif documentaire des pays africains.

2.«Archiver sans être archiviste», de quoi s’agit-il?

2.1. Un concept osé et ambitieux !

«Archiver sans être archiviste». Un concept osé et ambitieux. Osé, car ce concept pourrait susciter des polémiques dans certains milieux professionnels en sciences de l’information. D’aucuns pourraient penser à un dessaisissement du rôle d’archiviste par les professionnels. Ce qui n’est point et sera difficilement le cas. Des dispositifs sans spécialistes existent, mais s’intéressent aux acteurs connexes en substitution aux professionnels de l’information -documentation non sans dysfonctionnements du système (Groshens, 2007, p.3).

Concept ambitieux puisqu’il vise (1) à démocratiser la gestion des archives dans un contexte où le nombre de diplômés en archivistique est faible, proportionnellement à la masse documentaire produite dans les pays africains au sud du Sahara et (2) à contribuer à l’appropriation de la culture documentaire, en général, et celle archivistique en particulier, par les citoyens. Dès lors, il apparaît opportun de faire des non-archivistes de véritables soldats des archives, afin de contribuer à une bonne gouvernance démocratique ainsi que le conseille la Déclaration Universelle des Archives adoptée par l’Unesco en 2011.

Le principe qui gouverne le concept «Archiver sans être archiviste» est le suivant. Qu’on soit  archiviste de formation, avocat, secrétaire, commerçant, banquier ou particulier, l’on manipule les archives au quotidien. Il est indéniable que les professionnels des archives et de la gestion documentaire sont les garants, aux plans technique et scientifique, de l’archivage des documents. Seulement, «les archives sont trop et très délicates pour être confiées aux seuls archivistes». Ce concept  se propose ainsi de renforcer les capacités des personnes physiques, voire morales, qui sont au contact quotidiennement des archives. Ce renforcement de capacités concerne essentiellement les notions essentielles de base et quelques techniques en archivistique (terminologie, plan de classement, calendrier de conservation) et ne fait point de celles-ci des archivistes de profession. Un projet pilote de ce concept «Archiver sans être archiviste» est en cours au Bénin. Au début du mois d’avril 2013 à Cotonou, il a été implémenté par un cabinet d’archivage au profit des secrétaires et assistants de direction de plusieurs organismes publics, parapublics et privés. L’expérience se poursuit dans les autres villes béninoises (Porto-Novo, Parakou, Bohicon…) et gagnera à coup sûr  toutes les villes de l’Afrique subsaharienne voire de l’Afrique.

2.2. Les limites et les perspectives du concept

Le concept «archiver sans être archiviste» pourrait tomber dans les travers s’il n’est pas encadré et orienté. Il  pourrait participer à une sorte de déviance et d’usurpation, car les profanes qui seront formés pourraient se croire archivistes de formation. Il serait aussi intéressant que les directions des archives nationales des différents pays, puissent avoir un regard sur le contenu des formations de type «archiver sans être archiviste».

Les associations nationales africaines des professionnels de l’information documentaire, à savoir, entre autres, l’Association pour le Développement des Activités documentaires au Bénin (ADADB), l’Association Togolaise des Bibliothécaires  Archivistes et documentalistes (ATBAD), l’Association Sénégalaise des bibliothécaires Archivistes et Documentalistes (ASBAD), l’Association Burkinabè des Gestionnaires de l’Information Documentaire (ABGID), doivent travailler à s’approprier le concept afin d’en être les partenaires privilégiés dans leur combat de promotion et de valorisation des archives. Tessy, R. (2011, p.15) propose, à l’instar de quelques unes de ces associations, la mise en place de véritables plans de communication et de médiatisation des métiers des sciences de l’information (archivistes, documentalistes et bibliothécaires).

Que retenir?

«Archiver sans être archiviste». Un concept osé, ambitieux, mais révolutionnaire. Sans dénaturer et usurper la profession des gardiens de la mémoire, il vient nous rappeler que les archives sont «trop et très délicates pour être confiées aux seuls archivistes». Il restera une sorte de valorisation du métier, en initiant les profanes aux techniques élémentaires d’archivage dans les pays africains au sud du Sahara, qui sont pour la plupart de tradition orale. Ce concept mérite une appropriation par les associations nationales et les directions nationales des archives, qui devront l’encadrer et en faire un instrument de vulgarisation des archives, «patrimoine au service du développement» (Tévoédjrè, A., 2009, p. v). «Archiver sans être archiviste» sonne enfin comme  une nouvelle approche pour faire changer le regard social sur les archives considérées comme de «vieux papiers».

Wenceslas G. G. Mahoussi,
Ingénieur documentaliste archiviste,
Chercheur en Sciences de l’Information et de la Communication,

3 réponses

  1. Avatar de Yanis SEGNON
    Yanis SEGNON

    Consacrer son temps à la recherche d’une gestion efficace des archives aujourd’hui c’est assainir son présent afin de planifier son avenir. Merci Docteur pour cet article 🙏

  2. Avatar de Babatoundé Maxime AKIYO
    Babatoundé Maxime AKIYO

    Les archives, celui qui les détiennent à un pouvoir indubitable

  3. Avatar de Paolo Lakoussan
    Paolo Lakoussan

    Magnifique. Les archives, piliers secrets du développement durable 💡.

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