Si la graine ne meurt pas…

Si la graine ne meurt pas…

Le chantier Bénin ne se réduit pas à la révision d'une Constitution. Il y a tant à faire sur ce chantier que si le présent est brumeux, on n'a pas de raison de ne pas engager l'avenir.

S’inventer ou réinventer la roue
Parole et image : la reconquête
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Déçu. Le Chef de l’Etat, Patrice Talon l’est. Il n’aura pas réussi à faire passer l’un de ses projets phare : la révision de la Constitution. Découragé ? Il n’en a pas le droit. Le chantier Bénin ne se réduit pas à la révision d’une Constitution. Il y a tant à faire sur ce chantier que si le présent est brumeux, on n’a pas de raison de ne pas engager l’avenir. A la nuit la plus ténébreuse succède toujours une aube radieuse.

Que va faire le Chef de l’Etat ? Il pourrait aller dans trois directions où le devoir l’appelle. Ce serait la manière la plus constructive de donner la réplique à l’adversité. Ce serait la manière la plus positive de tirer le meilleur de l’épreuve. “Nul, a-t-on dit, ne se connaît tant qu’il n’a pas souffert“. Ce à quoi répondent les Ecritures saintes : “Si la graine ne meurt pas, elle reste seule, si elle meurt, elle porte beaucoup de fruits”Jean 12. 24

Le Chef de l’Etat doit davantage se rendre présent au pays, se rendre présent à son peuple. En l’an I de la gouvernance Patrice Talon, les Béninois ont eu davantage affaire avec un Président distant, à la limite secret. C’est vrai, le Président n’est pas un copain. C’est vrai, la loi en fait une institution. Mais tout de même. C’est aux mains d’un humain que le peuple souverain a confié les rênes du pays. Les relations du peuple à son chef, malgré tout et en dépit de tout, ne peuvent être de l’ordre de celles du berger à son troupeau. Le chef doit se rendre plus visible et plus lisible. Le chef doit bouger tant à l’intérieur de son pays qu’à l’extérieur. Il lui faut découvrir le peuple du Bénin profond. Il doit sentir battre le cœur collectif des Béninois. Qu’ils soient dans les villes ou dans les campagnes, en entreprise ou au champ, dans les quartiers résidentiels ou dans les ghettos. Le chef doit souvent rencontrer la presse de son pays, donnant ainsi une prime à la proximité. On n’est jamais si bien servi que par soi-même.

La deuxième direction que devrait prendre le Chef de l’Etat : revoir sa communication. Qu’on ne nous dise pas que c’est lui qui a édicté les règles de ce qui a pris le nom barbare de “Normo-communication”. Disons-le sans détour : c’est un échec. On a isolé dans une bulle le chef et ses premiers collaborateurs que sont ses ministres. Aussi ne sait-on plus comment va le pays. Aussi ignore-t-on les initiatives qui se prennent au nom et pour le bonheur du peuple. Les décisions tombent du ciel comme des ordres impératifs. Les réseaux sociaux sont devenus le tableau d’affichage du gouvernement. On ne prend plus la peine d’expliquer les choses, de les soumettre à débats, de susciter autour le consensus le plus large pour une participation effective du plus grand nombre. On ne sait même plus rédiger un communiqué de presse pour informer de l’absence du chef de l’Etat du territoire national. Au cas où on l’ignorerait, c’est sur le terrain de la communication que tout se gagne ou que tout se perd. C’est clair comme de l’eau de roche. Nous ne réinventerons pas la roue.

La troisième et dernière direction à prendre, c’est celle du social. Car il est impérieux de soulager le fardeau quotidien de la majorité des Béninois. Ceux-ci ploient sous le poids d’une misère galopante qu’ils ne savent plus dissimuler. Attention : des concitoyens plus qu’honorables sont désormais obligés et contraints de mendier à visage découvert. C’est une alerte. Elle n’est pas à minorer. Elle n’est pas à ignorer. Et ce n’est là que le côté jardin de la nécessité. Que dire de la misère côté cour ? Ce qu’on ne voit pas n’est pas forcément invisible. Ce qu’on n’entend pas parle et signifie souvent plus que ce qui se fait parfaitement audible. Quand sur les ondes de nos radios, des Béninois, en chœur, disent “Nous avons faim” “Nous voulons manger trois fois par jour”, évitons d’y voir une plaisanterie, une farce.

Voilà notre part de vérité. Nous sommes et demeurons résolument optimiste. Peut-il en être autrement ? Le Bénin n’est pas un désert d’espérance. La pensée positive nous l’a enseigné : “l’espoir est la matière première du succès”.

Commentaires

Commentaires du site 11
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    Tembi 3 semaines

    Il est temps que nous nous tournions vers une agriculture durable pour le pays. Produire ce qu’on mange et non tout importer de l’exterieur. Je suis scandalise de savoir que nous importons tant de viande dans notre pays. Ou sont passes tous ces agronomes, veterinaires et zootechniciens formes? Ils peuvent encadrer nos producteurs pour faire accroitre la production animale (lait, oeufs, viande)…. en faire une priorite nationale et y mettre 5 millards par an comme subventions ou prets divers. Comme cela nous limiterons les sorties de nos devises pour le Bresil, la Belgique et d’autres pays d’ou nous importons si tant de viande. Ce n’est qu’un example, d’autres secteurs peuvent avoir des actions ciblees …comme cela nous donneront a manger a notre population.
    Merci Jerome d’etre succint dans vos recommandations. Que les decideurs politiques en fassent les leurs!

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      Tchite' 3 semaines

      Cher ami, c’est en forgeant que l’on devient forgeron. Ces agronomes, veterinaires et autres dont tu parles n’ont rien pratique’ apres leur formation. Ils ont plutot cherche’ la vie facile en s’ installant dans les bureaux laissant ainsi les terrains vide

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    Philippe 3 semaines

    Merci, pour les suggestions, à mon ancien prof “d’hist” à “GAZAPA de TONTON”

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    Tchite 3 semaines

    Pourquoi toujours attendre les politiques pour manger? Yabo distribuait les bil l ets de banques a’ ses louangeurs a’ visage decouvert. Tel n’est plus le cas Aujourd’hui.

    Apprenons a’ retourner volontairement a’ la terre et a’ l’elevage et cessons d’attendre tout des politiques. Commencons à quitter nos ville pour les campagnes ou’ les terres sont en jachere et attende d’etre touchees. Il n’y aura pas de baguettes magique. Commencons de quelque part meme si nous avons des diplomes.

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    Egoungoun 3 semaines

    Article bien ecrit. Article veridique . Contenu vrai. Les ancetres te saluent !

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    COUCOU 3 semaines

    Voilà un article qui est bien troussé.

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    Dossou 3 semaines

    Bravo

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    Kennedy A. 3 semaines

    Bravo Jérôme. Nous, nous te lisons et en sommes fiers de tes écrits. Et si les dirigeants de ce pays te lisaient aussi un peu? Vivement qu’ils comprennent et qu’ils sachent que le pouvoir est pour le peuple et se donne par le peuple. Qu’ils comprennent qu’ils n’ont pas besoin d’aller loin pour rendre leur peuple heureux.
    Merci

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    Kennedy A. 3 semaines

    Bravo Jérôme. Nous nous te lisons et en sommes fiers de tes écrits. Et les dirigeants de ce pays te lisaient aussi un peu? Vivement qu’ils comprennent et qu’ils sachent que le pouvoir est pour le peuple et se donne par le peuple. Qu’ils comprennent qu’ils n’ont pas besoin d’aller loin pour rendre leur peuple heureux.
    Merci

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    Francis dusoleile 3 semaines

    merci Mr Jérome

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    Serge VISSIN 3 semaines

    Enfin.