Bénin : Une intrusion dans la gouvernance locale

Bénin : Une intrusion dans la gouvernance locale

L’avènement du régime de la rupture a envenimé les relations entre le pouvoir central et la mairie de Cotonou.

Benin : « Il y a une et une seule RB avec à sa tête Léhady Soglo », dixit Richard Soglo

Jadis conviviales, elles sont devenues délétères et conflictuelles, et le Chef de l’Etat s’en prévaut pour mieux mettre son « adversaire politique », Lehady Soglo, au pas. Le vendredi 05 mai passé, le Chef de l’Etat a rencontré à la présidence de la république les maires et conseillers communaux des cinq communes qu’on appelle actuellement le « Grand Nokoué ». Il s’agit des communes de Cotonou, Porto Novo, Sèmè Kpodji, Abomey Calavi et Ouidah.

Une rencontre organisée avec toute la solennité et le sérieux nécessaires aux rencontres de grande importance ; un protocole policé et des projets de grande facture qui vont certainement changer le visage de ces communes. Seulement voilà, la rencontre organisée a tout l’air de proclamer le requiem de la décentralisation. Sous le couvert d’une convention cadre de partenariat Etats-Communes, se cache une volonté affichée de piétiner les lois qui régissent la décentralisation.

C’est d’abord la procédure de l’invitation qui pose problème, une invitation du Ministre du cadre de vie, signée par sa Directrice de cabinet et adressée aux préfets des départements de l’Atlantique, du Littoral et de l’Ouémé, avec attention seulement aux maires concernés. Cette même invitation nous informe sur les sujets à l’ordre du jour. On peut citer : l’amélioration de la gestion des déchets ménagers, la construction d’équipements marchands, le projet asphaltage et l’amélioration de l’assainissement urbain.

Les dénominations des projets et leurs pertinences montrent à suffisance qu’il s’agit d’ambitions assez intéressants, et qui vont fortement impacter le développement de ces communes. Mais la mise en œuvre de ces projets par le gouvernement pourrait piétiner les textes de loi sur la décentralisation. En effet, la loi N97-029 du 15 janvier 1999, en son article 91, stipule que « la commune est préalablement consultée sur tous les travaux sur son domaine public, afin d’assurer une coordination des interventions ». L’usage des mots « préalablement » et « coordination » montre toute la nécessité d’associer et même d’impliquer les mairies dans les opérations. On ne devrait pas attendre de finir les études, de mobiliser les ressources avant de les associer.

Les textes de loi sur la décentralisation accordent assez de prérogatives aux communes qui jouissent de l’autonomie financière et administrative.  Ainsi, l’article 93 de la loi sus citée, précise que « la commune a la charge de la collecte et du traitement des déchets liquides, et du réseau public d’évacuation des eaux pluviales ». On comprend donc que le projet concernant la gestion des déchets ménagers fait partie des prérogatives d’une commune. Pour ce qui concerne la construction et la gestion des marchés, l’article 104 de la loi est sans ambiguïté : « la commune a la charge de la construction, de l’équipement, des réparations, de l’entretien et de la gestion des marchés et abattoirs ».

Au regard de ces dispositions, on peut bien se demander pourquoi le gouvernement insiste à s’arroger les attributions des mairies ? Pourquoi cherche-t-il à adopter une convention-cadre alors que la loi encadre déjà suffisamment ces domaines ?

Vindicte présidentielle

La rencontre du vendredi 05 mai à la présidence, a également permis d’afficher à la face du monde  une mésintelligence entre Patrice Talon et Lehady Soglo. Le Chef de l’Etat ne l’a d’ailleurs pas caché au cours de cette séance de travail. Lors de son intervention sur Rfi aux lendemains du rejet du projet de loi sur la révision de la constitution, il a affirmé sans ambages que la mairie de Cotonou est complice de l’occupation anarchique des espaces publics.

L’une des preuves d’acharnement étant le blocage des contrats de la mairie avec ses prestataires. La seule raison donnée par le Chef de l’Etat lui-même, c’est que de nouveaux projets ou manières de faire devraient incessamment intervenir dans la cité, et il ne trouve donc plus important de continuer à renouveler ces contrats, sauf pour des durées courtes, comme trois ou six mois.

Conséquences : le ramassage d’ordures, le curage de caniveaux et le balayage des rues, sont bloqués au Ministère, et la ville devient de plus en plus invivable. L’accumulation de tous ces faits amène à une lecture politique de la situation. En effet, tout se passe comme si le gouvernement a décidé d’arracher de fait la gestion de la ville de Cotonou son maire Lehady Soglo, et de l’affaiblir politiquement dans la perspective de le faire échouer pour les prochaines élections communales et législatives.

D’ailleurs, il y a quelques mois, quatre députés de ce parti ont rejoint la majorité présidentielle à l’Assemblée nationale, et il se susurre que certains conseillers Rb s’apprêtent à faire la même dissidence à la mairie pour mieux fragiliser Léhady Soglo. Son malheur est de ne pas avoir soutenu le président Talon lors de la dernière élection présidentielle, et d’avoir proféré des jurons contre sa personne pendant la campagne.

Il subit ainsi une vindicte présidentielle dont les cotonois sont aussi les victimes collatérales. Sinon, comment expliquer la détermination d’un gouvernement si occupé, à chercher à tout prix la gestion des ordures de la ville, alors qu’on l’attend sur des dossiers plus importants ? La politique politicienne a ses raisons que la raison ignore

Commentaires

Commentaires du site 8
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    olatundji1 6 mois

    QUELLE INTRUSION ???N’IMPORTE QUOI ,,DE LA PURE BENINOISERIE….depuis 10 ans qu’il gouverne cette ville il a n’a jamais pensé à rien faire meme pas un camion berne pour le ramassage des ordures acheté pas de bacs à ordure rien zeérooo occupation anarchique ,,, un désordre total ….quand quelqu’un maintenant PENSE EN GRAND ,,pour la ville ILS VEULENT FAIRE LES PEDANTS LES CONNAISSEURS LES FAUX DONNEURS DE LECONS,,,allez mr le maire oust!!!! dégager laisser travailler ceux qui ont des compétences,,, la vraie compétence pour gérer une ville

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      Ac 6 mois

      Mr olatoundji
      Si vous n’êtes pas d’accord avec la gestion de lehady il faut le degager lors des élections municipales au lieu de l’empêcher de faire son mandat. C’est la population de cotonou qui l’a choisi qu’on veuille ou non. C’est totalement antidémocratique ce que vous dîtes.

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        olatundji1 6 mois

        mr AC vous parlez de démocratie?en démocratie on accepte aussi ce qu’on appelle la critique….vous vivez à cotonou ??vous etes à cotonou ??en dehors d cotonou vous avez vu d’autres villes dans le monde??quelle ville est aussi sale et aussi désorgonisée comme cotonou?(je parle des grandes capitales)…tenez juste un exemple banal les bonnes dames jètent les ordures dans les carnivaux ok?vous savez pourquoi??parcequ’il y a pas de bacs à ordure..et vous savez pourquoi ils n’ont jamais mis des bacs à ordure ..parceque avec des “prete nom”ils ont des sociétés “éCRAN” de ramassage des ordures qu’ils gèrent ils se remplissent les poches sans rien faire …une mafia…MAINTNANT QUE LE GOUVERNEMENT VEUT METTRE FIN A CELA ILS CRIENT AU SCANDAL..VOILà JE PEUX MULTIPLIER LES EXEMPLES PAR 10 VOIRE 20 UNE GABEGIE TOTALE….ET J VAIS CONTINUER TOUJ ET ENCORE TOUJ DANS MA CRITIQUE JE M’EN FOUS DE SOGLO JE M’EN FOUS DE TALON JE VEUX VOIR MA VILLE BELLE PROPRE ET PROSPERE POINT BARRE

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          Ac 6 mois

          Vous ne réussirez pas à me convaincre. Quand on n’est pas d’accord avec la gestion du maire on utilise les moyens légaux pour le faire partir. L’incompétence du maire ne peut pas justifier que le pouvoir central veuille se substituer à lui. C’est antidémocratique.
          C’est comme si tous ceux qui aujourd’hui sont mécontents de la gestion de TALON opèrent un coup d’état pour le destituer. Vous accepterez cela? N’est-ce pas antidémocratique?

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      Amaury 6 mois

      @Olatundji1,

      J’attends vos arguments mais on dirait que les textes de la républiques ne signifient rien pour vous et la démocratie locale, c’est à ranger aux placards.

      Les cotonois n’ont-ils pas vu que les SOGLO ne foutaient rien mais leur donnent toujours la majorité ?

      Si les lois de la république ne sont pas respectés se serait la jungle chez nous.

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    GbetoMagnon 6 mois

    Stratégiquement, je me suis toujours demandé pourquoi les Mairies de la mégapole Ouidah-Cotonou-Porto-Novo, ne s’étaient pas déjà mises ensemble.

    Le Gouvernement les double sur ce plan. En fait il crée une structure d’agglomération de communes (presque-région), pour essayer des les doubler.

    Il bloque la situation pour les décrédibiliser aux yeux des populations, et arriver ensuite avec des projets d’envergure, déguisés en projets nationaux (Grand Nokoué), pour essayer de rafler la mise.

    De toute façon, à part détourner de l’argent, ce Gouvernement ne pourra RIEN faire. Parce ce qu’il n’a pas les hommes capables de mettre en oeuvre des projets de cette dimension.

    Sans parler du PAG, à propos duquel les préalables sont multipliés, sans cesse.

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    Amaury 6 mois

    Ce Pata que nous avons élu a montré a suffisance qu’il est ”petit” et ne pense qu’à sa personne. Par ailleurs, il s’est donné pour mission de saper les bases juridiques de notre démocratie, de la décentralisation et de l’Etat de droit. Mais il oublie une chose : Ici c’est le Bénin.

    Si l’argent achetait tout au Bénin, ce n’est pas lui qui serait au pouvoir aujourd’hui.

    En ce qui concerne la guerre qu’il a déclaré à Lehady, qu’il sache que les cotonois ne sont pas dupes. Ils aviseront au moment opportun.

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      Gombo offline 6 mois

      Petit aux pieds ( nickeles ) enfles…
      Mais commela grenouille de la fable…