Fonds des arts et de la culture : lettre ouverte de Koffi Gahou à Patrice Talon

Fonds des arts et de la culture : lettre ouverte de Koffi Gahou à Patrice Talon

Objet –  Lettre ouverte au sujet de la situation au Fonds des Arts et de la Culture. Excellence, Monsieur le Président de la République.

Candidature éventuelle en 2021 : Patrice Talon entretient le flou

 

Nous venons très respectueusement porter à votre bienveillante attention, par le canal de la lettre ouverte, notre appréciation de la situation au FAC : Fonds des Arts et de la Culture, ex Fonds d’Aide à la Culture au Ministère du Tourisme et de la Culture d’une part et d’autre part, solliciter toutes vos sensibilités esthètes pour une prompte relance des activités en attendant les textes conformes de réformes.

Le premier semestre de l’année 2017 tire à sa fin. Les réformes tardent à se conformer aux textes de lois depuis en vigueur dans le secteur. Presque toutes les directions des arts et de la culture sont bloquées ou fonctionnent au ralenti. Avec un budget alloué de 2.400.000.000 F CFA, il y a beaucoup de zones d’ombre au sujet du démarrage des activités au niveau du FAC. Les artistes pensifs, nonchalants rasent les murs du FAC du matin au soir comme des pestiférés. Le personnel désœuvré est là et perçoit allègrement son salaire. Les frais de loyer de l’immeuble, d’électricité, d’eau, d’entretien et sécurité sont régulièrement prélevés et payés. Les Services tournent à vide. Les porteurs de projets évasifs se rongent les doigts. Les résultats des audits effectués dans le Ministère n’opèrent guère les sanctions conséquentes. La Culture et les Arts perdent de leurs plumes. Nous tournons en rond sans savoir à quand le bout de tunnel.

Excellence, Monsieur le Président de la République.

Au Bénin tout le monde est artiste, même les administrateurs du Ministère sont artistes, susceptibles d’être porteurs de projets. Nous sommes coupables. Le ver est dans le fruit. Les métiers des arts et de la culture se classeraient bien pour l’instant dans le secteur informel. Les aventuriers et les amateurs sont largement majoritaires. Ainsi la minorité que constituent les artistes et acteurs culturels professionnels n’arrivent pas à se faire entendre au sujet des causes justes qui déclinent les carrières dans les diverses spécialités.

De nombreux  individus se déclarant artistes ou acteurs culturels en complicité ouverte avec les administrateurs au ministère en charge de la culture  sont arrivés à interpréter les lois du vote politique comme des lois de désignation professionnelle ou corporatiste afin de contourner ou  d’écarter opportunément ceux dont le credo résonne véritablement arts ou culture. Cet état d’esprit s’est accentué avec l’avènement du Milliard culturel. Dès l’existence en 2012 de ce bréviaire qu’est le Statut de l’Artiste au Bénin, cette volonté s’est beaucoup plus affichée au titre des réformes du régime au niveau de la DPAC d’alors : Direction de la Promotion des Arts et de la Culture.

De simples responsables d’associations d’artistes se sont mis à créer de nombreuses autres associations parallèles d’une localité à une autre au point où les effectifs conduisent à des créations de diverses fédérations. La tendance s’est accélérée vers la multiplication des fédérations opportunistes pour arriver aux  confédérations.

C’est alors que surgissent des multitudes présidents de fédérations ou confédérations dans le seul but de siéger auprès des autorités politiques dans toutes instances de décision en ce qui concerne les métiers d’arts et de culture. Nous sommes entrés dans une ère de la politisation des activités professionnelles au même titre que les hommes politiques. Alors tout se négocie et s’octroie sans mérite.

L’organisation des concerts géants par la DPAC est un moyen de chantage, de mobilisation et de prostitution de tous les instants. N’avons-nous pas contourné délibérément les textes du Statut de l’Artiste pour engager de grands frais à réaliser des Cartes Professionnelles d’Artistes distribuées juste à un groupuscule ? Dans les programmes du FITHEB n’avons-nous pas organisé sur la période des soirées dansantes dans une même boîte de nuit gérée par le frère du ministre ? Au même moment au siège du FITHEB, n’avons nous pas vu le même frère installé son bistro pour assurer la vente des boissons et autres ? N’avons-nous pas programmé des spectacles du FITHEB dans le village de LOBOGO ? Ne sommes – nous pas parfois initiateurs des décaissements de fonds selon le principe IDM : Instructions directes du Ministre ? Dans ce lobbying opaque, quelle part revient finalement à l’artiste instigateur ? Combien empochent les ministres : 60, 75% ?

Excellence, Monsieur le Président de la République.

A analyser tout ce qui est reproché à nous artistes depuis un certain temps, rien n’a pu se faire sans les signatures avérées des pouvoirs politiques et administratifs. Ces derniers, Monsieur le Président n’ont cessé de percevoir le salaire jusqu’à ce jour. Le programme de Réformes au CNHU interdirait-il les consultations des malades, les soins en urgence ? Les Réformes à la SONEB bloqueraient-elles la distribution de l’eau dans les robinets aux populations ?

Les véritables artistes, à 80% vivent dans précarités inimaginables. Dans notre société capitaliste impitoyable, la survie des artistes s’avère bien difficile. Il y a une sorte d’entraide, de solidarité, de mendicité au quotidien. Il n’y a pas de jour où l’on ne cesse de laisser filer entre les doigts 500F, 2000F, 5000F ou 10.000F par ci et par là. Aussi des cris de détresse nous parviennent. Les colères montent un peu partout.

Excellence, Monsieur le Président de la République.

Au plan international, dans les domaines de la musique, des danses, du théâtre, du cinéma, du livre, des arts plastiques combien comptons-nous d’artistes béninois ?

Que la société ne se fie guère aux apparences extérieures du dimanche de quelques uns. Il y a les stars, les vedettes, ceux et celles qui se comportent comme. Il y a ces apparences du dimanche dans le secteur à classer dans les jonglages, les circuits parallèles des affaires et de la politique qui règnent depuis la Conférence Nationale de 1990.

Dans l’Ensemble Artistique National à combien s’élèvent les cachets payés aux artistes ? Au sein des Groupes et Compagnies TOWARA, KAÏDARA, WHENDO NABOUA, ALEKPEHANWOU, GANGBE BRASS BAND et autres… combien d’artistes ont pu s’acheter une voiture, une maison rien qu’avec les cachets perçus après les prestations ou une tournée ? A combien se vendent dans les rues les compilations numériques CD et DVD ? Dans le budget national, pourrions-nous enregistrer 500 millions de francs Cfa au titre des achats d’œuvres de l’esprit en une année par l’Etat béninois ? Les apparences extérieures de dimanche ne font des exceptions bien insignifiantes lorsqu’on accepte aller fouiller les réalités.

« La Conférence Nationale des Forces Vives a réaffirmé l’importance de la Culture dans notre pays et les participants ont pris conscience de ce que la Culture constitue le fondement de notre identité dans toute sa diversité. » A cet effet il écrit dans la LOI N° 91-006 du 25 Février 1991 portant Charte Culturelle en République du Bénin en ses articles 1er et 29

* L’Etat béninois est le principal promoteur du développement culturel national…

* L’Etat béninois crée un Fonds d’Aide à la Culture…

Excellence, Monsieur le Président de la République.

Comme nous le constatons allègrement il s’agit bien d’un Fonds d’Aide… et non d’un Fonds des Arts et de la Culture qui n’existe nulle part dans les textes de lois du secteur au Bénin. Sauf si nous aimons piétiner la législation toujours en vigueur.

Nous voudrions bien terminer en ces termes : «  Les Arts et la Culture du BENIN sont des Mines d’OR à ciel ouvert à exploiter avec une intelligence créative et spéculative portée par une volonté politique nationale bien affichée en vue de doper le développement économique dans les villages et les villes. »

Face à cet état des choses, nous restons convaincus, le Président de la République ferait une autre analyse des décisions pour inviter dans les murs de la Présidence de la République les compétences artistiques militantes , et acteurs culturels potentiels afin de nous écouter au nom des nobles causes et défis économiques des Arts et de la Culture de notre beau et grand pays le BENIN.

En attendant les réformes, nous suggérons le statut quo, le retour   en conformité avec les textes existants du FAC et permettre le fonctionnement normal de la saison artistique pour les mois à venir.

Pour une sortie de crise sans délai nous souhaiterions l’organisation des Journées d’Etudes et de Validation des avant-projets de textes de Statut de la Maison de l’Artiste.

Dans l’attente que le Premier Magistrat de la République saurait redonner espoir aux travailleurs artistiques, nous vous prions d’accepter, Excellence,  nos sentiments de gratitudes.

AMPLIATION

– Ministre du Tourisme et de la Culture

– Le Président du Conseil Economique et Social

Le Coordonnateur

Koffi  GAHOU

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