Tourisme au Bénin : Les bâtiments coloniaux d’Athiémé, un gâchis touristique

Tourisme au Bénin : Les bâtiments coloniaux d’Athiémé, un gâchis touristique

La commune d’Athiémé est située à environ 8km de la ville de Lokossa (par l’axe Lokossa, Athiémé, Cotonou), et à 104 km de la ville de Cotonou au Bénin. Elle couvre une superficie de 238 km2, soit 14,83% du département Mono et regorge d’important vestiges de l’administration coloniale.

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D’importantes bâtisses retracent l’histoire de cette ville qui fut l’un des neuf cercles créés par l’arrêté général n°149 du 24 juin 1913, et placés sous l’administration d’un colon français. Malheureusement, ce patrimoine culturel et historique est tombé aux oubliettes.

Le protectorat d’Athiémé était dirigé par l’administrateur du cercle de Grand-Popo par arrêté du 19 septembre 1895. Il prend le nom de cercle d’Athiémé avant le 26 septembre 1900, date à laquelle il est toujours administré par Grand-Popo. Les deux cercles sont réunis et prennent le nom de Mono, par arrêté du 28 décembre 1901 et Athiémé devient un Poste administratif. L’animation de la vie sociopolitique et commerciale contraint les colons à ériger des infrastructures dans cette ville. Ainsi, Athiémé disposait de la prison civile du cercle d’Athiémé d’alors. Les blancs y construisirent également leurs domiciles. Mais plusieurs années après le départ du colon, la ville peine à sauvegarder les traces de cette histoire.

A l’arrivée du gouvernement de la rupture, le tourisme et la culture sont cités au niveau du Pilier 2 de son Programme d’actions (2016-2021) au titre des secteurs d’intervention, pour engager la transformation structurelle de notre économie. L’ambition du gouvernement, lit-on dans le document, est de faire du « tourisme une filière de développement économique, créatrice de richesses et d’emplois et un outil de rayonnement du Bénin à l’international ». Mais dans la commune d’Athiémé, le parent pauvre de ces mesures reste les infrastructures coloniales, des bâtiments ayant abrité l’administration coloniale, des propriétés privées de colons et d’afro-brésiliens.

Le constat sur place

Il y a dans la vile d’Athiémé des bâtiments ayant servi d’habitation et de bureaux aux colons dès le 19e siècle. Ce sont des constructions de style afro-brésilien, abandonnées et tombées en ruine.

Généralement en rez-de-chaussée, elles se distinguent par leurs matériaux et leur volume. La brique de terre cuite permet de concevoir une certaine organisation spatiale des bâtiments. A des constructions en terre séchée aux formes allongées où les pièces ouvrent toutes sur deux côtés opposés et se juxtaposent selon un même axe, s’ajoutent des maisons aux volumes plus compacts, aux profondeurs plus conséquentes et pouvant accueillir deux rangées de salles. La première série de pièces tournées vers la cour, reçoit les chambres ou les réserves, tandis que les pièces mitoyennes ouvrant du côté opposé, parfois sur rue, sont plutôt destinées au négoce. L’usage de la brique en terre cuite n’est pas seulement un gage de solidité. Le chantier s’en trouve considérablement raccourci, car il n’est plus nécessaire d’attendre le séchage au soleil des bandes de terre, successivement posées les unes sur les autres, pour emménager. Pour assembler les briques, les maçons font usage d’un mortier fabriqué à partir de la cuisson des coquillages des plages et des huîtres des palétuviers, technique connue en Europe depuis l’Antiquité, particulièrement adaptée aux régions tropicales où la mangrove prolifère dans les zones lagunaires. L’usage de bois importé s’explique également par le manque de savoir faire. Faute de pouvoir tailler du bois résistant comme l’iroko ou le fromager dont le façonnage exigerait un appareillage inexistant dans la région, le colon s’est contenté d’user de bois tendre que les termites rongent doucement. Aussi, les traitants ont préféré faire venir du Brésil des poutres taillées dans d’autres types de bois, plus solides et plus résistants, qui accroissent les portées entre tous les murs et augmentent la surface des pièces, tout en gardant certaines proportions (contrairement aux constructions couvertes de troncs de palmiers ou de rônier, dont la fragilité limite à environ quatre mètres la profondeur maximale d’une pièce). La solidité accrue des murs et des poutres rend possible la couverture des toitures par des tuiles, ainsi que l’ouverture de plus grands orifices pouvant accueillir les châssis en bois des portes et des fenêtres, apportées de Bahia, comme le mobilier. Certains traitants ont parfois ajouté un élément décoratif pour distinguer leur habitation, en entourant portes et fenêtres d’une moulure en stuc, badigeonnée à la chaux, comme cela est d’usage depuis longtemps au Portugal comme au Brésil.

Aujourd’hui, le vestige des infrastructures qui jadis faisaient la gloire de cette ville, offre un spectacle désolant.

Pour Irénée SESSOU, Président d’une association culturelle pour la sauvegarde du patrimoine, ces bâtiments méritent d’être restaurés tout en sauvegardant l’architecture originale. Et c’est selon lui l’absence d’une politique culturelle qui justifie l’abandon de ces infrastructures à caractère touristique. Mais cette volonté de l’association rencontre l’absence d’une politique claire qui associât les familles propriétaires.

A qui profite la restauration ?

Cette interrogation est un os dans la gorge des acteurs impliqués dans la restauration du patrimoine. Car les bénéfices de l’investissement devront aller soit aux familles propriétaires, soit à la commune avec perte du droit de propriété des familles. Dans le premier cas, les familles propriétaires de ces logis ne demeurent pas pour la plupart dans la commune. Il s’agit des familles Mensah, Lawson, Johnson etc. Dans le second cas, il faudra définir avec ces familles propriétaires, les modalités d’une rétrocession de ces biens dans le giron de la commune. Toute chose qui n’est pas à l’ordre du jour.

Mais il faut signaler qu’en dépit de toutes ces difficultés, la mairie d’Athiémé a réussi à réhabiliter le marché colonial « Kokponawa ». Selon les propos du chef du service des Affaires économiques dans une interview accordée à la Nation, « Kokponawa » était un marché très fréquenté donc bien connu de certaines générations. Selon lui, on y rencontrait notamment des marchands du Togo pays frontalier, et beaucoup de commerçants venant d’un peu partout du Bénin. Son déclin a commencé en 1964 rappelle Augustave Dowoué, du fait des crues du fleuve mono. Les sorties successives des eaux du fleuve avaient entrainé de grandes inondations, source d’importants dégâts. Le déplacement des citoyens et des administrations a été alors suivi de la création de marchés parallèles dans les localités d’accueil, restitue Augustave Dowoué qui regrette qu’après ces catastrophes naturelles, Athiémé n’ait pu retrouver son animation.

Vivement que les autres bâtiments coloniaux soient restaurés pour la préservation du patrimoine historique de la commune, et la valorisation du tourisme local

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