Cotonou : la fête aura-t-elle lieu ?

Cotonou : la fête aura-t-elle lieu ?

Fêtera ou ne fêtera pas. Cotonou, notre capitale économique, fonctionne comme un baromètre. Les tendances qu'elle affiche renseignent sur la situation d'ensemble du Bénin. C'est encore plus vrai en cette veille des fêtes de fin d'année. Que Cotonou tousse et c'est tout le Bénin qui s'enrhume.

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La fête aura-t-elle lieu (FAL) ? Pour reprendre à notre compte une formule marketing qui fit naguère fortune. Nombre de considérations sont à prendre en compte. Ce sont, en la matière et en la circonstance, nos meilleurs indicateurs. En effet, pour faire la fête, il faut être en bonne santé. Il faut avoir la paix du cœur. Il faut avoir les moyens de la fête. Il faut bénéficier d’un environnement favorable à la fête.

Pour répondre à la question qui nous préoccupe une enquête serait nécessaire. Un sondage ferait l’affaire. Et si nous consultions le Ifa ? Il s’agit de cette science divinatoire bien présente dans les us et coutumes des peuples du Bénin méridional. Nous avons porté notre choix sur une démarche empirique. Celle qui reste au niveau de l’expérience spontanée, n’ayant rien, par conséquent, de rationnel et de systématique. A cet égard, observons, dans Cotonou, trois escales.

Première escale : le marché international Dantokpa. Nous n’avons entendu, ici, que des plaintes et des complaintes. A en croire la plupart des acteurs opérant dans cet espace marchand, en cette veille des fêtes, ça ne tourne pas rond. Les étals croulent sous le poids des marchandises. Des porte-voix, avec force décibels, rivalisent d’hyperboles et de superlatifs. Mais aucune âme de client ne se manifeste. L’argent, comme on dit, ne circule pas.  La Bourse des valeurs que tend à être le marché international Dantokpa, n’est pas à la fête. Les cours sont en baisse.

Deuxième escale : les buvettes et maquis. Pouvoir s’offrir une bière à ses heures de loisir ou un bon plat d’igname pillé, le fameux “agoun”, c’est la preuve par neuf que le Béninois lambda est à la joie et à la fête. Tant qu’il peut se payer ses menus plaisirs, on peut certifier que tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes.

Or, ces derniers temps, le Béninois lambda est absent des endroits où tenanciers de buvettes et de “maquis” sont censés l’attendre. Ne cherchez ni trop longtemps ni trop loin : quand on a les poches trouées et qu’on est réduit à tirer le diable par la queue, on reste chez soi.  

Troisième escale : les lieux de culte. Nous ne disposons pas de statistiques pour nous en faire une idée précise. Aux dires de plus d’un, contrairement à Dantokpa, aux buvettes et aux maquis, les maisons de Dieu, par les temps qui courent, refuseraient du monde. Un peu comme si le Béninois, coincé de toutes parts, ne s’était trouvé qu’une seule issue de salut : Dieu. Illustre à merveille cette fuite vers les pâturages divins, l’expression fon de “Mahou kê dê”.

En lien avec la question de savoir si les fêtes de fin d’année auront-elles lieu, quelles conclusions tirées des trois escales   observées ? Est partout palpable une morosité générale.  Elle éloigne de toute idée de fête. Déserter les marchés, bouder les buvettes et maquis, ce sont là des signes qui ne trompent pas.  Cette désertion renseigne sur le climat d’ensemble des affaires, en ce moment, dans notre pays. Aussi vrai que ce sont les petits ruisseaux qui font les grandes rivières, toutes les entreprises, grandes ou petites, sont concernées. La météo du ciel socio-économique de notre pays est mauvaise. Elle est loin de pousser à la joie. Pourquoi ?

L’opération “libération de l’espace public”, pour légitime qu’elle soit, n’a pas moins brutalement détruit un réseau dense de petits commerces et mis à mort un grand nombre de petits commerçants. Nous n’en n’avons pas compris la place dans l’ensemble du tissu économique national. Le rideau de l’informel nous aura masqué des réalités socioéconomiques et sociologiques souterraines.

Par ailleurs, le gouvernement a clairement indiqué la tendance du jour : la réduction sensible du budget 2018 par rapport à celui de 2017. Nous avons beaucoup rêvé. Nous avons placé   la barre trop haut. C’est l’heure de descendre sur terre. Alors, après tout ce qui précède, la fête aura-t-elle lieu ? Oui, la fête aura lieu. Mais à la hauteur de notre réalité, à la couleur de la vérité de chacun de nous

Commentaires

Commentaires du site 4
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    Philippe CHABI Il y a 6 mois

    Article excellemment pertinent,  opportun et humoristique. Plume on ne peut plus alerte et généreuse : un régal, un festin littéraire pour tout Béninois privé de résilience en cette fin d’année.
    Nonobstant,  quelques remarques d’ordre formel ; il eût fallu écrire :
    – “… si les fêtes de fin d’année auront lieu” ;
    – “… par le temps qui court” ;
    – “… au dire de…” ;
    – “… pour le meilleur des mondes possibles” ;
    – ” igname pilée” ;
    – “quelles conclusions tirer ?” ;
    N.B. : L’inversion “Illustre —> kê dê” paraît inintelligible : de quoi l’adjectif “illustre” est-il épithète ?

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    Idrissou Il y a 6 mois

    Qui vit espère. La fête aura lieu par la grâce de Dieu. En réalité, tout va mal, mais il y a encore la vie devant

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    Jean Mari Abarrategui Il y a 6 mois

    Article très bien écrit et qui reflète bien la situation du Bénin !!