Bénin: Déclaration de l’Intersyndicale des Enseignants des Universités Nationales sur la situation nationale

Bénin: Déclaration de l’Intersyndicale des Enseignants des Universités Nationales sur la situation nationale

Avril 2016 - janvier 2018, il y a vingt mois et quelques jours que Mr Patrice TALON est élu Président de la République.

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Chacun se souvient de la part active prise par la communauté universitaire, toutes composantes confondues, dans cet avènement triomphal :

– Séminaire politique national de l’Intersyndicale le 09 février 2016 avec comme thème : « Les UNB face à la situation politique nationale » ;

– Déclaration de l’Intersyndicale des UNB en date du 16 février 2016 avec la phrase aujourd’hui célèbre de « L’émissaire de la France, sorti des entrailles de la FrançAfrique ne sera jamais le candidat des universitaires, encore moins de l’Intersyndicale ».

– Divers Meetings à l’Amphi HOUDEGBE d’entre les deux tours de l’élection présidentielle, etc.

– Toutes autres manifestations qui ont mobilisé les universitaires, étudiants, enseignants, agents de l’administration, pour battre M. Lionel ZINSOU et porter à la magistrature suprême Mr Patrice TALON.

Réunis en Assemblée Générale (AG) de l’Intersyndicale des Enseignants des Universités Nationales du Bénin ce jeudi 11 janvier 2018, à l’unanimité des participants, les enseignants des UNB, déçus, outrés, indignés et atterrés, ont décidé de porter à la connaissance de l’opinion publique nationale et internationale, les constats suivants depuis l’avènement du régime dit de la rupture.

  1. DE LA GOUVERNANCE

Les premiers pas du gouvernement dit de la rupture ont tôt révélé une gouvernance extraordinairement décevante et inquiétante.

Le pays laissé par le régime défunt de YAYI Boni est un pays enlisé dans la corruption, la fraude et la mal gouvernance, la misère, le chômage et l’impunité. Etaient donc attendus des nouveaux dirigeants, la fin de la misère et le mieux-être, la bonne gouvernance.

Le mieux-être, c’est l’atténuation de la misère, l’emploi aux milliers de jeunes diplômés de nos universités, la promotion de la production nationale avec la protection des producteurs nationaux, sauvegarde des secteurs stratégiques dans le patrimoine national.

La bonne gouvernance, c’est aussi le bannissement de l’impunité des crimes de sang, des crimes économiques, des concours frauduleux, avec la poursuite sans merci de leurs auteurs.

Voilà ce que le peuple, tous les grands acteurs de la victoire du 20 mars 2016 attendaient du nouveau pouvoir.

La déception sera très grande, à la mesure des attentes.

Jugez-en.

Les premiers actes et décisions sont à tout le moins sujet à caution, surprenants :

  1. a) Du premier gouvernement de la Rupture :

Là où on s’attendait aux critères de compétence, de probité et d’intégrité, de patriotisme, on ne vit que le contraire. On a eu droit à un gouvernement d’hommes connus, avec des assiettes : hommes d’ICC/Services, des scandales de Maria-Gléta, des affaires domaniales, bref, un gouvernement de remerciement post-électoral ;

  1. b) Les premiers pas diplomatiques et les sorties à l’étranger (Abidjan, Paris) avec les déclarations faites ici et là indiquent clairement l’option choisie, avec la reprise aux pas de charge de la coopération française et le déplacement de certains piliers de la FrançAfrique au Bénin. Notre pays est déclaré « désert de compétences » avec la promesse solennelle faite au Président Français de « payer le prix qu’il faut » pour l’acquisition de ces compétences ;
  2. c) Dans le même temps, le nouveau pouvoir érige une Commission dite des Réformes politiques, avec restriction de sa mission à la seule révision de la Constitution et la mise à l’écart de certains acteurs de la société civile ;
  3. d) Restriction des libertés de manifestations avec la résurgence des lignes dites rouges que nous avions combattues ;
  4. e) Interdiction dans la foulée des organisations d’étudiants et répression même de leur réunion en dehors des campus ;
  5. f) Fermetures de media non conformistes et mise au pas de la plupart des organes de presse ;
  6. g) Opération désastreuse de déguerpissement avec destruction massive des moyens de survie des petits producteurs, en ville comme à la campagne, jetant ainsi à la ruine, à la famine et à la mort certains pères et mères de famille ;
  7. h) Suppression et bradage des entreprises publiques (SONAPRA, ONS, ONASA, CARDER…) et licenciements massifs des travailleurs du secteur agricole, pendant que le chef de l’Etat se fait rembourser des milliards de francs à ses sociétés dites spoliées par l’ancien régime !

Voilà comment le gouvernement dit de la Rupture a récompensé le peuple et les électeurs qui l’ont porté au pouvoir. Une récompense en monnaie de singe !

  1. DE LA METHODE ACTUELLE DE GOUVERNANCE

La période actuelle de la gouvernance TALON est marquée par la mise en oeuvre brutale de sa politique. Elle est consécutive à la défaite subie à l’Assemblée Nationale avec le rejet du projet de révision de la Constitution du 11 décembre 1990 et dont les objectifs essentiels étaient:

– la limitation des libertés de réunion, de manifestations et d’expression;

– la légalisation de l’espionnage d’Etat et des crimes politiques contre les citoyens avec le fameux Conseil National du Renseignement aux mains du chef de l’Etat ;

– la réduction de l’indépendance de la justice ;

– la réduction des prérogatives de l’Assemblée Nationale qui ne peut prendre des lois sur l’administration sans l’avis du Président de la République, qui ne doit plus ratifier les conventions de financements extérieurs ;

– la légalisation de l’impunité des dirigeants (Président de la République, ministres et députés) qui ne peuvent être mis, ni sous mandat d’arrêt, ni sous mandat de dépôt pendant et après leur fonction ;

– la suppression du Conseil Economique et Social ;

– la modification des attributions et des durées des mandats des autres institutions.

En somme, une Constitution qui consacrerait l’autocratie, l’impunité et le pillage du pays. Dès lors, on comprend aisément la rage du Président de la République après cette défaite. C’est cette rage qui prend la forme de :

  1. destitution tous azimuts des maires non soumis à la dévotion du Président de la République et accusés de gestion solitaire ;
  2. harcèlement des syndicalistes et opposants politiques avec fabrication de « preuves » pour en faire des détenus politiques ;
  3. achats de conscience et menaces contre tous ceux qui bénéficient de l’impunité des crimes de sang, des crimes économiques et politiques dans des affaires bien connues : assassinat de juges et autres assassinats,

ICC/Services, Maria-Gléta, Machines agricoles, PPEA2, Construction du siège de l’Assemblée Nationale, etc.) ;

  1. transformation progressive de tout le patrimoine national en une propriété quasi privée accaparée par un clan (SODECO, Port sec d’Allada, PVI, Parcs nationaux, etc.) et ruine des opérateurs économiques nationaux;
  2. multiplication des emprunts obligataires et les menaces sur l’économie nationale ;
  3. pressions fiscales sur les opérateurs économiques et les populations ;
  4. tentatives d’instauration de la peur-panique au sein des travailleurs et des populations afin de les museler et les paralyser ;
  5. tentative de mise en concession/affermage des hôpitaux publics avec pour conséquences, l’incapacité des citoyens à se faire soigner dans ces hôpitaux etc…. (le CNHU ayant suspendu à un moment donné, l’acceptation des bulletins de prise en charge par exemple) ;
  6. non-respect des décisions de la cour constitutionnelle ;
  7. violation de la Constitution par le vote à l’Assemblée Nationale, de la loi supprimant le droit de grève à certains Agents de l’Etat, ce qui explique clairement la remise en cause des acquis de notre démocratie depuis la Conférence Nationale de février 1990.

Ainsi, en vingt mois, le Président TALON a instauré au Bénin une gouvernance scabreuse, ingrate et parjure, une gouvernance faite de ruine et de misère pour le peuple et les travailleurs, pendant que les gens de son clan vivent dans l’opulence. On est revenu à l’ère du PRPB avec de nouveaux détenus politiques.

L’Intersyndicale des UNB, indignée et révoltée, condamne cette gouvernance ingrate, faite de rapines d’Etat et de ruine pour les travailleurs.

Elle exige donc sans délai :

– L’arrêt de la poursuite des opposants pour des fins d’intimidation à l’exemple de ceux qui sont actuellement en prison ;

– La garantie absolue de la liberté de réunion, de manifestation et d’expression ;

– L’arrêt des privatisations sauvages et le retour dans le patrimoine national des entreprises bradées ;

– La sauvegarde des acquis démocratiques à travers la reconnaissance et la réhabilitation des organisations estudiantines, la reprise d’un dialogue social, franc, fécond et apaisé avec les Confédérations et Centrales syndicales en général;

– La fin de l’impunité et la sanction sans délai des vrais auteurs des crimes et scandales économiques et politiques connus ;

– L’arrêt immédiat des tentatives de suppression des droits de grèves tel qu’annoncé et voté récemment à l’Assemblée Nationale.

L’intersyndicale des UNB met le gouvernement en garde contre la poursuite de la mal gouvernance faite de ruse et de rage, contre ses machinations viles et odieuses d’une autre époque.

Elle appelle Enseignants, Etudiants, Personnels Administratifs et de Soutien (PATS), à se tenir prêts pour des actions vigoureuses de protestations à venir, en vue de la défense et la sauvegarde de nos acquis démocratiques.

Non à la mauvaise gouvernance sous toutes ses formes !

Vive l’Intersyndicale des enseignants des UNB !

Vive la démocratie béninoise !

Vive le BENIN !

Cotonou, le 11 Janvier 2018

Commentaires

Commentaires du site 5
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    OLLA OUMAR Il y a 9 mois

    Agadjavi où es-tu, voilà un diagnostic éloquent crucifiant ton talon , et  qui a dû  te foudroyer debout.
    À cet intersyndical des enseignants ,  et aux beninois qui se sont faits avoir par  ce satanique talon ,nous OLLA OUMAR pouvons dire que nous avons eu raison trés tôt 

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    ludovic Il y a 9 mois

    c’est grossier, ce que je viens de lire. Un tel procès au chef de l’Etat est truffé de mensonge ey de haine et si des intellectuels se mette à faire du théatre et à jouer à ma théorie du complot, je dis qu’ils sont pitoyables. Du gros français et puis la nullité.

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      Amaury Il y a 9 mois

      @Ludovic,

      Au lieu de parler dans le vide, donnez un exemple de mensonge proféré dans la déclaration.

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    Sonagnon Il y a 9 mois

    Face à une telle situation, il n’y a pas d’autre choix que la destitution pure et simple de Patrice TALON.

    Je ne vois pas une autre alternative face à un tableau aussi sombre.

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    Magnonguidas Il y a 9 mois

    VOILA QUI EST BIEN DIT ! A BON ENTENDEUR…………..