RDC : Mettons fin au bain de sang

RDC : Mettons fin au bain de sang

Carnage, massacre, bain de sang, les qualificatifs se succèdent dans le monde pour qualifier les bavures de la police congolaise contre les populations.

En RDC, « la force de la justice vaincra la dictature »

Avec des forces de l’ordre devenues quasi incontrôlables, le pays s’enfonce dans une spirale de violence sans précédent. Lundi dernier, la manifestation organisée à l’appel du Comité laïc de coordination (CLC), s’est terminée dans le sang. Selon les chiffres de la Mission des Nations Unies au Congo (MONUSCO), la brutale répression policière aurait fait deux morts par balles et plusieurs dizaines de blessés. Ces dernières victimes viennent s’ajouter à celles déjà enregistrées lors des deux précédentes manifestations organisées par les catholiques congolais.

Ça commence à en faire beaucoup dans le pays, au point où le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme Zeid Ra’ad Al Hussein, a qualifié les pays « d’abattoir humain », au même titre que le Burundi et la Syrie. Même si la comparaison peut paraître quelque peu démesurée, le responsable onusien a sans doute raison. Car, en RDC ce qui est révoltant, c’est la facilité déconcertante avec laquelle les forces de l’ordre peuvent abattre des civils aux mains nues.

Un policier qui tue un manifestant, c’est devenu un fait banal qui ne donne plus l’impression d’émouvoir les autorités. La situation en RDC conforte ceux qui dénoncent une totale impunité dans le pays. La MONUSCO a demandé une « enquête crédible ». Mais déjà sous le feu des critiques du président Joseph Kabila, la mission onusienne n’a pas osé franchir le pas de la commission d’enquête internationale dont les autorités congolaises n’aiment pas entendre parler. On se souvient que malgré les pressions américaines et onusiennes, Kinshasa rejette toujours l’idée d’une enquête internationale sur la mort de deux experts de l’Onu.

Finalement, c’est la même commission d’enquête installée après la répression de la première marche des catholiques qui est chargée de faire la lumière sur les derniers morts. Mais depuis son installation à ce jour, cette commission d’enquête n’a désigné aucun responsable. Autant dire qu’il n’y aura pas d’enquête. Et il ne faut pas compter sur le régime de Kabila pour punir les policiers qui tuent en son nom et pour lui.

Cette situation d’impunité va certainement accentuer la violence et radicaliser les positions des uns et des autres. En effet, si rien n’est fait pour mettre fin à la dérive meurtrière des policiers congolais, on assistera si ce n’est déjà le cas, à une guerre entre le régime et sa soldatesque, contre la population.

Ce scénario effrayant est d’autant plus plausible, que Joseph Kabila en rajoute à la situation d’impunité en entretenant le flou sur ses réelles intentions à la tête du pays. En effet, depuis l’éclatement de la crise, le président congolais a longtemps rusé avec la tenue de la présidentielle sensée consacrer l’alternance démocratique souhaitée par le peuple. Au final, Il n’a pas vraiment rassuré les manifestants qui le soupçonnent de vouloir s’éterniser au pouvoir.

Des manifestants qui malgré les morts de lundi dernier, ont annoncé leur intention de poursuivre les marches jusqu’à obtention du départ du chef de l’Etat. Lors de la dernière marche du CLC, des maisons de policiers ont été prises pour cibles et incendiées sans faire de victimes. Il faut cependant craindre que les manifestants décident d’aller plus loin les prochaines fois. Assurément, la violence va se poursuivre et des Congolais risquent encore malheureusement de perdre la vie si l’on ne met pas fin rapidement à ce cirque sadique auquel se livre le régime congolais.

La fin de l’impunité au Congo pourrait venir des sanctions individuelles comme celles imposées par l’Union Européenne à plusieurs responsables du pays. Il faut ramener la pression dans le camp de ceux qui tuent et qui le nient. Ces forces de l’ordre incapables de pacifier le Kivu et à la gâchette si facile quand il s’agit d’affronter les civils ainsi que ceux qui leurs délivrent ces permis de tuer, doivent se sentir traqués.

A cet effet, la pression ne doit pas qu’être européenne. Des interdictions de se déplacer dans les pays africains notamment les états limitrophes et des gels d’avoir sur le continent, peuvent s’avérer tout aussi efficaces. La fin de la crise politique en RDC, et dans une plus grande mesure le rétablissement de l’intégrité territoriale du pays, offrent à l’Union africaine une occasion de prendre enfin ses responsabilités. A défaut de débarrasser le peuple de Joseph Kabila son bourreau, l’Union africaine doit s’impliquer pour ne serait-ce qu’obtenir la fin des bavures policières. En le faisant, les chefs d’Etats africains contribueront à accroître la crédibilité de l’organisation panafricaine auprès des Congolais et du monde. Mais, ils auront surtout accompli un devoir de paix qui nous incombe à tous.

Commentaires

Commentaires du site 1
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    Amaury Il y a 2 mois

    @Aziz,

    Que penses-tu de ce qui se passe en RDC, toi qui n’aime pas la démocratie ?