Balkanisation de l’Afrique: à Baku, Nicéphore Soglo sonne l’alerte pour y mettre fin

Balkanisation de l’Afrique: à Baku, Nicéphore Soglo sonne l’alerte pour y mettre fin

Invité au VIe sommet de Baku en Azerbaïdjan, qui réunissait 25 chefs d’Etats et 25 Premiers Ministres ainsi que les sommités des plus grandes universités et organisations financières internationales venues d’Asie, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Sud, Nicéphore Dieudonné Soglo

Pays de merde : les réactions aux propos de Trump (Afrique, Venezuela, Michaëlle Jean, Kemi Seba)

Ancien Premier Ministre puis Président de la République du Bénin (1990-1996), et Vice-Président du Forum des Anciens Chefs d’Etats et de Gouvernements d’Afrique créé en 2006 à Maputo, sous le haut patronage de Nelson MANDELA, a présenté le 17 Mars 2018 une communication fortement saluée, sur le thème : «la Renaissance de l’Afrique au Sud du Sahara ».

A la tribune du forum de Baku où il s’est exprimé pour la première fois, devant les sommités des plus grandes universités et organisations financières internationales venues d’Asie, d’Europe, d’Afrique et d’Amérique du Sud, l’ancien président du Bénin a fait savoir que «le temps est enfin venu de mettre un terme à la balkanisation de l’Afrique noire qui date de 1885 », et de lui redonner sa souveraineté monétaire, militaire et maritime. Car, il ne faut pas se le cacher, le continent est encore un véritable baril de poudre. Selon Nicéphore Soglo, la poudre s’appelle démographie et le détonateur se nomme emploi. L’équation est simple : en 2050, l’Afrique au Sud du Sahara aura la population de la Chine, et les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux.

Comment vont-ils se nourrir ? Se loger ? Quels seront et où seront les emplois ? Et surtout, comment vont-ils s’occuper ? Deux africains sur trois ont moins de 25 ans. Les jeunes pour le moment, sont attirés par l’Eldorado européen qui malheureusement est en piteux état, avec des attentats à répétition hélas. La Méditerranée est un tombeau et les pays du Nord du continent, à une rare exception près, traitent les Noirs comme du temps de la traite négrière. Face à cela et préoccupé par la situation économique, sociale et politique de notre pays, le Président Soglo qui estime que la famine est à nos portes, sonne l’alerte.

LA RENAISSANCE DE L’AFRIQUE AU SUD DU SAHARA

BAKU, LE 17 MARS 2018

Madame la Présidente,
Honorables Invités et Distingués Participants,
Mesdames et Messieurs,

La Renaissance de l’Afrique au Sud du Sahara est le sujet que je soumets à votre réflexion pour ma première participation à votre forum à Baku. Baku où je suis littéralement en extase devant la qualité de l’accueil et la majesté d’une capitale d’avant-garde ; une magnifique ville du futur.

Mais revenons à notre sujet.

Au lendemain de la première guerre mondiale, un grand écrivain et poète français : Paul Valéry, posait avec angoisse la question de savoir si, après cette boucherie, l’Europe allait garder sa prééminence dans le monde ? Ou deviendrait-elle ce qu’elle est en réalité, c’est-à-dire : un petit cap du continent asiatique ?

Car nous apercevons, disait-il, à travers l’épaisseur de l’histoire que : « nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles » ; et tel des ‘’TITANIC’’, nous voyons dans les abysses, les fantômes d’immenses navires qui furent chargés de richesse et d’esprit : Élam, Ninive, Babylone : de beaux noms vagues qui nous montrent qu’ « une civilisation a la même fragilité qu’une vie ». Et bientôt, les œuvres de Keats et celles de Baudelaire iront rejoindre à leur tour les œuvres de Ménandre.

Or l’Europe est comptable aussi, devant la communauté humaine du plus haut tas de cadavres de l’histoire, nous rappelle Aimé CESAIRE, le grand poète et homme politique antillais dont les cendres reposent en France au Panthéon : génocide des indiens, traite négrière, la plus longue et la plus vaste déportation de l’histoire et la shoah, la ‘’solution finale’’ l’extermination des juifs. Mais Hitler n’était en définitive qu’un aboutissement ou un châtiment.

Le pouvoir était alors, selon la formule de Mao Tsé-Toung, au bout du fusil (ou des canons et de l’artillerie). Et depuis Hiroshima et Nagasaki, il est désormais au bout de la bombe atomique comme nous le montre en ce moment la curieuse crise coréenne.

Découpé en tranches au Congrès de Berlin (1885), après sa terrible descente aux enfers, personne n’aurait parié un centime sur la renaissance de l’Afrique au Sud du Sahara. Tout changea aux indépendances. Mais ces années fastes des émancipations africaines furent aussi celles de la ‘’Guerre Froide’’ comme le souligne Jean-Michel SEVERINO dans un livre culte : Le Temps de l’Afrique . A peine libérées de la tutelle coloniale, les nations africaines tombèrent tout aussitôt sous ‘’la protection’’ occidentale capitaliste, russe ou chinoise communiste. Et les voici, embrigadées à nouveau, dans des relations tout aussi unilatérales et subordonnées qu’à l’époque coloniale. Ces années ‘’d’indépendance’’ ont coïncidé en outre, avec les ‘’trente glorieuses’’ c’est-à-dire, l’épanouissement de la société de consommation dévoreuse de matières premières africaines, en Europe comme en Amérique : « De Mobutu à Bokassa en passant par les généraux nigérians et l’Afrikaner Pieter Botha cadeaux, retro-commissions et autres petits arrangements avec les classes dirigeantes du continent, permirent aux grandes puissances de poursuivre le pacte colonial par d’autres moyens. Pions de la Guerre Froide, les nations africaines restaient fondamentalement les objets de la politique internationale » constate, non sans tristesse, Jean-Michel SEVERINO.

Après la chute du mur de Berlin, l’Europe et les Etats-Unis, trop occupés, dans la logique de la Guerre Froide, à renflouer les Etats d’Europe de l’Est, laissaient l’aide au développement à leurs anciennes colonies, fondre de moitié. Et à l’image de leur gouvernement, les entreprises occidentales se désengageaient à leur tour d’un continent en faillite : place aux casques bleus et aux ONG.

Heureusement, avec les années 2000, l’Afrique au Sud du Sahara entame une nouvelle ère. Longtemps considérée comme pauvre et marginale, elle redevenait comme par enchantement une pièce stratégique du grand échiquier planétaire. Car l’Afrique au Sud du Sahara est la deuxième région exportatrice de pétrole après le Moyen-Orient. Elle possède le tiers des ressources minières de la planète, et ses forêts constituent l’un des plus grands réservoirs d’essences tropicales, sans oublier que les forêts du bassin du Congo sont le second puits de carbone du monde après l’Amazonie. Enfin, la rareté des terres agricoles sur la planète font de l’espace africain l’objet de toutes les convoitises… alimentaires.

La percée chinoise en Afrique, car la nature a horreur du vide, rappelle donc à ceux qui souhaiteraient l’oublier, que le continent n’est désormais la chasse gardée de personne. Les nations africaines sont à présent, les maîtresses de leur destin. Elles doivent donc recouvrer au plus vite, leur indépendance monétaire, militaire et maritime. Mais il ne faut pas se le cacher, le continent est encore un véritable baril de poudre. C’est le cri d’alarme de Serge MICHAILOF dans Africanistan . La poudre s’appelle démographie et le détonateur se nomme emploi. L’équation est simple : en 2050, l’Afrique au Sud du Sahara aura la population de la Chine et les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux. Comment vont-ils se nourrir ? Se loger ? Quels seront, où seront les emplois ? Et surtout, comment vont-ils s’occuper ? Deux africains sur trois ont moins de vingt cinq ans aujourd’hui contre moins d’un européen sur trois. Les jeunes, pour le moment, sont attirés par l’Eldorado européen, qui malheureusement est en piteux état avec des attentats à répétition. La Méditerranée est un tombeau et les pays du nord du continent à une rare exception près, traitent les noirs comme au temps de la traite négrière. A cet égard, le 14 novembre 2017, restera à jamais un jour d’infamie dans la mémoire de tous les africains au Sud du Sahara et de tous les démocrates dans le monde. La chaine de télévision américaine CNN, nous apportait ce jour-là, la preuve de l’existence de l’esclavage en Libye. Le reportage de CNN : Humains à vendre : une vie pour 400 dollars nous montrait des images insoutenables. Or le 03 février 2017, les 28 pays d’Europe s’étaient accordés sur une déclaration appuyant l’accord, conclu la veille par l’Italie, avec le gouvernement Libyen de FAIEZ SARRAJ qui devait aboutir à ce crime contre l’humanité. C’était le pendant du pacte EU-Turquie conclu deux ans plus tôt.

Depuis, la curée continue, ponctuée par des actes ou des déclarations racistes fusant de tous côtés : le Président américain Donald TRUMP disant tout haut ce que les autres pensent ou font tout bas. Il est temps de mettre un terme à la balkanisation de l’Afrique noire. Et de lui redonner sa souveraineté monétaire, militaire et maritime.

Nous devons simplement à cet égard, méditer l’histoire des Etats-Unis d’Amérique, la première puissance du monde.

« L’extraordinaire réussite matérielle, la prospérité économique sans précédent ont longtemps caractérisé la vie de cette union, de cette fédération » écrivait le doyen André HAURIOU dans son manuel : Droit Constitutionnel et Institutions Politiques . Cette prospérité est due à un certains nombres de facteurs :

1. La marche vers l’Ouest de l’Atlantique au Pacifique, qui a permis d’incorporer aux treize états de l’Est des terres nouvelles et des richesses nouvelles.

2. Les Etats-Unis d’Amérique du Nord disposent ainsi de richesses naturelles immenses et variées. On peut dire qu’ils ont leur empire colonial à l’intérieur de leurs frontières métropolitaines. Et cet atout n’était partagé que par l’URSS, la Chine, l’Inde et le Brésil. C’est l’un des fondements les plus sûrs de la force politique et économique des Etats-Unis.

3. Les dimensions du pays et l’importance de sa population permettent dans d’excellentes conditions, la production en série et une production de qualité à bon marché. En outre, la majeure partie des produits qui sont fabriqués aux Etats-Unis, sont consommés à l’intérieur des frontières de l’union ; ce qui montre la puissance autarcique potentielle de l’économie américaine. A la fin du 18ème siècle, les futurs Etats-Unis, tout au moins les colonies du Nord, accèdent non pas au stade industriel mais au stade de la fabrique. Or, la doctrine coloniale en est encore au mercantilisme : c’est-à-dire à la conception selon laquelle, les colonies fournissent à la métropole des matières premières mais dépendent étroitement de ces dernières, de leurs produits manufacturés et de leurs frets, pour offrir à la production métropolitaine le plus vaste débouché possible.

Marchons donc résolument vers l’union, vers la fédération, vers la terre promise. Tout en sachant désormais que les richesses naturelles peuvent porter malheur, être source d’instabilité, de rébellion ou même de guerre. La longue liste des victimes du pétrole, de l’uranium, du cuivre, de l’or, de l’aluminium à travers le monde est là pour le prouver. Car ces richesses enferment des sociétés entières, note justement Jean-Michel SEVERINO, dans une économie politique de la captation ou de la prédation plutôt que de la production connu sous le nom de syndrome hollandais ou Dutch disease.

Je vous remercie

BAKU, LE 17 MARS 2018
Nicéphore Dieudonné SOGLO,
Ancien élève de l’ENA, promotion Albert CAMUS (1960-1963), diplômé de la Sorbonne,
Inspecteur Général des Finances,
Ancien Administrateur de la Banque Mondiale à Washington,
Ancien Premier Ministre puis Président de la République du Bénin (1990-1996),
Vice-Président du Forum des Anciens Chefs d’Etats et de Gouvernements d’Afrique créé en 2006 à Maputo, sous le haut patronage de Nelson MANDELA

Commentaires

Commentaires du site 3
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    Agadjavidjidji Il y a 4 semaines

    “La poudre s’appelle démographie et le détonateur se nomme emploi. L’équation est simple : en 2050, l’Afrique au Sud du Sahara aura la population de la Chine et les jeunes en âge de travailler y seront trois fois plus nombreux. Comment vont-ils se nourrir ? Se loger ? Quels seront, où seront les emplois ? Et surtout, comment vont-ils s’occuper ? Deux africains sur trois ont moins de vingt cinq ans aujourd’hui contre moins d’un européen sur trois.”

    Tout y est.

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      OLLA OUMAR Il y a 4 semaines

      Oh ! Perroquet de agadjavi , t’as pas besoin de le reprendre , on sait tous lire 

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        Agadjavidjidji Il y a 4 semaines

        Tous les passages de ce joli plaidoyer n’ont pas la même portée intellectuelle quoique dans son ensemble le texte est un chef d’oeuvre dans le genre.

        Celui que j’ai repris dans mon post ci-avant me semble particulièrement pertinent au regard des defis imminents et en meme temps porteurs de danger auxquels nos Etats seront confrontés pour la plupart d’ici 30 ans. (ce n’est plus pour longtemps)