Mina Agossi revendique ses origines béninoises

Mina Agossi revendique ses origines béninoises

Celle qu’on surnomme princesse dans le domaine du jazz, Mina Agossi, était sur la scène de l’espace culturel Tchif à Cotonou, dans la soirée du samedi 24 mars 2018.

Bénin : Un film pour dénoncer la maltraitance des enfants orphelins

Elle a présenté un répertoire où chaque thème se posait sur des percussions qui renvoient aux origines de l’artiste, dans la vallée de l’Ouémé au Bénin.

En 80 minutes environ ce samedi 24 mars 2018 à l’Espace Tchif à Cotonou, Mina Agossi a servi une balade de jazz. Toujours dans son style un peu décalé sans instrument harmonique, mais cette fois-ci sur un support rythmique béninois qui fait la nouveauté dans sa musique. Visiblement, c’est un fond que la chanteuse franco-béninoise défend, met en exergue et vend désormais à travers sa musique. Plus que de la musique, il s’agit de son identité africaine et béninoise en particulier. Celle dont le destin ne lui a permis de remonter à la source de ses origines biologiques que tard dans sa vie, y reste désormais très attachée, et ne rate aucune occasion pour les révéler.

«Je reviens à la maison», nous confie l’artiste.

Accompagnée ce samedi soir du percussionniste guadeloupéen Laurent Succab, sur son tambour particulier, et du batteur béninois Jean Adagbénon qui a retrouvé ses premières amours musicales, Mina Agossi a offert un voyage chez elle, dans son pays, le Bénin. Sa voix et les notes qui s’envolaient des cordes du basiste Eric Jacot, ont permis d’accrocher le public et de l’amener à la découverte de cette maison aux immenses richesses rythmiques.

L’on comprend pourquoi dans la majorité des morceaux, l’artiste laissait chaque fois le temps à ces deux percussionnistes d’être en avant pour conduire ce voyage du sud au nord du Bénin. Ils ont touché au tipenti et au tèkè dans le nord, au mansègohoun et au kaka dans le sud. Ils sont aussi allés à Savalou dans le centre, pour jouer un peu de tchinkounmè. Ils ont visité le département du Mono chez Gnonnas Pédro, avec un bout de Agbadja… Spécifiquement, Mina Agossi a même exécuté en featuring avec Jean Adagbénon, un morceau dédié à son village Azowlissè, dans la vallée de l’Ouémé. Le morceau porte d’ailleurs le nom du village. Ici, elle clame une fois encore qu’elle vient d’Azowlissè. Elle vante que ce village est beau et riche.

«Tu es si joli» dit la fille de la vallée de l’Ouémé. Ici, le support rythmique choisi est le jègbé. Tout comme le mansègohoun, c’est un rythme identitaire de cette vallée, autrefois utilisé par des vedettes de la musique béninoise dont Adjahoui, pour raconter l’histoire ou le quotidien de cette région du Bénin, dont Mina Agossi est si fière. Elle avait même déjà écrit un morceau intitulé « la vallée de l’Ouémé », sur l’un de ses anciens disques.

«Je revendique vraiment ces origines» martèle-t-elle. «L’idée derrière ce morceau, c’est de rendre hommage à tous les gens de nos contrées lointaines, qui s’efforcent tous les jours de faire du Bénin un beau pays ; de produire pour qu’en ville les gens se sentent heureux de vivre», ajoute Jean Adagbénon qui en 1992, avait également composé une chanson pour cette vallée dont il est originaire. Et, c’est dans cette logique d’hommage, surtout à la femme, que par deux fois Mina a appelé Nègre Djamile à poser ses vers de slam sur les thèmes d’Eric Jacot.

Au-delà du Bénin, c’est toute l’Afrique que Mina Agossi porte désormais dans sa musique. Ce samedi soir, elle a aussi fait un tour vers d’autres pays africains notamment le Cameroun, avec du Bikutsi. Au terme de ce concert, l’artiste informe de ce qu’elle continue ses recherches. Elle a même prolongé son séjour au Bénin pour rencontrer d’autres artistes, dont les sœurs Terriba, afin de découvrir d’autres richesses dans ses origines. «J’en redécouvre un peu plus à chaque fois», se réjouit la «princesse de l’afro-futurisme»

Commentaires

Commentaires du site 1
  • Avatar commentaire
    ALLOMANN Il y a 6 mois

    J’ai connu par hasard cette artiste exceptionnelle, un samedi du mois de juin 2009, à Ouagadougou, lors d’une interview dans l’émission En Sol Majeur sur RFI au cours de laquelle elle revendiquait ses origines béninoises. Elle m’a amené à aimer sa musique si passionnante, mais également à découvrir Léonard Cohen (Land of Plenty) qu’elle a présenté comme un des artistes qui l’inspirait. Bravo Mina