« Coupe nationale du mot » : L’artiste Sêminvo en parle

« Coupe nationale du mot » : L’artiste Sêminvo en parle

Il est lancé depuis le 20 mars 2018 au Bénin, la phase d’inscription à la « Coupe nationale du mot », dont la finale est prévue pour novembre 2018.

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C’est une initiative de la communauté Slamwood, qui œuvre à faire vivre le slam au Bénin à travers des ateliers et scènes de slam et d’autres événements. Sêminvo Hlihe alias Sêminvo l’enfant noir, l’administrateur de l’association, nous dit ici les objectifs de ce championnat de slam-poésie, et explique les différents choix qui font la particularité de l’événement et replacent « le slam dans sa vraie formule au Bénin ». Interview.

Lnt : L’association Slamwood dont vous êtes l’administrateur, est porteuse d’une initiative dénommée « Coupe nationale du mot ». D’où est partie l’idée ?

Sèminvo l’enfant noir : C’est une coupe que nous faisions déjà. On avait pour ambition de la généraliser à tout le pays, mais cela demandait beaucoup d’énergie, beaucoup de moyens. Donc on a pris un peu de recul. On a dit maintenant on va aller directement à la nation de sorte que tout le monde à la fois puisse participer avec beaucoup plus de facilité. L’idée derrière cette coupe, c’est de faire découvrir à nouveau le slam dans toutes les régions du Bénin, avec un nouveau regard, et de mettre le slam dans sa vraie formule.

C’est quoi cette vraie formule ?

Le slam est d’abord compétition. Le slam est né par une compétition, par la performance. Tout le monde venait sur scène pour performer et il y a un public en face qui décide. On a voulu donc mettre cela encore sur scène pour que tous les slameurs puissent participer et surtout pour permettre à d’autres slameurs d’avoir plus de facilité, tandis que d’autres découvrent cet art. Il y a des slameurs qui forcément slament ou écrivent, mais n’ont pas l’opportunité de se faire connaitre. C’est une lumière que nous mettons et nous invitons tout le monde à en profiter.

Qu’est-ce qui justifie votre combat pour le slam ?

La poésie a une place importante dans toute société. Elle est éducatrice et apporte beaucoup de chose aux gens. L’idée c’est de rendre facile la poésie, l’écriture à tout le monde ; c’est d’amener les gens vers la réflexion qui est une réflexion poétique ; c’est l’envie d’apporter à la jeunesse l’expression orale et l’expression écrite. Les gens ont beaucoup de choses à dire, le slam est là qu’ils viennent le faire.

Parlant de slam, vous évoquez en même temps la poésie. Mais il y a des poètes qui soutiennent que le slam n’est pas de la poésie.

Ils n’ont pas compris. Le slam, c’est de la poésie. Ce n’est pas autre chose. Même les grands poètes ne sont pas d’accord entre eux sur la définition de la poésie. Il y en a qui disent que Victor Huggo n’est pas poète, que Baudelaire n’est pas poète, que tel et tel ne sont pas poètes. Alors qui est poète ? Moi je réponds : tout le monde est poète. Après on peut faire un autre débat sur le fond, la forme et le reste. Mais le slam à la base, est poétique. Le slam est parti de la poésie, et le slam vient également de la poésie.

La coupe est ouverte à tout slameur, connu ou pas, ayant publié ou non, enfant ou adulte, etc. Quelque part, n’est-ce pas une manière d’éliminer certains avant la compétition ?

Non, puisque vous êtes jugé sur un texte. Le slam c’est l’instant de l’émotion ; ce que vous rendez sur scène. Même si vous avez publié des dizaines de livres, vous venez avec un texte que vous déclamez. Vous pouvez avoir le plus beau poème du monde, si le jour de la compétition vous le rendez mal, les gens ne vont pas vous accepter. Si un petit qui n’a rien publié fait un texte que le public apprécie, il gagne. C’est ça. C’est peut-être au Bénin qu’il y a ce souci de notoriété où les gens se disent, ‘’j’ai publié, je suis une star’’. Non. Dans le slam il n’y a pas de star. J’ai besoin d’expliquer aux gens que quelqu’un ne peut pas être exclu du slam parce qu’il a déjà sorti quelque chose ou parce qu’il n’a rien publié encore. En Europe, le slam est ouvert à tout le monde, au drogué, au chômeur, au ministre, à l’employé ; tout le monde vient slamer. C’est au Bénin ou en Afrique surtout que les gens n’ont pas compris. D’abord, le slam part de l’humilité. C’est la première des choses. C’est mon combat.

L’humilité pourquoi ?

L’humilité parce que slamer c’est rencontrer les autres. Les gens sont venus vous écouter. Si vous n’avez pas l’humilité, les gens ne vont pas vous écouter. Il faut l’avoir en soi et avoir envie de la partager. Donc pas besoin d’être catégorisé pour participer à la « coupe nationale du mot ». C’est une compétition ouverte à tout le monde. Que vous soyez connu ou pas, que vous ayez publié ou pas, que vous soyez femme, homme, enfant ou adulte. Le seul principe, c’est savoir lire et écrire.

Au-delà de ce principe, vous avez imposé sept mots pour la compétition : Humain, Eden, Belligène, Venus, Etat, Performance, Vide.

Souvent on écrit sur des thèmes. Ce que j’ai toujours détesté. J’ai préféré trouver l’alternative. Celle de donner les mots comme dis-moi dix mots. On n’impose pas de thème mais on impose des mots. Là, les gens sont libres d’écrire. Nous voulons juste avoir ces mots dans le texte. C’est juste un moyen de susciter plus de réflexion sur le texte.

Qu’est-qui vous a orienté dans le choix des sept mots ?

Les mots choisis correspondent à chaque personne dont les prix portent le nom. Ainsi, pour Marc Smith on a choisi le mot « Performance » parce que pour lui, le slam c’est de la performance. Le mot « humain » pour Souleymane Diamanka, parce que son dernier album s’intitule «Etre humain autrement ». On a choisi « vide » pour Florent Eustache Hessou, parce que c’est quelqu’un qui veut remplir le vide par son avis, son intelligence et sa volonté. Il y a Barnabé Daté-Akayi qui a dit qu’il va donner trois ouvrages à celui qui va remporter son prix. Parmi ces livres, il y a « Belligène ». Ensuite, Jasmin Ahossin Guézo a sorti « Eden d’ébène ». Habib Dakpogan a sorti « Etat conteste ». Carmen Toudonou a publié « Venus d’ébène ».

Il y a en jeu, 7 prix. 7 mots, 7 prix. Le chiffre 7, vous êtes-t-il particulier ?

Non ! D’abord, il y a trois coupes, la coupe du mot d’or, la coupe du mot d’argent et la coupe du mot de bronze pour les trois premiers. Ensuite, il y a pour les sept premiers toujours -les trois premiers y compris-, sept prix. Il y a le Prix Marc Smith. Marc Smith parce que c’est lui qui a inventé le slam. C’est un hommage que nous voulons rendre à Marc Smith. Il a donné son accord.

Nous sommes honoré qu’il ait accepté ce projet. Le deuxième, c’est le Prix Souleymane Diamanka, un slameur que tout le monde aime, quelqu’un qui a apporté quelque chose à la poésie urbaine. Quand un poète béninois surtout me dit que le slam n’est pas de la poésie, je dis, va écouter Souleymane Diamanka et après tu me reviens, on va en parler. Ensuite, il y a le Prix Florent Eustache Hessou qui est un aîné de la poésie-slam au Bénin. Le quatrième prix, c’est le Prix Barnabé Daté-Akayi, un poète qui a publié beaucoup de poésies et qui a apporté beaucoup de lumière à l’écriture que ça soit roman ou autres genres. 5ème prix, c’est le Prix Jasmin Ahossin Guézo, un grand frère du slam au Bénin notamment. Le 6ème prix, c’est le Prix Habib Dakpogan, lauréat du Prix Président de la république. Et le 7ème prix, c’est le Prix Carmel Toudonou qui est aussi un écrivain, une poétesse béninoise.

Mais au-delà, il y a d’autres récompenses. Un billet d’avion pour Paris pour participer à une compétition. C’est ça l’un des intérêts de cette coupe. Nous avons des accords avec la France, Niamey, Abidjan, Libreville, Guinée de sorte que ceux qui vont remporter les prix de la « coupe nationale de mot » au Bénin iront sur des scènes dans ces pays. Il y a aussi d’autres lots à gagner.

L’ordre des poètes slameurs et poètes dont les noms sont attribués aux prix, est-il anodin ?

Non, c’est un choix selon l’hommage que nous voulons rendre. Si on doit rentrer dans des considérations béninoises ou panafricanistes, on ne va pas s’en sortir quant au classement.

Mais vous risquez de fâcher des gens.

Bon. Si quelqu’un est fâché, qu’il vienne voir l’organisation. Nous allons présenter nos excuses et nous expliquer. On est toujours dans la démarche de l’humilité, premier principe du slam.

Quand aux membres des jurys, vous avez fait l’option de les désigner au hasard dans le public à chaque phase de la compétition. N’est-ce pas biaisé ?

C’est ce qui est intéressant dans le slam. D’abord, je refuse quand on dit qu’il faut noter selon le jeu de scène, selon le texte, selon si et ça, mais qu’on ne demande jamais selon l’émotion. La poésie est émotion. Au slam, les gens sont notés selon l’émotion. L’idée dernière notre option, c’est d’habituer ceux qui vont remporter la compétition, sur les règles internationales. C’est le public qui choisit. On ne va pas apporter des experts de la poésie dans le jury. C’est ça le slam. Et ce sera avec des cartons vert, rouge jaune. Ce ne sera pas avec des notes. C’est un système que nous avons mis en place depuis 2012 et qui reflète vraiment l’émotion, le niveau du slameur. Ça marche toujours.

L’association communauté Slamwood ne veut pas aller dans l’option jeux scéniques parce que le jeu scénique est banni dans le slam. C’est ce que les gens ne savent pas. Tu viens à une scène de slam, tel que tu es habillé, tu t’inscris, tu ne changes pas ton habillement avant de monter sur scène. Si tu le fais, cela devient un déguisement. Le déguisement est proscrit. L’autre secret, c’est que si tu veux gagner, viens avec ta famille, parents, amis et alliés.

Dans les jurys, il est toujours prévu plus de femmes que d’hommes.

Quand vous venez à nos scènes de slam, c’est quatre femmes et un homme. On a voulu maintenir ça, mais finalement on fera trois femmes et deux hommes puis quatre femmes et trois hommes. La femme est émotion, sensible. La poésie c’est la sensibilité. C’est de rendre aussi hommage à la femme, de la mettre en avant, lui donner la décision.

Qui est-ce qui vous soutient ?

Pour le moment personne. C’est maintenant que nous sommes en train de faire les démarches. La finale est pour novembre. Ce que nous avons lancé en mars se fait par mail. On n’a pas besoin d’argent pour ça. Après, puisqu’il faudra se déplacer dans les zones de compétition, là on aura besoin de financement. On n’a pas de sponsor pour l’instant. On est en train de courir pour ça. On espère que les appels seront entendus au niveau de tous les univers de lettres de notre pays. On appelle le ministère de la culture, la francophonie, las ambassades, etc. pour qu’ils puissent nous soutenir.

Merci.

Interview réalisée par Blaise Ahouansè

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