L’Eglise protestante méthodiste du Bénin (EPMB) est par terre. Le Synode qui vient de se terminer en est la preuve. Quelqu’un qui cherche Dieu aura du mal à le trouver à l’EPMB telle qu’elle fonctionne aujourd’hui. Il y trouvera par contre un Président toujours sûr de lui, même quand il se trompe, un Président qui se fait appeler « Eminence » en se prévalant des décisions d’un synode qui n’a jamais existé, et qui proclame fièrement qu’il n’exécutera jamais les décisions de justice sans proposer, en lieu et place de ces décisions, une alternative digne d’une communauté fraternelle, soucieuse de vérité et de justice, qui entreprendrait de régler elle-même ses problèmes par un dialogue franc et sincère, sous le regard du Christ.

Une nouvelle constitution (ou statuts constitutifs) vient d’être adoptée en assemblée plénière sans avoir été au préalable examinée en session pastorale comme le veut le règlement, et malgré de nombreuses observations et mises en garde. Ces statuts sont irrecevables pour plusieurs raisons.

D’abord, sous prétexte d’actualiser les statuts de 1992, le nouveau texte impose une vision quasiment surréaliste du passé récent de l’EPMB. Il occulte le lourd contentieux qui a opposé le président de l’époque à tous les fidèles éclairés, contentieux que l’Eglise a été incapable de régler en son sein et qui a été porté devant les tribunaux. Il évoque paresseusement un « schisme » qui serait intervenu suite à un banal problème de procédure, en occultant les origines réelles de ce « schisme » qui provenait en fait d’une manœuvre du président au lendemain de sa défaite judiciaire. La pétition du 14 juillet 1999 adressée au ministre de l’intérieur d’alors pour l’informer de la création d’une nouvelle formation dénommée « EPMB-C » n’était qu’une riposte au jugement du 11 juin 1999. La lettre du 10 août 2000 au même ministre de l’intérieur demandant l’enregistrement de cette formation faisait suite à l’arrêt du 9 août de la Cour d’appel. Drame immense d’une Eglise dirigée par un chef dont l’autoritarisme aveugle et l’absence de sens critique ne pouvaient conduire qu’à un constant refus du dialogue et, face à des verdicts défavorables, à une rébellion ouverte contre décision de justice. Voilà donc l’histoire réelle, escamotée dans le nouveau préambule.

Il y a plus, cependant. Les nouveaux statuts rebaptisent les organes de l’Eglise. Le synode s’appelle désormais « conférence », la région synodale « district », le secteur « circuit » – comme si les mots anglais district et circuit, utilisés en effet avant 1992, valaient mieux que les termes français consacrés par les statuts de 1992, et comme si « conférence » valait mieux que « synode » pour désigner l’organe suprême de l’Eglise.

La tentative d’abêtissement remonte loin. Déjà en février 1995, au synode de Savè, on a fait croire aux fidèles que le mot « synode » était réservé aux églises sous tutelle, tandis que le mot « conférence » conviendrait seul pour désigner l’organe suprême d’une Eglise souveraine. Plusieurs intervenants ont encore répété, au synode de février 2019, cet enseignement reçu. Or c’était manifestement faux. A l’Eglise catholique, on parle indifféremment du « synode des évêques » ou du « concile ». L’Eglise réformée de France était dirigée par un synode, l’Eglise évangélique luthérienne de France aussi. Depuis leur fusion en 2012 en une seule Eglise protestante unie de France, celle-ci est également dirigée par un synode. Est-elle pour autant une église sous tutelle ? L’Eglise anglicane, dont est issue l’Eglise méthodiste, est dirigée par un synode. Est-elle une Eglise sous tutelle ? La vérité est que nos dirigeants ont voulu imiter l’Eglise méthodiste de Grande Bretagne qui est en effet dirigée par une « Conférence méthodiste annuelle », mais ils n’ont pas vu qu’en utilisant ce terme, les méthodistes anglais ne prétendaient pas affirmer une quelconque souveraineté, mais tout au plus la primauté des laïcs au sein de l’instance dirigeante.

On connait cependant la suite. Depuis 1995, des fidèles sont allés répétant cet enseignement erroné d’un chef d’église lui-même sous-informé. Et lorsqu’il a été débouté quatre ans plus tard de sa prétention à rester président jusqu’à sa retraite, il n’a rien trouvé de mieux, pour demeurer président, que de cristalliser les oppositions autour de cette dérisoire querelle de mots : conférence contre synode, allant jusqu’à mettre le mot « conférence » dans l’appellation de sa nouvelle formation religieuse.

Personne n’a protesté lorsqu’il a été observé au dernier synode que cette querelle de mots  n’aurait jamais eu lieu si nous utilisions nos langues. Conférence se dirait en gun : okpli daho, et synode okpli daho agun ton. En yoruba on aurait dit : ikpadé nla pour « conférence », ikpadé nla ti ijo pour « synode ». On aurait vu tout de suite que « conférence » était un terme générique s’appliquant aussi bien aux grands rassemblements profanes qu’aux rassemblements religieux, tandis que « synode » est un terme spécifique s’appliquant uniquement aux rassemblements religieux. Le terme approprié était donc bien ‘’synode’’. Mais qu’importe ? Nous étions formatés pour avaler les pires inepties, au nom de la fidélité inconditionnelle à un homme.

Les gouvernements successifs ont encouragé cette rébellion, cette instrumentalisation progressive de fidèles parfois fort instruits, comptant même parmi les plus hauts cadres du pays, mais fanatisés. Les gouvernements sont complices. Ce n’est pas un hasard si l’Etat béninois, assigné en justice en février 2015, s’est vu condamner par le tribunal à verser cinquante millions de francs (50.000.000 FCFA) à titre de dommages-intérêts à l’EPMB pour non-exécution des décisions de justice.

Mais le pire était encore à venir. Le régime du « Nouveau départ » a eu sans doute raison de s’inquiéter des violences que pouvait occasionner l’exécution tardive des décisions de justice, commencée le 13 mai 2016. Seize ans s’étaient écoulés depuis l’arrêt de la Cour d’appel, seize ans au cours desquels le perdant avait eu le temps de consolider sa position en rassemblant autour de sa personne, en  mobilisant et en fanatisant le maximum d’adeptes. Le nouveau Pouvoir aurait pu faire œuvre utile en contraignant les parties en présence à coopérer pour une exécution pacifique des décisions de justice. En choisissant plutôt de mettre en place, le 3 juillet 2016, au cours d’une cérémonie solennelle, un « organe transitoire de gestion » (OTG) de l’EPMB formé sur une base paritaire et comprenant en nombre égal des représentants du perdant et du gagnant, il balayait à son tour d’un revers de main les décisions de justice.

Les faits parlent par eux-mêmes : décisions de justice jetées par-dessus bord, légitimation de facto d’un discours belliqueux qui incitait à une résistance violente contre toute tentative d’exécution de ce verdict sollicité par l’ex-président de l’EPMB, mais qui, finalement, lui donnait tort. Résultat : à l’ombre de l’OTG, les adeptes du perdant, formidablement organisés et proactifs, ont fait une campagne comme on n’en avait jamais vu dans ce milieu. Ils ont réussi, ce faisant, à arracher la direction de l’église au cours du synode général électif qui devait mettre fin au mandat de l’OTG le 2 juillet 2017. L’EPMB actuelle c’est l’ex-EPMB phagocytée par l’ex-EPMBC, c’est l’ex-EPMBC absorbant l’EPMB originelle au prix d’un petit sacrifice consistant à renoncer au C qui lui était si cher. C’est l’EPMB « Nouveau départ ».

Le Président a affirmé au synode qu’il n’avait rien inventé en se faisant appeler « Eminence ». Eloquent comme il sait l’être, il s’est fait applaudir en lisant dans le dossier des assises, page 104, un extrait des décisions du Conseil du synode général en sa session du 12 septembre 2018 : « Conformément aux Actes et décisions du synode général de février 2006 à Gbéto (Cotonou), l’appellation ‘’Eminence’’ est adoptée pour désigner le premier responsable, le Président de l’Eglise ». Vérification faite, il a été observé le lendemain qu’aucun synode ne s’était réuni en février 2006 ; qu’un synode s’est bien réuni à Gbéto en février 2007 mais n’a pas abordé la question ; qu’un synode avait eu lieu, par contre, en janvier 2006 à Bohicon et avait choisi d’appeler le premier responsable « son Excellence ». Il a été observé que le Conseil du Synode général n’avait pas compétence pour prendre une décision contraire à celle du synode, mais pouvait tout au plus faire une autre proposition à soumettre au synode en cours ; qu’il fallait donc remettre la balle à terre et décider. Mais le présidium n’a pas remis la balle à terre. Tout le monde a continué et continuera à l’appeler Eminence. Triomphe de l’irréflexion et de l’incohérence. Triomphe de la bêtise.

Que faire, maintenant ? Les vainqueurs du jour ont l’air bien pressé. Il leur a paru urgent de modifier les statuts adoptés à l’unanimité en 1992 et approuvés par l’Eglise-mère la même année. Ils y sont allés au pas de charge. Mais les mêmes causes produisent, hélas, les mêmes effets. L’Eglise risque d’être de nouveau divisée, profondément déchirée. O Dieu, où donc es-tu ?

(Kigali – Johannesburg, le 27 février 2019)

10 Commentaires

  1. Le professeur a raison. Au fait le thème éminence ne comprend pas dans un système presbytéral ou l’église est gouverner par un collège pastoral. Le plus simple serait carrément d’adopter à l’image du méthodisme au Nigeria et du Ghana, le système épiscopale. Une église gouvernée par des bishops (évêques) et President bishop. En bon français ”Son Eminence, Président” ne s’entende même pas. ”Président” est civil, ”Bishop ou Évêque” est ecclésial. D’ailleurs dans des églises méthodistes et luthérienne on ne dit plus Président mais bishop (évêque) même si c’est synonyme. Dans ces églises le titre honorifique est ”trés révérend ” pour le responsable ou les responsables hiérarchique. Si on disait ” Son Éminence, bishop” cela pourrait être acceptable. Mais bon quelque que soit alpha, le problème d’église reste à l’église et se gère dans l’église. Il n’y a pas cette église sans problèmes mais tout se gère en famille. Quelle que soit les réformes de l’église , le plus important c’est l’avancement de l’oeuvre de Dieu. le mal de l’epmb ne vient pas de lui même mais des mauvais héritages de réforme que les églises protestantes essaient tant bien que mal de corriger aujourd’hui. Le problème de l’EPMB, c’est qu’elle n’a pas une cour ecclésiastique pour gérer ses conflits. C’est le synode qui fait tout un peu comme dans un régime parlementaire. Ailleurs, quand il y a des différents, non respect des textes, c’est la cour ecclésiastique appelé souvent cour suprême qui gère. Les affaires de l’église ne se gère au tribunal civile ou sur la place publique. Même dans dans le sport, il y a le tribunal des sports appelé (Tas). L’EPMB doit se doter d’une cour ecclésiastique autonome. Si ailleurs les différents de l’église sont porter d’avant la justice civile, c’est parce l’église est religion d’État. Au benin, nous sommes dans le droit français où la religion a le statut d’association. Toutefois l’église peut signer un agrément avec l’Etat.

  2. Le malheur de l’Epmb est d’être dirigé par un président qui a la réputation d’être un ___ et qui a besoin en urgence de naître de nouveau. Son rapport à l’argent qui n’a rien de pastoral et son éloquence de caniveau mêlant ruse et mensonge risquent de conduire l’église dans le gouffre. Mais que lui importe? Pourvu qu’il soit appelé “Éminence” et que l’argent du Pouvoir soit à sa disposition. “Dieu, où es-tu?”. Mon cher prof, Dieu est loin de la bêtise de l’Epmb ” Nouveau-Départ”.

  3. Triste sort que celui de notre eglise…
    Pas surprenant que certains croient devoir se faire appeler nouveau depart ayant ete remis en selle par un president soucieux de marquer des points a moindre cout…
    Bientot ces gens viendront peut etre prêcher “ nouveau depart” depuis le pupitre de l’eglise…
    Prions pour l’Eglise et le peuple de Dieu et que l’Eternel nous tienne a l’ecart des politiciens de tout accabit

    • C’est triste. J’ai honte des actuels dirigeants de mon Église qui en dépit de tout ce qui se passe dans le pays ne trouvent pour opportun que de féliciter de façon éhontée le régime en place. Comme si les peines et les tribulations sociales auxquelles soumet le peuple ce régime ne les concernaient pas. Triste et honteuc

  4. Sacré Paulin! Tu es certainement une étoile des temps qui courent. Hélas, tu es du Bénin. Et ça change tout. Quel gâchis. Écris nous de beaux livres si tu peux encore. La religion et l’ignorance, c’est pire que la peste, le sida et le cancer réunis. Merci quand cher papa

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