Les défis du monde de demain et la complexité de la résolution des problèmes géophysiques universels nécessitent une réadaptation de la notion de l’éducation scolaire en considérant son essence c’est-à-dire sa qualité, sa structuration, son organisation et surtout son expansion dans la population et dans le temps. L’école et l’enseignement de qualité pour ne par dire d’excellence, se présentent aujourd’hui comme la seule arme pour faire face aux imprévues sans cesse grandissant de l’univers.

Cependant, alors que sous d’autres cieux, les responsables nationaux et décideurs politiques cogitent perpétuellement sur la reconfiguration à donner à l’éducation pour rester compatible voire en avance sur le futur, l’école et le système éducatif africain demeurent primaires et semblent ne pas préoccuper les premiers responsables. Néanmoins, le continent Africain est de loin celui qui s‘expose le plus aux dangers et aux incertitudes de demain.

L’Afrique ne s’est jamais défini un système éducatif propre depuis la fin des périodes coloniales. Les écoles africaines gardent toujours la philosophie et la mission coloniale, loin de celle d’une école de développement. L’Afrique et les pays africains sont toujours à la recherche d’une machine éducative adéquate pour leur développement et au même moment, on constate avec amertume que l’éducation n’est pas une priorité pour les Etats africains. On est tenté de dire même que la classe dirigeante africaine ignore l’importance de l’EDUCATION SCOLAIRE dans le processus de développement, le devenir d’une Nation. L’état des écoles et les infrastructures scolaires, l’équipement des établissements, le processus d’engagement des enseignants, leurs formations avant et en cours de carrière, leurs conditions de vie et de travail, les contenus des programmes, les missions assignées à l’éducation, le budget alloué à l’éducation, l’adéquation du système éducatif avec les besoins locaux et le marché du travail etc. sont quelques uns des paramètres fondamentaux qui déterminent le niveau de l’éducation d’un pays.

Autant l’école et la recherche constituaient le fondement pour la liberté et le développement des pays occidentaux et orientaux, autant les pays africains au lendemain de leur indépendance se sont repliés dans l’engagement politique et souvent politicienne pour consolider leur « liberté et stabilité ». Ainsi, la chaine cinématique de la construction d’un Etat, d’une société développée est travestie. L’école, l’éducation scolaire, l’enseignement de qualité, la formation professionnelle, la recherche ne constituent pas les priorités des Nations africaines. Dans plusieurs pays, on note clairement que l’enseignement supérieur n’est pas une priorité pour l’Etat ; certains pays ne disposent pas de ministère spécifique pour l’éducation. Ces constatations sont de graves manquements dans la gestion de l’Etat. Enfants, adolescents et jeunes de presque tout le continent africain sont soumis à un système dit éducatif de niveau médiocre pour ne pas dire misérable. La banalisation de l’importance du savoir et du savoir certain, l’ignorance de la quintessence de la connaissance et de l’acquisition des compétences à consolider chez les apprenants, la culture du minimalisme, de l’autarcie et de la vision conceptuelle limitée à l’autosuffisance alimentaire familiale, demeurent malheureusement des réalités individuelles mais aussi et surtout étatiques. Si « tant vaux l’école, tant vaut la nation » quelle est l’image de la nation dans laquelle on retrouve de telles salles de classe ?

Une classe primaire dans un pays en Afrique centrale au 21ième siècle

L’éducation scolaire en Afrique est perçue comme une charge de l’état parce qu’elle ne procure pas de revenue alors que la première ressource économique d’une Nation est sa ressource humaine et celle-ci n’est efficace, opérationnelle et capable de développer économiquement le pays que si elle bénéficie d’un enseignement de qualité.

La crise éducative que traverse le continent africain est connue par de grandes institutions comme l’Union Africaine, l’UNESCO, la Banque Mondiale, l’OCDE etc. Des réunions se multiplient tout comme des discours et des écrits. Cependant les classes dirigeantes africaines demeurent dans une absence de mise en place de plan éducatif et de vision réelle panafricaine pour l’éducation et le développement continental. Dans tous les pays africains, les politiques attendent que le système éducatif idoine à mettre en place, les améliorations à apporter à l’éducation ainsi que les programmes scolaires soient dictés soit par des organisations internationales soit par le pays colonisateur tout comme on attend que les équipements de laboratoire de sciences et les « bon » formateurs et experts viennent de Paris ou de Londres. Les pays africains « s’affirment indépendants » mais demeurent intimement et volontairement liés aux pays colonisateurs. Cette situation inextricable est un contrepoids au développement continental. Certes l’éducation n’est pas le seul facteur qui développe. L’instabilité politique, la carence de démocratie et la généralisation de la corruption, déstabilisent l’Afrique et sacrifient sa jeunesse. Cependant, l’école africaine telle qu’elle est, ne conduira pas les Nations africaines vers le développement. L’éducation africaine doit être bâtie sur la culture panafricaine avec une disponibilité de suivre un cursus scolaire complet et excellent sur le continent sans le besoin d’aller ailleurs. L’éducation africaine doit être bâtie sur l’africanité c’est-à-dire la transformation des savoirs pour résoudre les problèmes de société en Afrique, la transformation des savoirs pour produire ce que les consommateurs africains ont besoin.

La conscience de construire des systèmes éducatifs africains

L’Union Africaine et particulièrement sa Commission des Ressources Humaines Sciences et Technologies se présente comme l’entité la plus consciente et la plus engagée dans la reforme que nécessite le système éducatif africain. Cependant les grands chantiers entrepris, pour passer d’un enseignement colonial à un enseignement approprié au Continent ne sont pas relayés au niveau des Nations. Ainsi le programme CESA 16-25 (Continental Education Strategy for Africa) et ses objectifs sont inconnus et inappliqués à l’échelle des pays. Ce fameux document trace néanmoins des grandes directives pour l’amélioration de l’éducation en Afrique. D’autres documents édifiants comme « La formation des enseignants, leur condition de vie et de travail », validés à Addias Abéba en décembre 2016 sont également méconnus au niveau des Nations. Depuis 2018, la Commission Ressources Humaine, Sciences et Technologies lance un nouveau programme sur l’Innovation dans le domaine de l’éducation en Afrique : Ce programme qui consiste à réunir chaque année, des africains ayant contribué à une amélioration du système éducatif ou ayant apporté une innovation pour élever ou réadapter le système éducatif africain, devrait drainer plus d’acteurs et servir de model aux Nations qui doivent s’inspirer des meilleures innovations. Malheureusement très peu d’Etat s’engagent sur ces chantiers. Les dirigeants africains sont absorbés par la quête de la longévité au pouvoir dans l’abandon du fondamental qu’est le développement de la ressource humaine. Les Nations africaines doivent consentir à investir volontairement au moins 5% de leur PIB dans l’éducation, la recherche et la formation et des rapports, bilans doivent êtres faits chaque année sur l’usage de ces fonds.

L’Afrique souffre et le contient africain sera dépendant et souffrira de grave crises dans les 30 années à venir si des mesures spécifiques ne sont prises dès à présenter pour que chaque Nation africaine inscrive l’enseignement de qualité comme première priorité des actions gouvernementales et que des mesures pratiques, tangibles et endogènes soient prises. Suivant plusieurs études, la population africaine devrait doubler en 2050 pour se situer entre 2 et 3 milliard d’habitants. Si on sait que plus de 60% de la population de plusieurs pays du continent a moins de 25 ans, la croissance exponentielle de la population de ces pays et les besoins constants qui s’en suivront devraient être planifiés, étudiés et des programmes, plans pratiques déjà mis en place pour endiguer les crises mais ce n’est pas le cas. Les directions africaines ne commenceront à chercher des solutions aux problèmes de l’emploi, de logement, de santé, de restauration, de scolarisation, de déplacement etc. qui découleront de cette augmentation de la population que quand ces problèmes commenceront à réellement affecter les populations. Sans anticipation, des milliers de jeunes africains sans qualification et sans espoir prendront les chemins de l’exile et perdront pour la plupart leur vie dans la méditerranée ou seront appâtés par les extrémistes dans leurs actions de déstabilisation mondiale. Mis à part ces besoins typiquement africains, la nécessité d’une éducation de qualité relève de l’ordre mondial et incombe à l’Organisation des Nations Unis donc à l’UNESCO. Les défis du monde de demain ne trouveront leur solution que dans un enseignement de qualité pas seulement pour certains privilégiés de certains pays mais un enseignement de qualité pour tous partout et n’importe quand. Depuis plusieurs années, les côtes Ouest africaines sont rongées profondément par l’océan Atlantique. Durant cette année 2019, on note sur toute cette côte une augmentation de température jamais atteinte. Durant les mois de mars, les températures moyennes dans cette région du globe tournent autour de 30°C. Cette année, on a relevé une moyenne de plus de 33°C.

Les dispositions, les mesures à prendre, les engagements à adopter et les gestes quotidiens des populations afin de réduire l’augmentation des gaz à effet de serre et le réchauffement climatique ne relèvent pas d’une compétence nationale mais plutôt universelle. Si vous enseignez à Liège, à Copenhague et à Lausanne les bonnes manières de se comporter, les gestes et attitudes quotidiennes à adopter pour lutter contre le réchauffement climatique et que ce fait et ses conséquences sont méconnus voir ignorés à Minh-Ville et à et à Quito, des cyclones anormaux et fortement dévastateurs s’abattront sur la Tanzanie et la Mozambique.

Nous rentrons dans une ère qui exige que la connaissance et le savoir de qualité soient universels et accessibles par tout afin de cerner les donnés du nouveau monde. (A suivre)

Dr. Victor José K. AFANOU
DG OPEM (Observatoire Panafricain pour l’Ecole et les Métiers)
Chercheur sur le système éducatif africain.
Expert en pédagogie et technique moderne de l’éducation

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