Déo Gratias Kindoho

Le peuple béninois s’est levé vendredi 1er novembre 2019 avec l’adoption d’une loi modificative de la Constitution du Bénin, par le parlement des deux blocs politiques du président Talon. On aura compris davantage du projet d’exclusion porté par le régime de la rupture. « Un énième cap décadent a été franchi la nuit d’avant-hier », affirme Déo Gratias Kindoho, journaliste à l’Office de radiodiffusion et télévision du Bénin (Ortb). Il retrace le « chemin » depuis 26 Juillet 2018.

Il n’y a pas de fumée sans feu, tout comme il n’y pas d’odeur nauséeuse sans de la merde qui traîne quelque part. Au lendemain du forfait rendu possible par les deux blocs du Chef de l’État au moyen desquels il a fait tenir l’Assemblée nationale en laisse, les plus incrédules d’entre nous ont sans doute fini par comprendre que tout se tient, que tout a été mijoté dans un but précis : porter à terme la troisième tentative de révision de la Constitution béninoise aux forceps et dans l’opacité totale.

Les escales

L’on pourrait remonter plus loin aux origines du mal mais faisons court. Partons de l’adoption le 26 Juillet 2018 de la nouvelle charte des partis politiques et du vote le 03 Septembre de la même année, du nouveau code électoral dans des conditions bizarres. Ce sont deux escales clés sur notre chemin vers le cœur du pandémonium. Un énième cap décadent a été franchi la nuit d’avant-hier.

Le code électoral regorgeait déjà d’assez d’innovations crisogènes dont les plus explosives étaient le fameux article 242 – même les députés qui l’ont adopté n’ont jamais su l’expliquer correctement – et le quitus fiscal obligatoire pour être candidat. En soi, cette seconde disposition n’est pas superflue quand bien même la nature des hommes qui l’ont imaginée et les circonstances dans lesquelles ils l’ont validée, ont généré beaucoup d’anxiété. Hélas, les diverses appréhensions exprimées çà et là se sont avérées fondées par la suite. De nombreux candidats, à jour vis-à-vis du fisc, n’ont jamais obtenu le fameux quitus fiscal pendant qu’on en distribuait à d’autres comme des bonbons.

La Cour Constitutionnelle avec son intrus

Au quitus fiscal, la Cour Constitutionnelle greffera une seconde trouvaille burlesque alors que le processus électoral battait son plein: le certificat de conformité. Cela n’existe nulle part, dans aucune loi, ni dans le Code électoral ni dans la Charte des partis politiques mais la Cour en a fait une pièce maîtresse dans le dossier de candidature à déposer par les partis politiques désireux de se présenter aux élections législatives.

À l’instar du quitus fiscal, le certificat de conformité est délivré par des services sous tutelle du régime en place, dit de la rupture. La direction générale des impôts pour le premier, le ministère de l’intérieur pour le second. Évidemment, comme par hasard, c’étaient toujours les candidats et les partis de l’opposition qui se retrouvaient coincés pour divers défauts inspirés de l’interprétation tronquée du Code électoral et de la Charte des partis politiques.

Tous pour consacrer l’inédit en réponse au Palais

Je vous passe les séances d’exposés au ton absolu du Chef de l’État, qui se voulaient pourparlers avec l’opposition depuis le palais présidentiel. L’exercice avait montré qu’il est peut-être assez rusé mais pas très érudit sur le sujet. Je vous passe aussi les défaillances de la jugeote atrophiée de la Commission électorale nationale autonome qui, par majoration et minoration des erreurs contenues dans les dossiers des partis, en est arrivée à ne valider que les listes de candidatures des deux formations politiques mises en place par le Président de la République.

Je vous passe, par ailleurs, les simulacres de tractations à visée corrective initiées au Parlement, qui s’étaient clôturées en queue de poisson. Les médiations nationales et internationales de personnes physiques et morales s’étaient également achevées stériles. La voie était à présent totalement dégagée pour un scrutin législatif inédit dans l’histoire démocratique du Bénin, auquel sont exclusivement admis les partisans de Patrice Talon.

Avec la complicité des Opérateurs GSM, l’accès à internet a été obstrué sur tout le territoire béninois le jour du vote. Il a fallu attendre le lendemain pour que l’étau commence à se desserrer autour de nos Mo et que l’on apprenne combien le scrutin a occasionné de violences dans certaines contrées du pays, à tel degré que des bureaux de vote n’ont pu ouvrir. Mais le pire venait devant.

Du sang de leurs balles qu’ils veulent sécher

Les 1er et 2 mai 2019, des mouvements de protestation marqués par des actes de vandalisme dans le périmètre du domicile de l’ancien Chef d’État Boni Yayi, sont réprimés dans le sang et à mort.

Des compatriotes tombés sous les balles d’une soldatesque aux ordres sont dits, quelques semaines plus tard, décédés de maladie. Le médecin légiste qui a conduit les autopsies déclare n’avoir décelé ni balles ni impacts de balles sur les corps. Et le juge en charge du dossier d’en conclure à un non-lieu. Boni Yayi, quant à lui, fut enfermé dans sa résidence durant près de deux mois. Privé de visites, y compris celles de sa famille et de son médecin traitant, il a failli y laisser son nerf sciatique.

C’est dans ce contexte que la CENA a publié les tendances du scrutin législatif qui nous a appris que la somme des voix obtenues par les deux partis en lice pilotés par Patrice Talon, équivalait exactement aux suffrages exprimés.

Le taux de participation dévoilée par l’institution (22%) va le confirmer : il n’y a eu aucun bulletin nul même si nous en avons vu dépouillés par dizaines dans les bureaux de vote. La Cour Constitutionnelle tâchera de trouver un bémol à la bourde et de quoi remblayer le gouffre. Le taux de participation en a fait un bond de 5%.

Comment Talon résout la crise sociopolitique née des élections ?

Toujours est-il que sur le Bénin, planent, depuis lors, des ondes lugubres. Tout le monde est conscient de la morosité ambiante et de ce que le sésame pour ouvrir la porte de sortie réside uniquement dans des discussions franches entre protagonistes autour des paramètres critiques : les lois et les manœuvres d’exclusion d’une catégorie de citoyens des consultations électorales.

Mais comme depuis le début, il ne peut y avoir de pourparlers que présidés par le Chef de l’État ou dont il aura au moins choisi les parties prenantes. La configuration du dialogue politique des 10, 11, et 12 Octobre 2019 est, entre autres, une parfaite illustration de cette posture. Aucun parti crédible de l’opposition n’y a été invité. Il en a désigné le facilitateur et le rapporteur principal censés être des personnalités neutres et leur a dit qu’il n’y avait pas grand’chose à traiter. Juste « une quinte de toux d’une résonance inhabituelle ».

S’ensuivra un panier de propositions farfelues soumises – aussitôt le dialogue levé – à l’examen d’un comité d’experts composé du facilitateur et du rapporteur général sus-cités plus des barons de la Rupture qui furent aussi des barons du pouvoir Yayi. Il leur a été assigné de convertir les propositions issues du dialogue politique en recommandations applicables. Ils ont fait rapide. A l’arrivée, des propositions non moins farfelues sur fond de grosses suggestions de révision de la loi fondamentale du 11 Décembre 1990. Le comité a rendu son rapport le Vendredi 25 Octobre 2019.

Le mardi suivant, soit le 29 Octobre, dix députés introduisent une proposition de modification de la Constitution pour étude en procédure d’urgence par l’Assemblée nationale. Les débats sont lancés le Jeudi 31 Octobre à la mi-journée, dans les quatre murs du parlement. Avant 00h, la Constitution béninoise était révisée.

Jusqu’ici, personne – à part celui/ceux qui a/ont élaboré la nouvelle loi fondamentale – ne peut exposer avec force détails tout ce qui y est ajouté ou en est retranché. Des bribes et documents bruts jetés à l’opinion publique après l’adoption du texte, l’on sait par exemple qu’un poste de vice-président (aux implications floues) est créé, que des élections générales sont instaurées mais pas avant 2026, que tout candidat à la présidentielle de 2021 doit recueillir un certain nombre de parrainages d’élus politiques.

Fixons un instant ce dernier palier et il nous apparaîtra aisément qu’il est construit contre tout Béninois ambitieux de défier Patrice Talon et/ou son dauphin dans deux ans. 90% des élus leur appartiennent et ils ont le loisir de porter le taux à 100%. Il suffira d’un claquement de doigts.

Voici comment, prétextant travailler à la résolution de la grave crise politique et sociale née de l’exclusion de compatriotes lors du processus électoral passé, ils ont programmé des exclusions encore plus dangereuses et assombri un peu plus les perspectives d’un apaisement de la nation béninoise.

Une certitude dans les ‘’rupturiens’’

La certitude qui me vient du déroulé des événements est que le régime de la rupture ou du nouveau départ se sait viscéralement vomi par le peuple. Il faut se savoir vomi par le peuple pour en avoir peur à ce point, au point de faire dans son froc à l’idée d’engager l’avis des citoyens sur des sujets importants qui engagent leur avenir.

Il faut se savoir vomi par le peuple pour refuser d’avoir des opposants à des élections législatives afin de ne pas finir sur la paille et finir sur la paille quand même avec plus de 70% des électeurs qui refusent de cautionner une compétition où il n’y a pas de challenger. Il faut se savoir vomi par le peuple pour choisir de faire exécuter en catimini par ses partisans élevés manu militari au rang de députés, le tripotage de la Constitution que le peuple béninois s’est librement donnée, dans l’allégresse. Est-il parvenu à ses fins ? Seule la fin le lui dira.

Déo Gratias Kindoho. Journaliste Ortb.

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16 Commentaires

  1. Tout béninois digne du nom doit exprimer son indignation !!!
    Ce qui se passe est inconcevable.

    La lutte doit commencer sur le terrain des idées pour démasquer les intellectuels qui, pour quelques miettes préfèrent servir le diable.

    Rien n’est bon sous ce régime, il est pire que le PRPB. Il faut le combattre, avec détermination, peut importe le temps que ça va durer.
    Merci Mr le journaliste pour votre contribution de qualité.

  2. Ce soi-disant analyste passe complètement à côté des réalités du Bénin en ce moment. Si les opposants ne sont pas satisfaits, ils ont encore des recours auprès de la CEDEAO ou de l’UA pour protester contre le caractère” non démocratique” de la révision. Ils échoueront lamentablement . Et c’est là que le monde entier découvrira que le Bénin vient , une fois encore, d’innover en constituant une référence pour les autres pays africains , de par les dispositions ci-après:
    – aucun ciitoyen ne fera plus de 2 mandats de sa vie (c’est l’unique formulation en Afrique qui résout toute crise liée aux tentations de se perpétuer au pouvoir )
    – la limitation du mandat des députés à 3 (mesures révolutionnaires)
    Le Bénin émerveille et se signale comme un PHARE en matière de réforme démocratique en Afrique, grâce au Président Talon.

  3. Les gens comprendront apres que Talon fut le meilleur president que nous ayons eu jusqu’a present. le probleme c’est que les gens veulent une chose et son contraire. et pour des gens comme nous, il faut vraiment pousser les choses pour pouvoir avancer.

  4. Bravo mon journaliste pour ce courage et cette. Bravoure du vrai journaliste ,,pas Come ce qui on vendu leur âme pour conduit notre payes,dans le gouffre , et ne veule pas dir la vérité.

  5. Bien merci monsieur le journaliste bon courage .talon et son camp vont en souffrir mais ne pourront rien faire . La preuve la fermeture des frontière talon est où ? Espèce des *** .

  6. Ce monsieur est il vraiment journaliste à l’ORTB moi je n’y croit pas. Si oui je penses qu’il sera limogé d’ici là . Que Dieu tout puissant vienne en aide au péuple bbeninois

  7. Tout ceci avec la benediction de Houngbedji parce qu’il veut rendre un coup au peuple béninois pour ne l’avoir pas fait president. Mais hélas ‘ereur. Autànt qu’ils sont chacun va payer pour ce qu’il aurait créé dans ce pays. Moi je passe wait and say

  8. Les masques sont tombes…
    Le but des lois scelerates votee au pas de charge par une majorite achetee a coup de valises de billets pour construire une assemblee monocolore est maintenant clair pour tous:
    Verrouiller le pouvoir politique pour guarantor la prerennite de la main mise sur l’economie.
    Ainsi le clan mafieux qui n’a pas hesite a faire couler le sang des beninois paracheve avec une constituion kpayo votee par un parlement illegitime l’oeuvre de destruction des instruments democratiques qui entravaient un tant soit peu son entreprise de main basse sur le Benin…
    Il ne reste aux beninois qu’a en tirer les consequences et opposer a la froide determination des mafieux la reaction organisee de la colere populaire

  9. Ça ne mérite pas une petite attention ce chiffon de ce garçon qui se dit journaliste et qui émarge malheureusement au trésor public
    Pour ne pas perdre votre temps ; Le Plombier vous demande de lire le JDD ( Le Journal Du Dimanche)
    Pour votre culture
    Je passais
    Le Plombier

    • Plus rien ne m’étonne au sujet de ce Plombier. Celui qui encense Gbadamassi montre de quelle nature il est lui-aussi. Inutile de commenter à l’avenir les posts de ce type. Il est de la même étoffe de le c*** qui n’a pas hésité à *** un juge. Bassesse!!!

  10. Je me demande si président est fière de lui même et qu’il peut se regarder dans le miroir, en tout cas un *** n’a pas de conscience

  11. Hummmm, un soupir d’agonisant! …qui voit s en aller son dernier souffle, impuissant, incapable de le retenir plus longtemps… Nous sommes malheureusement tomber tres bas.

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