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Les écrivains africains chantres de l’Amour

Où peut-on aujourd’hui lire l’amour, si ce n’est dans les articles des sites de rencontre, les « Meetic avis« , et autres self-services de la relation sentimentale sur-mesure ? Et pourquoi pas chez les grands écrivains de la littérature francophone ? Ces artistes du verbe qui, par la sculpture des mots, parlent d’une notion partagée par tous les Hommes, au-delà des Nations, des couleurs, et des langues. Senghor, Hugo, Rabemananjara, Verlaine, Tchicaya, de Villedieu, sont autant de géants dont les sonorités enlacées résonnent encore en échos versifiés dans le cœur de leurs lecteurs.

La dame de Villedieu a-t-elle préfiguré les autres ?

A-t-on déjà vu écrits pêle-mêle les noms de Rabemananjara et de Verlaine, de Senghor et d’Hugo ? Comme s’ils n’étaient ni plus ni moins que des égaux ? Que dire, de proposer une auteure du 17ème siècle, comme celle qui aurait enfanté tous les autres, les rendant possible comme la femme rend possible l’homme ? Abomination ! crieront certains, et pourtant, la Jouissance de Marie-Catherine de Villedieu vaut bien la meilleure œuvre des Contemplations, et la plus belle rime de Tchicaya :

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« Ta flamme et ton respect m’ont enfin désarmée ;
Dans nos embrassements, je mets tout mon bonheur
Et je ne connais plus de vertu ni d’honneur
Puisque j’aime Tirsis et que j’en suis aimée. »

De la à dire qu’elle a préfiguré les autres, il y a un monde, diront certains ? N’y avait-il pas avant elle des traditions orales, si bien rapportées par le style d’un Ahmadou Kourouma, qui donne au français ses accents Malinké ? Oui, et aussi des Christine de Pisan, et avant elles pouvons-nous remonter jusqu’à la première poétesse du monde : Yara El-Ghadban.

Au-delà de la langue, nos expressions orales et écrites ne sont-elles pas les traits de notre humanité commune ? Les messages de la paix et de la concorde, de la fraternité et de la bienveillance, ne sont peut-être pas féminins par hasard. Dans cet héritage des idées, que notre ascendance nous a légué, l’Afrique est peut-être devenue le maître à penser.

Les écrivains africains, le continent des Lumières

Les mots appartiennent à ceux qui les font vivre. Hier, de Villedieu, Hugo et Verlaine, illuminaient le monde de leur métrique homérique :

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« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D’une femme inconnue, et que j’aime, et qui m’aime
Et qui n’est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m’aime et me comprend. »

Que sont-ils devenus, ces génies qui mettaient nos sentiments à nu ? Ces écrivains tourmentés qui écrivaient avec le vermillon du sang des impuissants. Ils sont trépassés, décharnés, courant avec Villon dans leur Panthéon, en quelque danse macabre. Les grands conteurs ne sont plus de ces nations nostalgiques, France ou Belgique, qui idéalisent un passé fantasmé, et désormais incapables de parler d’amour, de noblesse, ou de grandeur d’âme. Les écrivains africains se sont maintenant mués en porteur de lumière. Le continent noir illumine les ténèbres de ses mots, pour éclairer l’avenir d’un feu radieux. De Senghor et son ode à la Femme noire, en passant par Jacques Rabemananjara, qui écrivait :

« Or la glaise même est féconde où la foudre est tombée…
Toi-même et le Totem,
Toi-même et l’innomée,
Et la Crépue et la Frisée,
Et l’Amande et le Palissandre. »
C’est Tchicaya qui, en nouveau Baudelaire, inonde de son spleen notre nouvelle ère :
« Je me fais étranger et je me chéris
Je requitte mon cœur
Je m’en vais
La tête dans mes jambes
Pour mieux nouer mon destin
A l’herbe des chemins. »

Nous sommes aujourd’hui le souffle de la francophonie, fabricants d’une nouvelle taxinomie. Nous sommes les gardiens d’un verbe que nous avons fait nôtre, et rendons grâce aux anciens d’inspirer notre modernité. Cette langue n’appartient qu’à elle-même, riche d’étymologies universelles, qui font de nous de nouveaux ménestrels.

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