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Le « miracle rwandais » dévoyé ?

Il y a 25 ans, le chapitre le plus terrifiant de l’histoire contemporaine de l’Afrique s’écrivait au Rwanda, petit pays coincé dans la région des Grands lacs entre son grand voisin la République démocratique du Congo, l’Ouganda, le Burundi et la Tanzanie. En l’espace de cent jours, un million de personnes ont perdu la vie laissant derrière elles des millions d’orphelins, de veuves et veufs. Tout était à refaire dans ce pays meurtri. A la suite d’une longue période d’unification et de réconciliation nationales, le pays s’est investi dans une dynamique de développement spectaculaire. Il est devenu un exemple  économique à suivre pour de nombreux pays du continent africain incarné par sa capitale Kigali.

Le PIB a été multiplié par six en 20 ans avec un taux de croissance supérieur à 7% chaque année. La Banque mondiale classe le pays au 29ème rang sur 190 pour l’attractivité des affaires, ce qui en fait le deuxième pays africain du classement après l’île Maurice. Transparency international le compte parmi les pays les moins corrompus du continent. Et ce n’est pas tout. L’éducation et la santé constituent deux secteurs prioritaires qui absorbent depuis plusieurs années 30% du budget national annuel. Le taux de scolarisation est  de 98%. Le pays est proche d’atteindre l’objectif d’éducation primaire universelle. Les services de santé se sont améliorés considérablement dans les zones reculées avec des drones qui effectuent des livraisons de médicaments et de sang. L’espérance de vie des Rwandais est passé de 49 à 67 ans. Le taux de pauvreté a baissé de cinq points. Le revenu moyen par habitant a plus que quadruplé passant de 150 dollars américains en 1994 à 700 en 2018 selon les statistiques de la Banque mondiale.

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Le pays mise sur le développement des technologies pour s’assurer un avenir meilleur avec l’espoir de devenir la plaque tournante des TIC en Afrique. La cité de l’innovation en construction dans le cadre d’Africa50, la plateforme de développement de la Banque africaine de développement (BAD) promet elle aussi un bel avenir du pays. Mais comment le pays et ses habitants ont-ils fait pour relever si vite et « si bien » ces nombreux défis  et se hisser aussi haut dans le classement des pays développés africains ? La réponse se trouve tout simplement dans le rapport de l’ONG Global Witness  publié le 7 juillet 2022.

Selon cette institution spécialisée dans la lutte contre le pillage des ressources naturelles des pays en développement et la corruption politique qui l’accompagne, « 90% des quantités de coltan (principale source du tantale, d’étain et de tungstène), trois minerais connu sous l’appellation minerais 3T exportés par le Rwanda sont introduits illégalement à partir de la RDC ». Cette étude intitulée «  la laverie ITSCI » révèle que l’initiative de la chaîne d’approvisionnement de l’étain ITSCI, un mécanisme ayant pour objectif de fournir une chaîne de traçabilité fiable des minerais 3T permet la contrebande et le blanchiment de ces minerais extraits en RDC ». Un acteur clé du lancement du programme ITSCI au Rwanda estime que «  seulement 10%  des minerais exportés par le pays avaient réellement été extraits sur son territoire, les 90% restants ayant été introduits illégalement à partir de la RDC ». En clair, cela signifie que le Rwanda pille les ressources minières de son voisin la RDC, 80 fois plus grande et huit fois plus peuplée que lui, pour financer son développement.

Global Witness a ajouté qu’elle a averti «  à plusieurs reprises depuis 2013, des délégations des entreprises internationales dont Apple et Intel que les minerais 3T provenant de la contrebande représentaient 90% des minerais exportés du Rwanda en leur fournissant des preuves ». Motorola, Samsung, Kyocera et d’autres entreprises travaillant dans le secteur de l’informatique et la téléphonie mobile ont également été averties. Citant de nombreuses sources du secteur minier en RDC et au Rwanda, l’étude a d’autre part révélé que le «  gouvernement rwandais a parfaitement connaissance que les volumes de  production  sont artificiellement gonflés par la contrebande ». Aujourd’hui, il n’y a plus de doute. On sait précisément d’où le pays des mille collines puise ses ressources pour financer son développement. Seul bémol, cette manne financière est utilisée à bon escient contrairement à ce qui se passe dans les autres pays où elle aurait fini dans les poches des hommes au pouvoir. 

Ce rapport de Global Witness vient corroborer les accusations de la classe politique et de la Société civile congolaises qui ont toujours pointé du doigt le président rwandais Paul Kagamé comme principal responsable de l’insécurité qui règne au nord et à l’est du pays. Pour de nombreux Congolais, les rébellions qui sévissent dans cette région sont entretenues par le Rwanda afin de piller le plus longtemps possible les ressources minières de leur pays. D’ailleurs, les relations entre les deux pays sont tendues depuis des années notamment à cause des deux guerres qui ont ravagé la RDC entre 1997 et 2003. Paul Kagamé a rencontré son homologue Félix Tshisekedi à Luanda le mercredi 06 juillet 2022 sous les auspices du président angolais, la veille de la publication du rapport de Global Witness dont ils auraient eu déjà connaissance. Il s’agit de la première rencontre des deux hommes depuis la recrudescence des violences dans l’est de la RDC. Nul doute que le sujet a été abordé lors des discussions. Cela ne signifie pas pour autant que  les pillages des ressources minières de la RDC prendront fin. Mais c’est un bon début.

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Une réponse

  1. Avatar de Paul Ahéhénou
    Paul Ahéhénou

    C’est pour cette raison que le groupe rebelle M23 a de beaux jours devant lui, malheureusement. Les multinationales citées dans l’articles le savent très bien. Il est bien connu que les américains n’achètent pas ce qu’ils peuvent voler. Et c’est pour piller la RDC que Clinton a organisé la rébellion de Kagamé, et fait abattre l’avion du Pdt Habyarimana pour que Kagamé puisse prendre le pouvoir. Clinton a également soutenu la rébellion de Kabila père pour renverser le vieux Léopard. Une fois Kagamé au pouvoir, le même Clinton le fait tuer parce qu’il ne remplit plus son contrat et le fait remplacer par son fils (qui n’en était pas un), qui est rwandais. Le pillage avait bien été organisé sous le fils rwandais. Triste tout simplement.

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