Dette africaine : l’ONU lance un appel à la réforme

L’Afrique, continent aux ressources abondantes mais aux défis économiques persistants, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins en matière d’endettement. Les principaux créanciers des États africains forment un groupe hétérogène, comprenant des institutions multilatérales comme la Banque mondiale et le Fonds monétaire international, des pays occidentaux regroupés au sein du Club de Paris, ainsi que des puissances émergentes, avec la Chine en tête. Cette dernière a considérablement accru son influence financière sur le continent au cours des deux dernières décennies, offrant des prêts souvent assortis de conditions moins strictes que celles des institutions occidentales. Les créanciers privés, notamment les fonds d’investissement et les banques commerciales, jouent également un rôle croissant, attirés par les rendements potentiellement élevés des obligations souveraines africaines. Cette diversité des sources de financement, si elle offre plus d’options aux pays africains, complique aussi la gestion de leur dette et les efforts de restructuration en cas de difficultés.

Face à cette situation complexe, la Commission économique pour l’Afrique (CEA) des Nations Unies tire la sonnette d’alarme. Claver Gatete, son secrétaire exécutif, a récemment plaidé pour une réforme urgente du système financier mondial, mettant en lumière l’augmentation vertigineuse de la dette africaine. Selon les chiffres cités, celle-ci a bondi de 192% entre 2010 et 2023, atteignant la somme colossale de 1100 milliards de dollars. Cette montagne de dettes pèse lourdement sur les économies du continent, engloutissant chaque année 163 milliards de dollars en service de la dette. C’est comme si chaque africain portait sur ses épaules un fardeau invisible, limitant les investissements dans des secteurs cruciaux tels que l’éducation, la santé ou les infrastructures.

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Un marché de la dette en pleine effervescence

Malgré ces défis, l’année 2024 a vu une réouverture du marché international de la dette pour l’Afrique, après une période d’exclusion. Plusieurs pays, dont la Côte d’Ivoire, le Bénin et le Kenya, ont réussi à émettre des obligations, tandis que le Sénégal a obtenu un taux d’intérêt de 7,75% lors d’un placement privé. Ces développements rappellent les montagnes russes financières sur lesquelles les économies africaines sont embarquées : des moments d’euphorie alternent avec des périodes de stress intense, comme l’illustre l’émission récente du Cameroun à un taux d’intérêt de 10,75%.

Cette volatilité souligne l’urgence d’explorer des alternatives au financement traditionnel. Les institutions publiques internationales offrent des taux plus avantageux, mais leurs prêts sont souvent conditionnés à des réformes économiques parfois douloureuses. La Chine, avec ses taux d’intérêt moyens de 3,2%, se positionne comme un créancier attractif, bien que ses exigences en termes de garanties puissent alourdir le coût réel du financement.

Vers une réforme fiscale mondiale

Au-delà de la gestion de la dette, la CEA appelle à une refonte du système fiscal international. Les négociations en cours aux Nations Unies laissent entrevoir la possibilité d’un cadre plus équitable, où les pays africains auraient leur mot à dire. Les propositions visent à établir un impôt minimal global suffisamment élevé pour décourager la concurrence fiscale déloyale et à instaurer des règles de transparence plus strictes.

Cependant, ces ambitions se heurtent à la résistance de certains pays développés, notamment au sein de l’Union européenne. Cette opposition reflète les tensions entre la volonté de préserver le statu quo et la nécessité d’un changement systémique pour lutter contre les flux financiers illicites qui privent l’Afrique de ressources estimées à 50 milliards de dollars par an.

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L’appel de la CEA résonne comme un cri d’urgence pour une refonte profonde du système financier et fiscal mondial. Il ne s’agit pas seulement de réduire le fardeau de la dette, mais de créer les conditions d’un développement durable et équitable. Pour y parvenir, l’Afrique doit non seulement participer activement aux négociations internationales, mais aussi renforcer ses propres mécanismes de transparence et de gouvernance financière. C’est à ce prix que le continent pourra transformer son potentiel en prospérité réelle, libérant ainsi les énergies nécessaires pour relever les défis du 21e siècle.

2 réponses

  1. Avatar de Bennani
    Bennani

    Juste pour rappeler qu’un des exploits des 35 années de Trône de M6 à été L’EXPLOSION de la dette extérieure du Maroc qui est passée de l’équivalent de 45% du PIB en 2000 à l’équivalent de 92% du PIB au T2/2024, représentant un montant global record de cette dette de 117,3 Milliards de $ US, faisant du marocain l’une des personnes la plus endettée dans la Région MENA (Meddle East and North Africa).

    1. Avatar de Bennani
      Bennani

      ERRATUM : Lire 25 années de Trône de M6

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