Le continent africain présente une mosaïque d’économies dont les stabilités monétaires varient considérablement. Alors que certains pays parviennent à préserver des devises robustes face aux turbulences des marchés mondiaux, d’autres font face à des pressions d’instabilité chroniques. Cette disparité reflète des différences fondamentales dans la gestion macroéconomique, la diversification économique, les réserves de change et la confiance accordée par les investisseurs. À titre d’exemple, des nations comme le Ghana et la Zambie se sont démarquées récemment par des redressements spectaculaires de leurs monnaies grâce à des réformes budgétaires rigoureuses et à l’amélioration de leurs équilibres commerciaux selon les dernières données du calculateur Forbes relayées par Business Insider Africa.
La résilience du Maghreb et de l’Afrique de l’Ouest
Le dinar tunisien trône au sommet du classement continental avec un taux de change de 2,86 dinars pour un dollar américain. Cette position de leader repose sur une architecture monétaire particulière : la Banque centrale de Tunisie régule strictement les flux de capitaux en interdisant l’exportation et la reconversion libres de la monnaie locale, tout en ancrant le dinar à un panier de devises dominé par l’euro. Cette restriction de convertibilité, bien qu’elle limite l’utilisation internationale de la devise, préserve sa valeur nominale face aux pressions externes. Malgré les défis économiques traversés par le pays, cette politique de protection monétaire maintient intact le prestige du dinar tunisien.
Le dinar libyen occupe la deuxième place avec un taux de 6,31 pour un dollar. Historiquement la monnaie la plus prestigieuse du continent, le dinar libyen tire sa puissance des hydrocarbures : les réserves pétrolières colossales alimentent les caisses de l’État et constituent des réserves de change massives. Toutefois, cette dépendance aux revenus énergétiques expose la monnaie aux fluctuations des cours du pétrole sur les marchés mondiaux. L’instabilité politique en Libye depuis 2011 a aussi altéré les capacités d’exportation du pays et compressé les rentrées de change. Malgré ces handicaps, le dinar libyen conserve une valeur nominale imposante.
Le dirham marocain se positionne au troisième rang à 9,01 pour un dollar. Sa robustesse provient d’une économie bien structurée, adossée à la Banque Al-Maghrib qui déploie une politique monétaire cohérente. Le Maroc bénéficie également d’un secteur exportateur diversifié englobant les phosphates, le tourisme, l’automobile et l’aéronautique. Cet équilibre entre secteurs crée une résilience face aux chocs externes et soutient les entrées de devises étrangères. L’ancrage du dirham à un panier incluant l’euro tempère aussi l’impact des volatilités du dollar américain.
Le cedi ghanéen arrive en quatrième position à 10,84 pour un dollar, représentant un redressement spectaculaire. Après avoir connu des années de dépréciation sévère, la monnaie ghanéenne a regagné plus de 20% de sa valeur entre janvier et août 2025, alimentée par deux ressorts : d’une part, l’application de politiques budgétaires et monétaires restrictives par le gouvernement et la Banque centrale du Ghana, d’autre part, l’amélioration des revenus d’exportation tirée par le cacao et l’or, deux piliers de l’économie ghanéenne.
Les monnaies d’Afrique australe et de l’océan Indien
Le pula botswanais s’échange à 13,05 pour un dollar, reflétant une gestion économique exemplaire. Le Botswana a construit sa stabilité monétaire en exploitant rationnellement ses ressources diamantifères et en investissant dans le tourisme. Cette combinaison a permis d’accumuler des réserves de change solides et de maintenir la confiance des opérateurs de marché envers la monnaie locale.
La roupie seychelloise atteint 13,90 pour un dollar, sa force reposant largement sur le secteur touristique florissant. Les Seychelles, archipel stratégique de l’océan Indien, génère d’importants flux de devises étrangères via le tourisme de luxe, ce qui soutient les réserves de change et la valeur de la roupie. Cette dépendance au tourisme rend toutefois la monnaie vulnérable aux chocs dans ce secteur.
Le nakfa érythréen se négocie à 15,00 pour un dollar, mais sa convertibilité reste très limitée en raison d’un taux de change fixe administrativement fixé par le gouvernement, ce qui restreint l’accès à la monnaie sans refléter une économie ouverte. Le rand sud-africain, principal instrument financier de la première économie du continent, s’échange à 15,87 pour un dollar, bénéficiant d’un marché intégré et d’un tissu industriel et minier diversifié, malgré des pressions cycliques liées à l’instabilité politique et aux ajustements de la politique monétaire. Enfin, le lilangeni swazi et le loti lesothan occupent la dixième position à 15,90 pour un dollar, ces deux monnaies étant indexées sur le rand via la Zone monétaire commune, ce qui leur assure une stabilité automatique en suivant les mouvements du rand sans risque de dérive propre.
Top 10 des monnaies africaines les plus fortes en 2026 (taux de change face au dollar américain)
- Tunisie – Dinar tunisien : 2,86 USD
- Libye – Dinar libyen : 6,31 USD
- Maroc – Dirham marocain : 9,01 USD
- Ghana – Cedi ghanéen : 10,84 USD
- Botswana – Pula botswanais : 13,05 USD
- Seychelles – Roupie seychelloise : 13,90 USD
- Érythrée – Nakfa érythréen : 15,00 USD
- Afrique du Sud – Rand sud-africain : 15,87 USD
- Eswatini – Lilangeni swazi : 15,90 USD
- Lesotho – Loti lesothan : 15,90 USD



