La Banque de réserve de l’Inde a soumis au gouvernement de New Delhi une proposition visant à relier les monnaies digitales des banques centrales des pays BRICS, facilitant ainsi les transactions commerciales et touristiques entre ces économies émergentes rapporte Business Today. Cette initiative, qui pourrait figurer à l’ordre du jour du sommet BRICS 2026 prévu en Inde, représente une étape supplémentaire dans la quête d’autonomie financière du bloc face au système monétaire international dominé par les devises occidentales.
La proposition de la banque centrale indienne intervient dans un contexte où les technologies financières numériques se positionnent comme des alternatives crédibles aux systèmes de paiement traditionnels. L’institution monétaire du pays a recommandé que cette question soit inscrite comme point central lors du prochain sommet des BRICS, marquant potentiellement la première fois qu’une telle proposition serait officiellement débattue au niveau des chefs d’État et de gouvernement du bloc.
L’interconnexion envisagée permettrait aux monnaies numériques émises par les banques centrales des différents membres de communiquer entre elles, créant ainsi un réseau de paiement transfrontalier direct. Les secteurs du commerce bilatéral et du tourisme figurent parmi les bénéficiaires potentiels immédiats de ce système, qui éliminerait les conversions multiples et réduirait les coûts de transaction pour les entreprises et les voyageurs circulant entre ces nations.
Une architecture financière alternative aux circuits occidentaux
Cette démarche s’inscrit dans une dynamique plus large de recherche d’indépendance vis-à-vis des mécanismes financiers établis. Les pays membres du bloc partagent depuis sa création une volonté commune de bâtir un ordre mondial multipolaire, contestant l’hégémonie des puissances occidentales dans la gouvernance internationale. Leur objectif central consiste à rééquilibrer les rapports de force au sein des institutions financières mondiales, notamment le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, où leur poids économique et démographique réel ne se reflète pas proportionnellement dans les processus décisionnels.
Le groupe défend ardemment les principes de souveraineté nationale et de non-ingérence, s’opposant particulièrement à l’utilisation des systèmes de paiement internationaux comme instruments de pression géopolitique. Les sanctions économiques occidentales, qui dépendent largement du contrôle des flux financiers en dollars, ont renforcé la détermination des BRICS à développer leurs propres infrastructures. La création de la Nouvelle Banque de développement en 2014 constituait déjà une manifestation concrète de cette stratégie d’autonomisation financière, permettant aux pays émergents de financer leurs projets de développement sans dépendre exclusivement des institutions basées en Occident.
Cette ambition de coopération Sud-Sud transcende les questions purement monétaires et vise à établir des plateformes d’échanges économiques et politiques alternatives, réduisant progressivement la dépendance structurelle envers les devises et les systèmes de paiement traditionnellement dominants.
Des fondations déjà posées lors du sommet de Rio
La proposition indienne ne surgit pas de nulle part mais s’appuie sur les conclusions du sommet BRICS de Rio de Janeiro en 2025, où les dirigeants ont explicitement appelé à renforcer l’interopérabilité entre les systèmes de paiement nationaux des États membres. Cette déclaration collective avait posé les jalons d’une coordination accrue dans le domaine des infrastructures financières numériques, reconnaissant le potentiel transformateur des technologies de monnaies digitales.
Plusieurs pays du bloc ont déjà avancé significativement dans le développement de leurs propres monnaies numériques de banque centrale. La Chine expérimente son yuan numérique depuis plusieurs années, tandis que l’Inde a lancé sa roupie digitale en phase pilote. Ces expérimentations nationales créent désormais les conditions techniques nécessaires pour envisager une intégration régionale des systèmes.
Une stratégie pragmatique malgré les démentis officiels
Fait notable, la Banque de réserve de l’Inde a publiquement affirmé que ces efforts ne visaient pas à promouvoir une dédollarisation du commerce international. Cette déclaration prudente contraste avec l’impact potentiel évident d’un tel système sur l’utilisation du billet vert dans les échanges entre économies émergentes. Les observateurs y voient une approche diplomatique visant à éviter une confrontation rhétorique directe avec Washington, tout en poursuivant concrètement des objectifs d’autonomie monétaire.


