À Marrakech, un ressortissant britannique d’origine algérienne a été condamné jeudi 22 janvier à huit mois d’emprisonnement ferme et à une amende de 500 dirhams pour avoir volontairement détruit de la monnaie nationale – un geste lourd de sens révélateur des tensions autour des récents événements sportifs et sociaux. Cette affaire soulève des questions sur la légalité des comportements publics, l’usage des symboles monétaires et la gestion de l’ordre dans le cadre d’événements internationaux. L’accusé a été jugé au tribunal de première instance pour atteinte à la monnaie ayant cours légal, une infraction prévue par le code pénal marocain. Ce verdict montre également l’impact des images diffusées sur les réseaux sociaux sur les réponses judiciaires et sécuritaires.
La décision rendue par le tribunal de Marrakech se concentre sur des faits qui ont fait rapidement le tour des réseaux sociaux : la publication d’images montrant l’homme en train de déchirer des billets de banque marocains dans les tribunes d’un grand stade. La justice a retenu qu’il s’agissait d’une destruction volontaire de monnaie en circulation, qualifiée d’« atteinte volontaire à la monnaie ayant cours légal », une infraction pénale réprimée par le droit marocain, et a assorti cette peine d’une amende de 500 dirhams. L’accusé, identifié comme Bilal Kennouche, a été interpellé après la visualisation du contenu, transféré de Casablanca à Marrakech et présenté devant le procureur près la Cour d’appel avant son jugement : les magistrats ont souligné l’intention manifeste incombant à l’acte, indépendamment de tout élément extérieur à la procédure.
Déchirures de billets et tensions après Algérie – Nigeria au Grand Stade de Marrakech
La scène qui a conduit à ce procès ne peut être dissociée de l’ambiance très particulière qui régnait au Maroc durant la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 2025. Lors du quart de finale entre l’Algérie et le Nigeria, disputé au Grand Stade de Marrakech, plusieurs incidents ont été observés dans les tribunes et hors du terrain. Les supporters algériens – éprouvant de la frustration après la défaite de leur équipe – ont été filmés en train de déchirer des billets de banque marocains, geste qu’ils associaient à une accusation de corruption de l’arbitrage. Aux cris et aux signes de mécontentement se sont ajoutés des jets de projectiles, des tentatives d’envahir la pelouse et l’usage d’engins fumigènes, entraînant l’intervention renforcée des forces de sécurité.
Au-delà des réactions individuelles, la CAF a infligé à la fédération algérienne une amende de 100 000 $, comprenant 25 000 $ pour le comportement des joueurs, 50 000 $ pour des gestes envers les arbitres, et plusieurs milliers pour jets d’objets ou manquements à la sécurité. Des suspensions ciblées ont également été prononcées, comme 2 matchs pour Luca Zidane et 4 pour Rafik Belghali. Ces mesures visaient à rappeler que les compétitions doivent rester des terrains de jeu, et non des espaces de protestations symboliques.
Une infraction pénale sous le prisme du droit marocain
Selon la législation marocaine en vigueur, la monnaie nationale n’est pas considérée uniquement comme un simple moyen d’échange : elle incarne également un symbole matériel de la souveraineté de l’État. En conséquence, toute atteinte volontaire à son intégrité, comme la destruction intentionnelle de billets légaux, est assimilée à une infraction pénale. Dans l’affaire ayant abouti à la condamnation de Kennouche, les juges ont estimé que le geste – filmé et diffusé sur les plateformes numériques – était suffisamment intentionnel et clairement identifiable pour justifier une réponse judiciaire ferme.
Cette approche judiciaire s’insère dans une situation plus large de maintien de l’ordre public lors d’événements sportifs et culturels d’envergure internationale, où la visibilité des comportements sur les réseaux sociaux peut amplifier leur impact. Les autorités marocaines ont montré que la viralisation de gestes provocateurs peut mener à des poursuites pénales si ces comportements contreviennent à des normes légales strictes.
Répercussions sociales et médiatiques de l’incident
L’affaire a suscité un vaste débat médiatique et sur les plateformes en ligne, où internautes et commentateurs ont exprimé des opinions divergentes. Certains ont souligné que l’acte de déchirure de billets – même s’il était fortement symbolique – devait être perçu dans le cadre de l’expression de la frustration sportive plus que comme une attaque directe contre l’État. D’autres ont souligné que la législation marocaine ne fait pas de distinction entre geste symbolique et atteinte réelle, faisant valoir que la monnaie nationale est protégée par des dispositions strictes qui rendent toute destruction illégale.
Sur les réseaux sociaux, des commentaires ont décrit les billets de banque comme un symbole économique et culturel, dont l’usage ou le traitement revêt un sens particulier dans chaque pays. Certains observateurs ont comparé cet incident à d’autres moments historiques où la destruction de monnaie avait été utilisée comme forme de protestation, tout en notant que les réponses juridiques varient considérablement d’un État à l’autre. La justice marocaine a, dans ce cas précis, tranché en faveur d’une application ferme de la loi, rappelant que des gestes apparemment anecdotiques peuvent avoir des conséquences juridiques significatives.


