Davos : Trump rappelle aux Européens qu'ils « parleraient allemand et un peu japonais» sans les États-Unis

Le président américain Donald Trump a prononcé un discours offensif devant le Forum économique mondial de Davos ce mercredi 21 janvier 2026. Pendant plus d’une heure, le dirigeant a multiplié les critiques envers les alliés traditionnels de Washington, invoquant le rôle historique des États-Unis durant la Seconde Guerre mondiale pour justifier ses exigences actuelles. Cette prise de parole intervient dans un climat de tensions croissantes entre Washington et les capitales européennes, notamment autour du dossier groenlandais. Les réactions des dirigeants du Vieux Continent ne se sont pas fait attendre, marquant une fermeté nouvelle face aux ambitions américaines.

La station suisse de Davos, habituée aux échanges feutrés entre décideurs économiques et politiques, a été le théâtre d’une intervention particulièrement musclée du locataire de la Maison-Blanche. Devant un parterre de chefs d’État et de dirigeants d’entreprises, Donald Trump a choisi de rappeler ce qu’il considère comme une dette historique des Européens envers son pays. Le président américain a ainsi déclaré que sans l’intervention américaine lors du second conflit mondial, les habitants du continent européen « parleraient tous allemand et un peu japonais ». Cette sortie, destinée à souligner l’ingratitude supposée des alliés, a donné le ton d’un discours où les griefs se sont accumulés à l’encontre de l’Europe et de l’OTAN. Le dirigeant américain a également affirmé que l’Alliance atlantique n’existerait plus sans son action personnelle, déplorant que son pays donne énormément tout en recevant très peu en retour de la part de ses partenaires.

Groenland : les visées territoriales américaines crispent l’Union européenne

Les ambitions de Washington sur le Groenland constituent depuis plusieurs mois un sujet de friction majeur avec les Européens. Ce territoire autonome rattaché au Danemark suscite la convoitise affichée de l’administration Trump, qui invoque des arguments sécuritaires pour justifier sa volonté d’acquisition. Le président américain considère que seule la puissance américaine serait en mesure d’assurer la protection et le développement de cette île stratégique, la plus vaste au monde. Dans son allocution à Davos, il est allé jusqu’à qualifier de stupide la décision de restituer le Groenland au Danemark après la Seconde Guerre mondiale, période durant laquelle les forces américaines avaient effectivement assuré la défense du territoire face à l’occupation nazie du Danemark. Cette lecture historique, contestée par plusieurs observateurs qui rappellent que Washington avait reconnu la souveraineté danoise dès 1917 par voie de traité, alimente les inquiétudes européennes quant au respect du droit international par l’actuelle administration. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a tenu à rappeler fermement que la souveraineté et l’intégrité territoriale du Groenland ne sauraient faire l’objet de négociations, tout en reconnaissant des objectifs partagés avec les États-Unis concernant la sécurité de la région arctique.

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Réactions européennes : Macron et les dirigeants du continent haussent le ton

Face à cette offensive diplomatique américaine, les responsables européens ont choisi de ne pas rester silencieux. Le président français Emmanuel Macron, intervenant également à Davos, a multiplié les allusions à peine voilées à l’adresse de son homologue américain sans jamais le nommer directement. Le chef de l’État français a appelé les nations européennes à refuser ce qu’il qualifie de loi du plus fort, exhortant ses partenaires à ne pas se diviser face à ceux qui voudraient imposer un ordre mondial dicté par la puissance brute. Cette posture de fermeté trouve un écho auprès d’autres voix influentes du continent. La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a pour sa part souligné le caractère inhabituel du comportement américain, estimant que Washington agit de manière « très bizarre pour des alliés ». Cette remarque traduit le malaise grandissant au sein des institutions européennes face à une administration américaine qui semble remettre en question les fondements mêmes de la relation transatlantique construite depuis l’après-guerre.

Suisse et OTAN également dans le viseur de la Maison-Blanche

La Confédération helvétique n’a pas échappé aux critiques présidentielles lors de cette intervention remarquée. Donald Trump s’en est pris directement à la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter, qui avait tenté de négocier une réduction des droits de douane imposés aux exportations suisses. Le président américain l’a qualifiée d’agressive, affirmant avoir été mal traité lors de leurs échanges téléphoniques. Cette attaque personnelle a suscité une réponse ferme du conseiller fédéral Ignazio Cassis, qui a dénoncé devant les médias présents à Davos un manque de respect inacceptable envers la Suisse et sa présidente de l’année précédente. Le chef de la diplomatie helvétique a reconnu que ce type de comportement mettait les nerfs à rude épreuve, tout en appelant à garder la tête froide. Concernant l’Alliance atlantique, le dirigeant américain a une nouvelle fois reproché aux membres européens de ne pas contribuer suffisamment financièrement, estimant que les États-Unis supportaient une charge disproportionnée. Il a également suggéré que la gestion du conflit ukrainien devrait incomber principalement aux Européens plutôt qu’à Washington, arguant de la distance géographique séparant son pays du théâtre des opérations.

Cette intervention fleuve restera probablement comme l’une des plus offensives jamais prononcées par un président américain devant le Forum économique mondial. Si quelques heures après son discours, Donald Trump a annoncé de manière inattendue le cadre d’un possible accord concernant le Groenland et suspendu ses menaces tarifaires et militaires, les tensions révélées à Davos montrent la profondeur des divergences actuelles entre les deux rives de l’Atlantique. Les prochains mois diront si cette démonstration de force constitue une tactique de négociation ou le prélude à une reconfiguration durable des relations transatlantiques.

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