France : la mort d'El Hacen Diarra en garde à vue relance le débat sur les violences policières

Dans la nuit du 14 au 15 janvier 2026, El Hacen Diarra, un ressortissant mauritanien âgé de 35 ans, a perdu la vie dans les locaux du commissariat du 20e arrondissement de Paris. Interpellé pour avoir roulé un joint de cannabis devant son foyer d’hébergement, cet homme est décédé après avoir subi un arrêt cardiaque selon les autorités. Sa famille, représentée par Maître Yassine Bouzrou, a déposé plainte pour violences volontaires ayant entraîné la mort et réclame la désignation d’un juge d’instruction. Cette affaire ravive les tensions autour des pratiques des forces de l’ordre lors des interpellations en France.

Plainte de la famille Diarra et accusations contre la police parisienne

Les circonstances entourant le décès d’El Hacen Diarra soulèvent de nombreuses interrogations. Selon les éléments communiqués par le parquet de Paris, la victime aurait été repérée par des agents des Brigades territoriales de contact alors qu’elle préparait une cigarette de cannabis à proximité du foyer Les Mûriers où elle résidait. Lors de la tentative de palpation de sécurité, l’homme aurait opposé une résistance physique, entraînant deux fonctionnaires dans sa chute. Face à cette situation, l’un des policiers aurait fait usage de son pistolet à impulsion électrique au niveau du mollet pour maîtriser l’individu. Transporté ensuite dans les locaux du commissariat, El Hacen Diarra présentait une blessure à l’arcade sourcilière nécessitant une prise en charge médicale. Son transfert vers un établissement hospitalier avait été requis par l’officier de police judiciaire en charge du dossier.

La version présentée par la défense de la famille diffère sensiblement du récit officiel. Maître Yassine Bouzrou affirme détenir des éléments accablants démontrant la violence excessive dont aurait été victime son client. Des témoins auraient observé une importante quantité de sang sur les lieux mêmes de l’interpellation, suggérant des blessures bien plus graves que celles initialement décrites. Une séquence vidéo d’environ quatre-vingt-dix secondes, filmée par un riverain et largement diffusée sur les plateformes numériques, montre plusieurs agents maintenant fermement El Hacen Diarra au sol tandis que des renforts arrivent sur place. L’avocat dénonce avec vigueur ce qu’il qualifie de dysfonctionnement institutionnel, pointant notamment l’absence d’audition des deux policiers impliqués dans l’interpellation et le fait qu’aucune mesure ne leur interdise de communiquer entre eux durant l’enquête préliminaire.

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Adama Traoré et les morts en garde à vue qui ont marqué la France

Cette tragédie s’inscrit dans une série d’événements similaires ayant profondément marqué la société française ces dernières années. Le décès d‘Adama Traoré en juillet 2016, survenu dans des conditions controversées après son interpellation par les gendarmes de Persan dans le Val-d’Oise, avait déclenché une mobilisation sans précédent et donné naissance à un mouvement réclamant vérité et justice. Malgré de multiples expertises médicales aux conclusions parfois contradictoires, cette affaire demeure emblématique des tensions persistantes entre les forces de l’ordre et certaines populations. Plus récemment, la mort de Nahel Merzouk en juin 2023 lors d’un contrôle routier à Nanterre avait provoqué des émeutes d’une ampleur considérable à travers tout le territoire national. Le policier mis en cause dans cette affaire conteste actuellement son renvoi devant la cour d’assises, une décision étant attendue pour le début du mois de mars 2026. Ces drames successifs alimentent un débat récurrent sur l’usage proportionné de la force par les représentants de l’État et la nécessité d’instaurer des mécanismes de contrôle véritablement indépendants.

L’Inspection générale de la police nationale a été saisie dès les premières heures suivant le décès d’El Hacen Diarra. Cette instance, communément désignée sous l’appellation de police des polices, conduit actuellement une enquête en recherche des causes de la mort. Toutefois, la famille estime cette procédure insuffisante au regard de la gravité des faits allégués. L’ouverture d’une information judiciaire confiée à un magistrat instructeur permettrait, selon ses représentants, de mener des investigations approfondies incluant des expertises contradictoires et d’éventuelles mises en examen. Le corps de la victime a été transféré à l’institut médico-légal parisien où une autopsie devra déterminer avec précision les causes exactes du décès, qu’il s’agisse d’un malaise cardiaque spontané, de conséquences liées à l’utilisation du dispositif électrique ou de traumatismes résultant des chutes successives.

Mobilisation à Paris après le décès d’El Hacen Diarra au commissariat

La dimension politique de cette affaire s’est rapidement manifestée à travers les réactions de plusieurs personnalités publiques. Le député Thomas Portes a notamment relayé la vidéo de l’interpellation sur les réseaux sociaux, appelant à exiger justice et vérité. L’eurodéputée Rima Hassan a également pris position en invitant les citoyens à participer au rassemblement organisé en hommage à la victime. Ce dimanche 18 janvier, plusieurs centaines de personnes se sont réunies devant le foyer Les Mûriers situé rue Fernand Léger dans le 20e arrondissement, lieu de résidence d’El Hacen Diarra, pour lui rendre hommage et manifester leur indignation. Des associations de défense des droits des migrants et des collectifs luttant contre les violences policières ont coordonné cette mobilisation, témoignant de l’émotion suscitée par ce nouveau drame au sein des communautés concernées.

Les jours à venir s’annoncent déterminants pour l’orientation de cette affaire judiciaire. Les résultats de l’autopsie, l’exploitation des éventuelles images de vidéosurveillance du commissariat et le recueil exhaustif des témoignages constitueront des éléments essentiels pour établir la chronologie exacte des événements. La décision du parquet de Paris concernant une éventuelle saisine d’un juge d’instruction sera scrutée avec attention par les observateurs et la famille de la victime, qui réclame une transparence totale sur les conditions de l’arrestation et de la garde à vue de leur proche.

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