France : un ex-CRS condamné à sept ans de prison ferme pour la mort d'Aboubacar Fofana à Nantes

La cour criminelle de Loire-Atlantique a rendu son verdict ce vendredi 16 janvier 2026 dans l’affaire du décès d’Aboubacar Fofana, un jeune homme de 22 ans tué par balle lors d’un contrôle routier en juillet 2018. L’ancien policier Rabah H., aujourd’hui âgé de 60 ans et retraité, a été reconnu coupable de violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner. La peine prononcée, assortie d’un mandat de dépôt immédiat, dépasse largement les réquisitions du parquet qui n’avait demandé que quatre ans dont deux avec sursis. Cette décision intervient après près de huit années d’une procédure judiciaire marquée par de nombreuses zones d’ombre et des déclarations contradictoires de l’accusé.

La justice française vient de trancher dans un dossier emblématique des tensions entre forces de l’ordre et population dans les quartiers populaires. Au terme de cinq jours d’audience particulièrement intenses au palais de justice de Nantes, les cinq magistrats professionnels composant la cour criminelle ont décidé d’aller bien au-delà de ce que réclamait l’accusation. L’avocat général Yvon Ollivier avait pourtant écarté la thèse de l’accident défendue par le prévenu, mais s’était contenté de requérir une peine de quatre années d’emprisonnement, dont la moitié assortie du sursis. Les juges en ont décidé autrement, prononçant une sanction de sept ans ferme accompagnée d’une incarcération immédiate et d’une interdiction définitive d’exercer dans les forces de l’ordre.

Verdict sévère de la cour criminelle de Loire-Atlantique dans l’affaire Fofana

Cette condamnation a provoqué des réactions diamétralement opposées dans les couloirs du tribunal nantais. Du côté de la défense, Me Laurent-Franck Liénard n’a pas caché sa stupéfaction face à ce qu’il considère comme une décision disproportionnée. L’avocat a immédiatement annoncé son intention de contester ce jugement devant une juridiction supérieure, estimant inacceptable qu’un fonctionnaire ayant servi pendant 27 ans sans le moindre incident disciplinaire se retrouve derrière les barreaux à l’aube de sa septième décennie. Les proches de la victime ont en revanche exprimé un profond soulagement après ces longues années d’attente. Soriba, le frère du défunt, a confié pouvoir enfin envisager l’avenir différemment. Me Anne Bouillon, conseil de la famille, a salué une décision correspondant selon elle à la gravité des actes commis, soulignant que le sentiment d’avoir été entendu par l’institution judiciaire constituait une étape essentielle dans le processus de deuil.

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Contrôle routier mortel au Breil : retour sur le drame de juillet 2018

Les événements tragiques se sont déroulés dans la soirée du 3 juillet 2018, au cœur du quartier du Breil, une zone considérée comme sensible par les autorités où des unités de CRS étaient régulièrement déployées. Une patrouille de six fonctionnaires appartenant à la compagnie républicaine de sécurité numéro 17, basée à Bergerac en Dordogne, procède alors à l’interpellation d’un automobiliste pour un simple défaut de port de ceinture. Le conducteur, Aboubacar Fofana, jeune homme originaire de la région parisienne venu rendre visite à des membres de sa famille dans la métropole ligérienne, se trouve dans une situation délicate puisqu’il fait l’objet d’un mandat d’arrêt. Tentant d’échapper aux forces de l’ordre, il communique une fausse identité aux agents. Lorsque ceux-ci décident de l’emmener au commissariat pour vérification, la situation dégénère brutalement. Le jeune homme enclenche la marche arrière de son véhicule et percute violemment une voiture stationnée à proximité. C’est à cet instant précis que le brigadier-chef Rabah H. ouvre le feu. La balle atteint la victime au niveau de la jugulaire, lui laissant peu de chances de survie malgré son transfert rapide vers l’établissement hospitalier où il succombera environ une heure plus tard.

Les jours suivants, plusieurs quartiers de l’agglomération nantaise s’embrasent. Le Breil et Bellevue, mais également les communes voisines d’Orvault et de Rezé, connaissent des nuits de violences urbaines révélatrices des fractures profondes entre une partie de la jeunesse et les représentants de l’État. Ces tensions rappellent celles qui surviendront cinq ans plus tard à Nanterre après le décès de Nahel Merzouk dans des circonstances présentant certaines similitudes.

Enquête et procès : les contradictions du policier au cœur des débats

L’instruction de cette affaire aura été particulièrement longue et parsemée d’obstacles. La présidente de la cour criminelle n’a pas manqué de souligner les lacunes du dossier, déplorant notamment l’absence de documents essentiels tels que l’enquête administrative ou le dossier individuel de l’accusé. Plus troublant encore, aucun des cinq collègues présents aux côtés de Rabah H. ce soir-là n’a été en mesure de témoigner avoir vu le moment du tir, une coïncidence qui a suscité l’étonnement général dans la salle d’audience. L’enquêteur de l’Inspection générale de la police nationale a lui-même reconnu partager cette perplexité face à ces trous de mémoire collectifs. Un tournant s’est toutefois produit lors des audiences de la semaine passée quand l’un des fonctionnaires présents lors des faits a pour la première fois employé le terme de bavure pour qualifier l’action de son ancien camarade, rompant ainsi avec la solidarité de corps observée jusqu’alors.

Les versions successives avancées par l’accusé tout au long de ces huit années ont constitué l’un des points centraux des débats. Invoquant initialement la légitime défense, le policier a ensuite soutenu la thèse d’un tir accidentel survenu alors qu’il se trouvait penché à l’intérieur du véhicule. Cette reconstitution des faits s’est heurtée aux conclusions convergentes de l’expert en balistique et du médecin légiste, unanimes pour affirmer que le tireur se tenait nécessairement à l’extérieur de l’habitacle. Confronté à ces contradictions lors de son interrogatoire mercredi dernier, Rabah H. a finalement modifié une nouvelle fois son récit, admettant avoir fait feu depuis l’extérieur après un bref affrontement physique. Cette ultime révision de sa version des événements, intervenue près de huit ans après le drame, n’aura manifestement pas convaincu les magistrats de sa bonne foi. L’accusé a néanmoins prononcé quelques mots d’excuse à l’adresse des proches de sa victime, reconnaissant sa culpabilité dans une brève intervention à la barre avant que la cour ne se retire pour délibérer.

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