France : un spectacle interdit de Dieudonné interrompu par la gendarmerie dans les Alpes-Maritimes

Les forces de l’ordre ont évacué environ 200 spectateurs réunis samedi 17 janvier 2026 à Caussols, près de Grasse, pour assister à une représentation de l’humoriste controversé. Le préfet Laurent Hottiaux avait signé un arrêté d’interdiction dès la veille, invoquant les multiples condamnations de Dieudonné M’Bala M’Bala pour des propos jugés antisémites. Cette intervention montre la tension persistante entre liberté d’expression et maintien de l’ordre public en France.

Intervention des gendarmes à Caussols : évacuation et verbalisations

La petite commune de Caussols, perchée dans l’arrière-pays grassois des Alpes-Maritimes, a été le théâtre d’une opération policière inhabituelle ce samedi soir. Malgré la notification officielle d’interdiction transmise aux organisateurs, plusieurs dizaines de personnes ont choisi de braver l’arrêté préfectoral pour tenter d’assister à la performance de l’artiste. Les unités de gendarmerie, déjà positionnées sur place en prévision d’éventuels débordements, ont alors procédé méthodiquement à l’évacuation complète du site. Chaque spectateur présent a fait l’objet d’une verbalisation pour non-respect de la décision administrative. L’opération s’est déroulée sans incident majeur, les forces de l’ordre ayant privilégié une approche pacifique pour disperser l’assemblée.

La décision du préfet Laurent Hottiaux repose sur plusieurs éléments juridiques précis. Les autorités départementales ont mis en avant le casier judiciaire chargé de l’humoriste, marqué par de nombreuses condamnations pour injures raciales et incitation à la haine. La préfecture a également souligné les risques de troubles à l’ordre public que pourrait engendrer la tenue d’un tel événement, compte tenu de la nature polémique des spectacles proposés par l’artiste. Cette justification s’inscrit dans le cadre légal français qui autorise les représentants de l’État à interdire des rassemblements susceptibles de menacer la tranquillité publique. Le caractère préventif de cette mesure vise à éviter toute diffusion de propos pouvant constituer des infractions pénales durant la représentation.

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Dieudonné M’Bala M’Bala : parcours judiciaire et interdictions récurrentes

Le parcours de Dieudonné M’Bala M’Bala avec la justice française s’étend sur plus de deux décennies. Initialement reconnu comme humoriste et acteur aux côtés d’Élie Semoun dans les années 1990, il a progressivement orienté ses spectacles vers des thématiques politiques controversées à partir du milieu des années 2000. Ses sketches ont commencé à susciter des plaintes de la part d’associations antiracistes, dénonçant des propos jugés antisémites et négationnistes. Les tribunaux français l’ont condamné à plusieurs reprises pour injures à caractère racial, contestation de crimes contre l’humanité et incitation à la haine. En 2014, le Conseil d’État avait validé l’interdiction de son spectacle Le Mur dans plusieurs villes françaises, créant un précédent juridique majeur. Expulsé en 2017 de son Théâtre de la Main d’Or situé dans le onzième arrondissement parisien, l’artiste a dû réinventer son mode de diffusion. Il se produit désormais dans des lieux privés ou via un bus itinérant, organisant ses représentations dans des endroits tenus secrets jusqu’au dernier moment pour échapper aux interdictions préfectorales.

Cette stratégie d’évitement a conduit à une multiplication des interventions policières ces derniers mois. En juillet 2025, les gendarmes avaient déjà fait irruption lors d’une représentation à Lestrem, dans le Pas-de-Calais, après que l’humoriste eut déplacé son spectacle initialement prévu à Dunkerque pour contourner une première interdiction. En octobre de la même année, deux autres interventions similaires se sont produites à Hérin dans le Nord puis à Vieillevigne en Loire-Atlantique, où entre 150 et 200 personnes avaient été évacuées d’un hangar.

Chaque fois, le scénario se répète : annonce tardive du lieu de représentation, arrêté préfectoral d’urgence et déploiement des forces de l’ordre pour faire respecter la décision administrative.

Débat sur la liberté d’expression et l’ordre public en France

L’affaire de Caussols relance inévitablement le débat sur l’équilibre entre liberté artistique et protection contre les discours de haine. Les partisans de l’humoriste dénoncent ce qu’ils considèrent comme une forme de censure politique, arguant que l’interdiction préventive de spectacles porte atteinte aux libertés fondamentales. De l’autre côté, les associations de lutte contre le racisme et l’antisémitisme estiment que les antécédents judiciaires de l’artiste justifient pleinement ces mesures de précaution. Les juristes spécialisés en droit de la communication rappellent que la liberté d’expression, bien que constitutionnellement garantie, trouve ses limites dans le respect de la dignité humaine et l’interdiction de l’incitation à la haine. Le tribunal administratif de Paris avait toutefois autorisé en janvier 2025 la tenue du spectacle Vendredi 13, initialement interdit par la préfecture de police, démontrant que chaque décision fait l’objet d’une analyse au cas par cas. Cette situation juridique complexe laisse présager de nouvelles confrontations entre l’humoriste et les autorités, alors que sa tournée itinérante continue de sillonner le territoire français malgré les obstacles administratifs qui se dressent sur son chemin.

1 réflexion au sujet de « France : un spectacle interdit de Dieudonné interrompu par la gendarmerie dans les Alpes-Maritimes »

  1. « Les autorités départementales ont mis en avant le casier judiciaire chargé de l’humoriste »

    On ne peut pas condamné quelqu’un parce qu’il a déjà un casier judiciaire.
    1. une fois les peines purgées, l’action de la justice est éteinte
    2. Dieudo a le droit (et l’obligation) d’exercer son travail. Il le fait sous bracelet électronique DONC avec l’accord explicite du juge d’application des peines.

    Soit les autorités françaises ne connaissent pas la loi, soit ils s’assoient dessus.
    Dans les deux cas, ce sont eux qui sont en tort

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