Industrie minière : la Côte d’Ivoire au défi du changement d’échelle

Depuis 2014, la Côte d’Ivoire a fortement accru sa production minière, dominée par l’or. Quinze années de stabilité politique ont permis l’exploration d’un sous-sol riche, favorisant les découvertes régulières de nouveaux gisements. En décembre 2025, le gouvernement a présenté un plan stratégique pour le secteur extractif, misant sur le développement d’une industrie locale de transformation des matières premières minérales. Signe que la filière est destinée à devenir centrale dans l’économie ivoirienne.

Doropo, symbole de la stratégie gouvernementale

Le gisement aurifère s’étend à quelques kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso, près du village de Doropo, dans le nord-est de la Côte d’Ivoire. Il s’inscrit dans la « ceinture de roches vertes d’Afrique de l’Ouest », une structure géologique qui traverse tout le sous-continent, particulièrement riche en minerais – or, fer, manganèse, bauxite.

Les travaux d’extraction commenceront en 2026, pour une mise en exploitation attendue en 2028. Dotée de réserves estimées à une centaine de tonnes, la mine devrait produire cinq tonnes d’or brut par an. Elle reflète une politique gouvernementale, engagée au début des années 2010, de développement et de structuration du secteur minier. La découverte du gisement de Doropo, en juin 2025, est en effet le fruit de la refonte du code minier de 2014, conçu pour stimuler la prospection et l’exploitation.

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La stabilité politique actuelle permet à la Côte d’Ivoire de valoriser enfin son potentiel : près des deux tiers du territoire reposent sur des formations riches en minerais, et le pays concentre 35 % de la ceinture de roches vertes d’Afrique de l’Ouest. Depuis 2014, une synergie de financements publics et privés a permis d’injecter 10 000 milliards de FCFA (environ 15,2 milliards d’euros) dans les secteurs minier et pétrolier en Côte d’Ivoire.

Explosion de la production minière ivoirienne

Cette stratégie s’est traduite par une forte hausse des volumes extraits. Entre 2011 et 2024, la production d’or brut, principal minerai exploité dans le pays, a été multipliée par cinq, passant de 12,4 à 59,1 tonnes.

Les volumes de manganèse ont dépassé le million de tonnes en 2024, contre 41 000 tonnes en 2011. Quasi inexistantes au début des années 2010, les productions de nickel et de bauxite ont atteint en 2024 respectivement 1,48 million de tonnes et plus de 600 000 tonnes. Sur la période, la part du secteur minier dans le PIB national est passée de moins de 1 % à plus de 4 %.

Réserves et perspectives

Pourtant, le pays n’exploite que 12 % de son sous-sol, contre près de 20 % pour ses voisins ghanéens et burkinabè. Les réserves estimées sont considérables : au moins 600 tonnes d’or, 260 millions de tonnes de nickel, plus d’un milliard de tonnes de bauxite, et près de quatre milliards de tonnes de fer, encore très largement inexploité. Cela placerait la Côte d’Ivoire dans le top 10 mondial pour les réserves de fer et de bauxite, lui conférant une puissance géologique stratégique bien supérieure à la simple échelle régionale.

À court et moyen termes, le rythme d’ouverture des mines ne devrait donc pas faiblir. Découverts en 2022 et 2023, les gisements aurifères de Tanda et de Kani devraient produire chacun, dès 2027-2028, jusqu’à 11 tonnes d’or par an. En 2024, la Côte d’Ivoire a attiré 122 millions de dollars d’investissements pour l’exploration minière. Et début 2025, le gouvernement a accordé de nouveaux permis afin d’intensifier encore la prospection.

Assurer la sécurité, légaliser l’orpaillage clandestin

Ces perspectives posent toutefois d’importants défis à l’exécutif, en particulier la lutte contre l’orpaillage clandestin, aux conséquences économiques et écologiques délétères. Depuis plusieurs années, la stratégie du gouvernement ne consiste pas à éradiquer la production minière artisanale, mais à transformer cette activité pour la rendre légale et respectueuse de l’environnement. Pour cela, l’exécutif s’appuie sur d’importants efforts de formation des artisans, à travers des chantiers-écoles.

Les autorités restent aussi vigilantes face aux risques sécuritaires que posent les gisements dans le nord du pays, près des frontières maliennes et burkinabè, menacées par des attaques djihadistes. Tandis que l’armée assure la protection des sites et des villages, le gouvernement entend faire de chaque chantier un moteur d’emplois et d’insertion pour les populations locales. En proposant des perspectives d’avenir réalistes, l’exploitation minière peut ainsi inciter les jeunes à s’éloigner des activités illégales.

Une feuille de route ambitieuse pour le secteur extractif

Plus largement, le gouvernement veut faire du secteur extractif et énergétique un fer de lance de la transformation économique du pays, en rompant avec la simple exportation de matières premières brutes. Le gouvernement a ainsi adopté, en décembre 2025, une « Politique intégrée des ressources minérales et de l’énergie » (PIRME), un cadre stratégique de long terme, à horizon 2040. Cette feuille de route prévoit la création d’une industrie locale de transformation des minerais, pour structurer l’ensemble de la chaîne de valeur minière sur le territoire. L’exécutif entend favoriser l’implication des entreprises et des travailleurs locaux dans ces activités à forte valeur ajoutée.

L’objectif est de faire de la Côte d’Ivoire un « hub industriel régional dans l’extraction et la transformation », qui intègre des exigences de durabilité et de gouvernance. Face à la puissance des multinationales minières, le défi est conséquent, mais il apparaît essentiel pour hisser la Côte d’Ivoire au rang de pays à revenu intermédiaire supérieur d’ici 2030-2035, comme l’ambitionne le gouvernement.

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