Depuis le 8 janvier 2026, les autorités iraniennes ont déployé des équipements de brouillage militaire qui perturbent jusqu’à 80% du trafic satellite de SpaceX sur leur territoire. Cette prouesse technique, qualifiée d’inédite par les spécialistes de la cybersécurité, soulève une question centrale : l’Iran a-t-il bénéficié d’un transfert de technologie de la part de Moscou ou de Pékin ? La réponse pourrait redéfinir les équilibres dans la guerre de l’information à l’échelle mondiale.
Le réseau internet par satellite d’Elon Musk vient de subir sa première défaite significative face à un État déterminé à isoler sa population du reste du monde. Alors que des manifestations secouent plus d’une centaine de villes iraniennes depuis fin décembre 2025, le gouvernement de Téhéran a non seulement coupé l’accès à internet conventionnel mais également neutralisé la solution de contournement privilégiée par les dissidents. Les terminaux Starlink, pourtant présents par dizaines de milliers sur le territoire malgré leur interdiction officielle, ne parviennent plus à établir de connexion stable dans la majorité des régions du pays. Amir Rashidi, directeur de la sécurité internet au Miaan Group et observateur des libertés numériques en Iran depuis deux décennies, affirme n’avoir jamais observé une telle sophistication dans les techniques de censure employées par la République islamique.
Brouillage GPS et perturbation satellite : les méthodes utilisées par l’Iran contre Starlink
La méthode employée par les forces iraniennes repose sur une double stratégie particulièrement efficace. Les terminaux de SpaceX nécessitent un signal GPS pour se géolocaliser et établir une connexion avec la constellation de satellites en orbite basse. En saturant les fréquences utilisées par le système de positionnement américain, les brouilleurs empêchent les antennes au sol de fonctionner correctement. Simultanément, des interférences ciblent directement les bandes de fréquences exploitées par Starlink pour ses liaisons montantes et descendantes. Cette approche combinée a fait passer le taux de perturbation de 30% dans les premières heures à plus de 80% en fin de soirée le 8 janvier, paralysant progressivement l’ensemble du réseau sur le territoire national.
Lorsque SpaceX a déployé sa constellation commerciale à partir de 2019, la promesse était celle d’un internet véritablement universel et impossible à censurer. Les satellites en orbite basse devaient permettre à quiconque disposant d’une antenne de se connecter au réseau mondial, indépendamment des infrastructures terrestres contrôlées par les gouvernements. Cette vision s’est concrétisée de manière spectaculaire en Ukraine dès février 2022, où Starlink a maintenu les communications militaires et civiles malgré les tentatives russes de perturbation. Le système a également joué un rôle crucial lors des manifestations iraniennes de 2022 consécutives à la mort de Mahsa Amini, permettant aux protestataires de diffuser images et témoignages vers l’extérieur. Cette réputation d’invulnérabilité vient toutefois de voler en éclats face aux capacités nouvellement déployées par Téhéran.
Transfert de technologie russe ou chinoise : les pistes explorées par les experts
La sophistication des équipements utilisés oriente les soupçons vers une assistance extérieure. La Russie dispose notamment du système Kalinka, surnommé le tueur de Starlink par les analystes occidentaux, capable de détecter et perturber les communications entre les satellites de SpaceX et les terminaux au sol. Moscou exploite également le dispositif Tobol, initialement conçu pour protéger ses propres satellites mais reconverti pour des opérations offensives contre les réseaux adverses. Ces deux systèmes ont été testés sur le théâtre ukrainien depuis 2024, où ils ont causé des interruptions documentées du service Starlink dans les zones de combat. La Chine développe de son côté des capacités antisatellites incluant des lasers embarqués sur sous-marins et des essaims de drones brouilleurs, bien que ces technologies semblent encore au stade expérimental.
Les liens militaro-technologiques entre Téhéran et ses partenaires orientaux se sont considérablement renforcés ces dernières années. En échange de drones Shahed massivement déployés en Ukraine, l’Iran aurait obtenu de la Russie des systèmes radar avancés et des aéronefs de combat. La Chine fournit quant à elle des missiles sol-air et a accordé à Téhéran l’accès à son système de navigation BeiDou, concurrent direct du GPS américain. Dans ce contexte de coopération militaire approfondie, un transfert de technologie de brouillage satellite apparaît plausible aux yeux de nombreux observateurs, même si aucune confirmation officielle ne permet d’établir avec certitude l’origine des équipements déployés contre Starlink. Cette capacité nouvelle de l’Iran à neutraliser les communications satellitaires commerciales pourrait néanmoins marquer un tournant dans les rapports de force numériques entre régimes autoritaires et populations connectées.


