Le président américain Donald Trump a révélé dimanche soir que les autorités iraniennes l’avaient contacté pour engager des pourparlers, alors que la répression des manifestations antigouvernementales aurait fait plus de 500 morts selon les organisations de défense des droits humains. Washington examine simultanément plusieurs options militaires face à l’escalade de la violence. L’administration américaine se trouve confrontée au dilemme d’une intervention potentielle dans un contexte de mobilisation populaire sans précédent depuis la Révolution islamique de 1979.
S’exprimant à bord de l’avion présidentiel Air Force One lors de son retour de Floride vers Washington, Donald Trump a annoncé que les dirigeants iraniens avaient pris l’initiative de le contacter samedi. Selon ses déclarations, une rencontre serait actuellement en préparation entre les deux parties. Le locataire de la Maison Blanche a néanmoins précisé qu’une action américaine pourrait intervenir avant toute réunion diplomatique, compte tenu de la situation sur le terrain. Aucune confirmation officielle n’a été apportée par Téhéran concernant cette prétendue demande de dialogue.
La Maison Blanche évalue actuellement un éventail de réponses possibles face à la crise iranienne. Les hauts responsables de la sécurité nationale américaine ont présenté au président plusieurs scénarios d’intervention, allant de frappes ciblées contre les forces de sécurité iraniennes à des mesures non militaires. Une réunion cruciale est prévue mardi pour examiner ces différentes alternatives. Parmi les pistes explorées figurent également le déploiement d’armes cybernétiques, le renforcement des sanctions économiques et la fourniture d’assistance technologique aux manifestants, notamment via le réseau satellite Starlink d’Elon Musk pour contourner la coupure d’Internet imposée depuis le 8 janvier.
Escalade des tensions entre Washington et Téhéran sur fond de crise humanitaire
Les menaces américaines ont suscité une réaction ferme du président du Parlement iranien, Mohammad Baqer Qalibaf, qui a averti que les bases militaires américaines et israéliennes dans la région seraient considérées comme des cibles légitimes en cas d’intervention armée. Face à ces avertissements, Trump a répliqué avec une rhétorique musclée, promettant de frapper l’Iran avec une intensité jamais atteinte auparavant si Téhéran s’en prenait aux installations américaines. Le président américain a souligné que son administration disposait d’options particulièrement puissantes, laissant planer l’incertitude sur la nature exacte des mesures envisagées.
La contestation populaire qui secoue actuellement l’Iran constitue l’un des soulèvements les plus massifs que la République islamique ait connus depuis son établissement il y a près de cinq décennies. Initiée fin décembre au Grand Bazar de Téhéran par des commerçants excédés par l’effondrement du rial et l’inflation galopante, la mobilisation s’est rapidement transformée en un mouvement national contestant directement l’autorité du clergé au pouvoir. Les protestations se sont propagées dans les principales métropoles du pays, incluant Machhad, ville natale du guide suprême Ali Khamenei, ainsi que Chiraz, Yazd et Ispahan. Ce soulèvement intervient dans un contexte de fragilisation marquée du régime iranien, tant sur le plan intérieur où le fossé avec la population n’a cessé de se creuser depuis le mouvement Femme, Vie, Liberté de 2022, que sur le plan régional avec l’affaiblissement de ses alliés comme le Hezbollah et le Hamas suite aux opérations israélo-américaines.
Bilan humain contesté et blackout informationnel total
L’organisation américaine de défense des droits humains HRANA, reconnue pour la fiabilité de ses bilans lors des précédents mouvements de protestation, fait état d’au moins 544 décès, dont 496 manifestants et 48 membres des forces de sécurité. L’ONG norvégienne Iran Human Rights a confirmé un minimum de 192 morts parmi les contestataires, tout en estimant que le bilan réel pourrait être considérablement plus lourd, évoquant potentiellement plusieurs milliers de victimes. Plus de 10 600 personnes auraient été arrêtées durant les quinze jours de manifestations, parmi lesquelles 169 mineurs selon les décomptes des militants des droits humains.
Le ministre iranien des Affaires étrangères Abbas Araghchi a affirmé lundi que la situation était désormais totalement sous contrôle, accusant des terroristes étrangers d’avoir infiltré les manifestations pacifiques pour les transformer en bain de sang et fournir un prétexte à l’intervention américaine. Cette version officielle contraste radicalement avec les témoignages et les images qui parviennent à filtrer malgré la coupure des communications. La censure numérique imposée depuis plus de 84 heures complique considérablement l’évaluation indépendante de la situation, les seules informations fiables provenant de personnes parvenant à se connecter via des réseaux satellites comme Starlink.
Le président iranien Massoud Pezeshkian a appelé la population à participer lundi à une marche de résistance nationale pour dénoncer les violences qu’il attribue à des criminels terroristes urbains. De son côté, Reza Pahlavi, fils du dernier shah d’Iran vivant en exil aux États-Unis, continue d’encourager les manifestants et a même évoqué publiquement son intention de rentrer en Iran pour conduire une transition démocratique, exhortant les forces de sécurité et les fonctionnaires à rejoindre le mouvement populaire.


