Libye : 21 migrants africains retrouvés dans une fosse commune après le non-paiement de rançons

Une macabre découverte a été effectuée mercredi 14 janvier 2026 dans la ville d’Ajdabiya, dans l’est de la Libye, où les forces de sécurité ont exhumé les corps de 21 migrants originaires de différents pays africains. Ces victimes auraient été exécutées par un passeur libyen après que leurs proches se sont trouvés dans l’impossibilité de verser les sommes exigées pour leur libération. Cette tragédie relance le débat sur l’impunité dont jouissent les réseaux criminels opérant sur le territoire libyen, devenu un véritable piège mortel pour des milliers de candidats à l’exil.

Les agents de l’Agence de sécurité intérieure ont mené une opération coup de poing dans une exploitation agricole située aux abords d’Ajdabiya, agglomération stratégique du nord-est libyen. Sur place, les enquêteurs ont mis au jour une prison clandestine où plusieurs migrants étaient encore retenus captifs dans des conditions sanitaires déplorables. Le propriétaire des lieux, un individu déjà connu des services de police pour des activités criminelles antérieures, a été immédiatement placé en détention. Les investigations ont révélé que cet homme orchestrait un système d’extorsion particulièrement violent, séquestrant des ressortissants subsahariens et contactant leurs familles restées au pays pour exiger d’importantes sommes d’argent. Ceux dont les proches ne parvenaient pas à réunir les fonds réclamés subissaient un sort funeste, leurs corps étant ensuite enterrés à même la terre dans l’enceinte de la ferme.

Trafic de migrants en Libye : un système criminel aux ramifications tentaculaires

La route migratoire traversant le territoire libyen représente l’un des itinéraires les plus périlleux au monde pour les personnes cherchant à rejoindre les côtes européennes. Depuis l’effondrement de l’État libyen consécutif au renversement de Mouammar Kadhafi en 2011, des organisations criminelles ont proliféré, exploitant le vide sécuritaire et l’absence de gouvernance unifiée. Ces réseaux de passeurs ont développé un modèle économique reposant sur la marchandisation des êtres humains, où les migrants deviennent de véritables monnaies d’échange. Le parcours débute généralement aux frontières méridionales du pays, notamment avec le Niger, le Tchad ou le Soudan, où des intermédiaires promettent aux candidats à l’exil un passage sécurisé vers la Méditerranée. Une fois sur le sol libyen, ces derniers se retrouvent fréquemment dépouillés de leurs économies, puis revendus à plusieurs reprises entre différentes milices et groupes armés. Les témoignages recueillis par diverses organisations humanitaires décrivent des séances de torture systématiques destinées à contraindre les familles au versement de rançons pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars. Les femmes font face à des risques particulièrement élevés de violences sexuelles, tandis que ceux qui tentent de s’échapper sont souvent rattrapés et exécutés sommairement.

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La découverte d’Ajdabiya n’est malheureusement pas un cas isolé sur cette terre devenue synonyme de souffrance pour des centaines de milliers d’Africains subsahariens. Au cours de l’année écoulée, les autorités libyennes ont exhumé des dizaines de corps dans plusieurs régions du pays, témoignant de l’ampleur du phénomène. En février 2025, près d’une cinquantaine de dépouilles avaient été retrouvées dans deux charniers distincts de la zone désertique, certaines présentant des impacts de projectiles attestant d’exécutions sommaires. La ville de Kufra, située dans l’extrême sud-est, avait également livré son lot de victimes anonymes, avec au moins 39 corps identifiés dans des fosses clandestines après le démantèlement d’un centre de détention tenu par des trafiquants.

Réactions des autorités et appels à la justice face aux crimes contre les migrants

Face à l’horreur de cette énième tragédie, la population locale d’Ajdabiya et les militants des droits humains ont exprimé leur indignation, réclamant la sanction la plus sévère à l’encontre du passeur interpellé. Plusieurs voix se sont élevées pour exiger que la peine capitale soit appliquée, qualifiant ces actes de crimes contre l’humanité méritant une réponse judiciaire exemplaire. Le suspect a été transféré devant les juridictions compétentes, bien que le fonctionnement chaotique du système judiciaire libyen laisse planer des doutes sur l’aboutissement des poursuites. La Commission africaine des droits de l’homme et des peuples avait d’ailleurs adopté récemment une résolution spécifique exprimant sa vive préoccupation concernant les exactions commises contre les ressortissants subsahariens sur le territoire libyen, appelant les autorités de Tripoli à mener des enquêtes indépendantes et à traduire les responsables devant la justice.

L’Organisation internationale pour les migrations continue de documenter les violations massives perpétrées contre les personnes en mouvement dans cette région, soulignant que la Libye demeure le pays où les migrants font face aux défis les plus considérables en Afrique du Nord. Entre trois et quatre millions d’étrangers en situation irrégulière se trouveraient actuellement sur le sol libyen selon les estimations officielles, beaucoup fuyant les conflits du Soudan ou l’instabilité chronique du Sahel. Cette masse de personnes vulnérables constitue un réservoir inépuisable pour les organisations criminelles qui prospèrent grâce au chaos ambiant. Tant que la communauté internationale ne mettra pas en place des voies de migration légales et sécurisées, et tant que l’État libyen restera fragmenté entre factions rivales, ces fosses communes continueront de parsemer le désert, tombeaux anonymes de rêves brisés sur les routes de l’exil.

1 réflexion au sujet de « Libye : 21 migrants africains retrouvés dans une fosse commune après le non-paiement de rançons »

  1. À cette époque où la plupart des gens ont un téléphone portatif et sur que ces candidats à l’immigration doivent l’avoir avec une connexion internet, on ne peut plus se plaindre pour ceux qui utilisent des milliers de francs CFA pour se lancer dans cette aventure avec toutes les informations concernant des immenses drames que cette traversée coûte en vie humaine et autres galères sans positifs dénouement.
    On ne peut rien faire pour des personnes qui ont une tendance suicidaire, l’appel de la Faucheuse leur est irrésistible.

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