Au milieu d’un contexte international marqué par des tensions géopolitiques croissantes, les dépenses militaires mondiales ont atteint des niveaux sans précédent ces dernières années. Entre conflits prolongés, rivalités stratégiques et course aux technologies de pointe, les États dépensent massivement pour renforcer leurs armées et leurs capacités de défense. Cette dynamique, que l’on aurait parfois cru reléguée au XXᵉsiècle avec la fin de la Guerre froide, connaît aujourd’hui une résurgence spectaculaire.
Selon le Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI), les dépenses militaires mondiales ont atteint 2 718 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de 9,4 % en termes réels par rapport à l’année précédente — le taux d’augmentation le plus élevé depuis la fin de la Guerre froide. Cette progression s’inscrit dans une tendance à la hausse ininterrompue depuis plus d’une décennie, avec une augmentation de 37 % entre 2015 et 2024.
Cette croissance ne se limite pas à un ou deux pays : plus de 100 États ont augmenté leurs budgets militaires en 2024, signe d’une intensification généralisée des préoccupations sécuritaires à travers le monde.
Les grandes puissances continuent de dominer largement ce marché. Les États-Unis restent le premier dépensier mondial, représentant à eux seuls plus d’un tiers de l’ensemble des dépenses. Ils sont suivis par des États comme la Chine, la Russie, l’Inde et l’Allemagne. Ces pays investissent tant dans des armements classiques que dans des technologies de défense avancées, notamment les systèmes autonomes et cybernétiques, reflétant une nouvelle ère de guerre technologique.
Facteurs de cette augmentation
Plusieurs facteurs expliquent cette montée des dépenses : Les conflits prolongés et les tensions régionales, notamment la guerre en Ukraine et les affrontements au Moyen-Orient, ont poussé les États à renforcer leurs capacités militaires. La course aux technologies avancées, comme l’intelligence artificielle appliquée aux systèmes d’armes autonomes, qui mobilise des investissements considérables dans la R&D militaire.
Les alliances stratégiques, telles que celles liées à l’OTAN, qui encouragent des augmentations budgétaires pour atteindre des objectifs fixés en pourcentage du PIB. Par exemple, certains États européens envisagent d’augmenter leurs dépenses à hauteur de 5 % de leur PIB dans les années à venir. Au-delà des États eux-mêmes, l’industrie mondiale de l’armement prospère également : les 100 plus grandes entreprises du secteur ont généré près de 679 milliards de dollars de revenus en 2024, augmentant leur activité face à la demande accrue d’équipements militaires.
L’Afrique dans ce paysage : entre marginalité et réalités contrastées
Dans ce tableau global, le continent africain occupe une place particulière, souvent moins visible mais néanmoins significative. Selon les données de SIPRI, les dépenses militaires en Afrique ont atteint environ 52,1 milliards de dollars en 2024, soit une hausse de 3 % par rapport à 2023 et 22 % depuis 2015.
Si ces chiffres marquent une progression, ils restent cependant modestes face aux volumes dépensés par les grandes puissances mondiales. En 2024, l’Afrique ne représentait qu’environ 1,9 % du total des dépenses militaires mondiales.
Cette situation s’explique par des contraintes économiques mais aussi par des priorités souvent tournées vers le développement social et la lutte contre la pauvreté, plutôt que vers des programmes militaires coûteux.
Des disparités régionales marquées
L’Afrique n’est pas homogène dans ses dépenses militaires. L’Afrique du Nord domine largement. En 2024, elle a contribué à plus de la moitié des dépenses africaines avec 30,2 milliards de dollars, en hausse de 8,8 % par rapport à 2023. Les pays comme l’Algérie et le Maroc pèsent particulièrement lourd dans cette région, reflétant des tensions géopolitiques locales et des stratégies de défense bien établies.
L’Afrique subsaharienne, en revanche, a vu ses dépenses légèrement baisser, passant à 21,9 milliards en 2024, soit une diminution de 3,2 % depuis 2023. Cette baisse est notamment due à des réductions de budgets militaires dans des pays comme l’Afrique du Sud, le Nigeria ou l’Éthiopie.
On observe toutefois des exceptions significatives : certains pays, souvent frappés par des conflits internes ou des insécurités persistantes, ont connu des hausses très fortes de leurs dépenses. C’est le cas, par exemple, de la République démocratique du Congo et du Soudan du Sud, qui ont enregistré parmi les plus fortes augmentations annuelles au monde dans certains rapports récents.
La question de l’armement en Afrique se pose avec acuité. Dans de nombreux pays, l’augmentation des budgets militaires survient dans un contexte de défis économiques profonds : pauvreté, manque d’infrastructures, santé et éducation sous-financées. Cela soulève des interrogations sur les arbitrages budgétaires. La sécurité intérieure et les conflits armés : des insurrections, groupes armés ou tensions frontalières obligent certains États à investir davantage dans la sécurité.
Alors que les dépenses militaires mondiales atteignent des sommets, l’Afrique reste à la fois marginale dans le volume global mais paradoxalement engagée dans des dynamiques très contrastées à l’échelle régionale. Si certains pays investissent davantage dans leurs forces armées pour faire face à des menaces réelles, ces choix posent des questions essentielles sur l’équilibre entre sécurité, développement et bien-être des populations.
Dans un monde où les grandes puissances tirent la couverture stratégique vers elles, l’Afrique se retrouve confrontée à un dilemme : comment assurer sa sécurité sans sacrifier ses besoins économiques et sociaux ? La réponse à cette question influencera de manière décisive l’avenir du continent dans ce siècle marqué par des tensions croissantes et une course aux technologies de défense de plus en plus competitive.
