L’année qui vient de s’achever restera dans les mémoires comme un moment de bascule où les équilibres précaires de la décennie précédente ont cédé la place à une nouvelle configuration du pouvoir. Entre les scrutins électoraux aux conséquences sismiques, l’accélération brutale des technologies numériques et les manifestations d’un climat de plus en plus instable, chaque mois a apporté son lot de transformations profondes. Ces mutations ne se sont pas limitées aux frontières nationales, mais ont redessiné la carte des alliances et des priorités à l’échelle de la planète entière, faisant de 2025 une période de ruptures définitives.
Donald Trump et le nouveau paradigme de la diplomatie américaine
Le 20 janvier 2025 a marqué un tournant politique majeur avec l’investiture de Donald Trump à la Maison-Blanche pour un second mandat non consécutif. Ce retour aux affaires a immédiatement entraîné un changement de cap radical pour les États-Unis, marqué par un nouveau retrait de l’Accord de Paris sur le climat et une remise en question profonde du soutien militaire à l’Ukraine. Ce repositionnement a forcé les alliés traditionnels de Washington à repenser leur propre autonomie stratégique dans un monde de moins en moins prévisible.
Guerre tarifaire sino-américaine et bouleversements du commerce international
L’année a été rythmée par une escalade des tensions commerciales entre Washington et Pékin. L’administration américaine a imposé des taxes massives sur les technologies de pointe et les véhicules électriques chinois, avec des droits de douane de 25% également appliqués aux produits canadiens et mexicains. Ce basculement a poussé la Chine à réorienter massivement ses flux d’exportation vers les marchés du Sud Global, favorisant de nouveaux partenariats économiques en Asie du Sud-Est, en Afrique et en Amérique latine, fragmentant davantage les circuits du commerce mondial.
Expansion des BRICS et émergence d’un système financier multipolaire
2025 a vu la consolidation concrète du bloc des BRICS+ avec l’intégration opérationnelle de nouveaux membres comme l’Égypte, l’Éthiopie et les Émirats arabes unis. Le 1er janvier 2025, neuf nouveaux partenaires stratégiques ont rejoint l’alliance : la Biélorussie, la Bolivie, l’Indonésie, le Kazakhstan, Cuba, la Malaisie, la Thaïlande, l’Ouganda et l’Ouzbékistan. Cette alliance a accéléré les discussions sur la dédollarisation des échanges, notamment pour les transactions pétrolières. L’émergence de mécanismes financiers alternatifs via la Nouvelle Banque de Développement a offert à ces nations une plus grande résilience face aux pressions économiques occidentales. Les BRICS représentent désormais 51% de la population mondiale et produisent 40,4% du PIB global en parité de pouvoir d’achat.
Élections en Allemagne et nouveaux équilibres de l’Union européenne
En mai, l’arrivée de Friedrich Merz à la chancellerie allemande a modifié le moteur politique de l’Europe. Ce changement de leadership dans la première économie du continent a durci les positions sur les règles budgétaires et la politique migratoire. Ce virage a eu des répercussions immédiates sur la cohésion de l’Union européenne, obligeant les États membres à renégocier leurs priorités communes en matière de défense et de souveraineté industrielle.
Justice climatique et diplomatie environnementale à la COP30 au Brésil
Organisée à Belém, au cœur de l’Amazonie, la COP30 a été le théâtre d’une affirmation sans précédent des pays du Sud. Sous l’impulsion du président Lula, les nations tropicales ont exigé des financements directs et massifs pour la protection de la biodiversité. En liant écologie et économie, ce sommet a transformé la lutte contre le dérèglement climatique en une véritable exigence de justice financière internationale.
Désinformation et régulation mondiale de l’intelligence artificielle
L’IA générative a atteint un stade de maturité industrielle en 2025, mais son utilisation a aussi généré des crises de confiance majeures. La prolifération de deepfakes lors de scrutins électoraux mondiaux a forcé les gouvernements à adopter des régulations strictes en urgence. La lutte pour l’intégrité de l’information est devenue un enjeu de sécurité nationale, opposant l’innovation technologique à la protection des processus démocratiques.
Crise humanitaire au Soudan et fractures sécuritaires en Afrique
Le continent africain a fait face à des défis sécuritaires d’une ampleur inédite, particulièrement au Soudan où la guerre civile a engendré la plus grave crise de déplacés de la planète. Parallèlement, les tensions entre la CEDEAO et l’Alliance des États du Sahel ont redessiné la géopolitique régionale. Ces instabilités, souvent liées au contrôle des ressources stratégiques, ont continué de peser sur le développement et la stabilité de l’Est de la République Démocratique du Congo.
Cessez-le-feu à Gaza et stabilisation précaire du Proche-Orient
Après des mois d’hostilités dévastatrices, un accord de cessez-le-feu a été conclu à Gaza le 9 octobre 2025 à Charm el-Cheikh en Égypte, sous médiation américaine, égyptienne, qatarie et turque. Bien que fragile, cette trêve a permis d’amorcer une aide humanitaire d’urgence. Le plan de paix en vingt points présenté par Trump a effectivement permis un cessez-le-feu qui perdure depuis octobre, avec la libération des otages vivants et le retrait partiel des forces israéliennes. Cependant, le Hamas accuse régulièrement Israël de violations via des frappes aériennes sporadiques, et la gouvernance transitoire de Gaza reste sous surveillance internationale constante. L’année a également été marquée par des pics de tensions entre Israël et l’Iran, rappelant que la stabilité régionale reste dépendante d’un équilibre diplomatique extrêmement complexe et sujet à de brusques retournements.
Records thermiques et impacts des événements climatiques extrêmes
2025 s’est inscrite dans la continuité des records de chaleur, devenant l’une des années les plus chaudes jamais enregistrées. Des inondations massives en Asie du Sud et des sécheresses persistantes en Afrique australe ont provoqué des déplacements de populations à grande échelle. Ces catastrophes ont souligné l’urgence d’une adaptation des infrastructures mondiales face à une météo de plus en plus erratique et violente.
Tensions sociales et crise du logement dans les métropoles mondiales
L’année s’est achevée sur une grogne sociale croissante liée au coût de la vie. De Séoul à Paris, en passant par Lagos et Toronto, l’accès au logement est devenu le principal point de friction politique. L’impossibilité pour les jeunes générations d’accéder à la propriété a déclenché des mouvements de protestation, forçant les autorités urbaines à repenser radicalement leurs modèles d’urbanisme et de régulation des loyers.
L’année 2025 s’achève sur le constat d’un monde qui ne cherche plus à masquer ses divisions, mais tente plutôt de les administrer. Si le retour à des politiques nationales fortes aux États-Unis a pu laisser craindre un repli total, l’affirmation de nouvelles puissances régionales et la structuration de blocs économiques alternatifs suggèrent l’avènement d’un système multipolaire plus affirmé.
