Le président américain a de nouveau ciblé la Somalie et sa diaspora lors de son intervention au Forum économique mondial, le 21 janvier 2026. Devant les élites réunies dans la station suisse, Donald Trump a qualifié ce pays de la Corne de l’Afrique d’État sans gouvernement ni institutions, tout en remettant en question les capacités intellectuelles de ses ressortissants. Ces déclarations s’insèrent dans une campagne de dénigrement lancée depuis plusieurs semaines contre la communauté somalienne établie aux États-Unis. L’acharnement du locataire de la Maison Blanche soulève des interrogations sur les motivations profondes de cette stigmatisation ciblée.
La tribune helvétique du World Economic Forum a servi de caisse de résonance mondiale aux propos incendiaires du dirigeant américain. Durant une allocution de plus d’une heure, Donald Trump a consacré une partie significative de son discours à fustiger la Somalie, livrant une description particulièrement dégradante de ce pays est-africain. « La Somalie est un État failli — ce n’est pas une nation — elle n’a pas de gouvernement, pas de police… rien du tout », a-t-il lancé devant un parterre de décideurs internationaux. Le président a également tenu des propos dégradants sur l’intelligence présumée des Somaliens, déclarant : « Il s’avère que les Somaliens ont un QI plus élevé que ce que l’on pensait. Je le dis toujours : ce sont des gens à faible QI. » La représentante démocrate Ilhan Omar, native de Somalie et élue du Minnesota, a une nouvelle fois été visée nommément durant cette intervention médiatisée à l’échelle planétaire.
Immigration somalienne aux États-Unis : la rhétorique de Trump se durcit
Le président républicain a établi un lien direct entre ses critiques et les affaires judiciaires secouant actuellement le Minnesota, justifiant sa position par une mise en garde adressée aux nations occidentales. « L’Occident ne peut pas importer massivement des cultures étrangères qui n’ont jamais réussi à bâtir une société prospère », a-t-il affirmé à Davos. Cet État du nord des États-Unis abrite la plus importante communauté somalienne du pays, avec environ 43 000 personnes nées en Somalie et près de 94 000 résidents somalophones. Une vaste enquête sur des détournements de fonds publics, estimés à plus d’un milliard de dollars dans le cadre de programmes d’aide sociale liés à la pandémie, implique plusieurs individus d’origine somalienne parmi les personnes mises en cause. Trump s’est emparé de ce dossier pour justifier sa position hostile envers l’ensemble de cette communauté. Le gouverneur démocrate du Minnesota, Tim Walz, a tenté de nuancer ces accusations en affirmant que les estimations concernant l’ampleur de la fraude étaient exagérées et sensationnalisées, promettant néanmoins de régler le problème.
Les déclarations de Davos ne constituent pas un épisode isolé mais plutôt l’aboutissement d’une escalade verbale amorcée début décembre 2025. Lors d’une réunion de son cabinet le 2 décembre, le dirigeant américain avait déjà employé des termes particulièrement virulents. « Je ne veux pas d’eux dans notre pays. Je vais être honnête avec vous. Certains diront : ‘Oh, ce n’est pas politiquement correct’. Je m’en moque », avait-il alors déclaré. Il avait également décrit la Somalie en ces termes : « Leur pays ne vaut rien pour une raison ou une autre. Leur pays est pourri, et nous ne voulons pas d’eux chez nous. » Concernant la population somalienne, il avait ajouté : « Ils n’ont rien, ils ne font que s’entre-tuer. » La députée Ilhan Omar avait été directement insultée : « Ilhan Omar est une ordure. Ses amis sont des ordures. Qu’ils retournent d’où ils viennent et qu’ils règlent leurs problèmes. » Une semaine plus tard, lors d’un meeting en Pennsylvanie le 9 décembre, Trump avait qualifié la nation africaine de « sale, immonde, répugnante et rongée par le crime ». Le 11 décembre, il avait repris l’expression « pays de merde » en s’interrogeant : « Pourquoi ne pouvons-nous pas avoir des gens de Suède, de Norvège ? Mais nous ne prenons que des gens de Somalie. Des endroits calamiteux. »
Mogadiscio face aux insultes : la diaspora somalienne entre colère et inquiétude
Les répercussions de cette campagne de dénigrement se font sentir tant sur le sol américain qu’en Somalie même. À Mogadiscio, la capitale somalienne, les habitants ont exprimé leur indignation face à ce qu’ils perçoivent comme une attaque raciste d’une violence inouïe. Le ministre somalien de la Défense, Ahmed Moallim Fiqi, a officiellement réagi en défendant ses compatriotes : « Le peuple somalien est connu dans le monde entier pour son travail acharné. Il est réputé pour sa résilience face à l’adversité. Il a dû faire face à des épreuves et à de nombreux ennemis, notamment ceux qui nient son existence, le tuent, l’humilient et l’insultent. » Le ministre a appelé le président américain à se concentrer sur les promesses faites à son propre peuple plutôt que de multiplier les offenses envers un État souverain. Des manifestations ont eu lieu mi-décembre à Mogadiscio, rassemblant des jeunes brandissant des portraits d’Ilhan Omar en signe de solidarité. La députée démocrate a elle-même répliqué sur les réseaux sociaux : « Son obsession pour moi est effrayante. J’espère qu’il recevra l’aide dont il a désespérément besoin. »
Politique migratoire américaine : les Somaliens dans le viseur de Washington
Sur le plan administratif, l’administration Trump a joint les actes à la parole en annonçant la fin du statut de protection temporaire accordé aux ressortissants somaliens. Cette mesure, effective à partir du 17 mars prochain, concerne près de 2 500 personnes qui bénéficiaient jusqu’alors d’une protection contre l’expulsion en raison de l’instabilité prévalant dans leur pays d’origine. Les agents fédéraux de l’immigration ont par ailleurs été déployés dans la région de Minneapolis-Saint Paul, provoquant des tensions avec les autorités locales. Un incident impliquant un ressortissant vénézuélien blessé par balle lors d’une opération a conduit la municipalité de Minneapolis à exiger le départ immédiat des forces fédérales. Le maire de la ville, Jacob Frey, a qualifié les propos de Trump d’erronés, affirmant que les immigrés somaliens avaient contribué à l’amélioration de sa communauté.
L’obstination avec laquelle Donald Trump cible la communauté somalienne semble répondre à une stratégie politique délibérée, visant à construire un récit présentant l’immigration en provenance de pays africains et musulmans comme une menace existentielle pour les États-Unis. Les Somaliens, cumulant ces deux caractéristiques tout en provenant d’un territoire confronté à des groupes armés, constituent une cible idéale pour alimenter cette rhétorique. Le sénateur démocrate Ed Markey a dénoncé ces propos comme « une preuve de plus de son programme raciste », tandis que l’élu républicain Randy Fine a pris la défense du président en affirmant que « toutes les cultures ne se valent pas ». La question demeure de savoir jusqu’où cette escalade verbale peut conduire, alors que certains commentateurs établissent des parallèles historiques préoccupants avec des périodes sombres du passé américain.


