Syrie : décès de Rifaat al-Assad, le « boucher de Hama », en exil à 88 ans

L’oncle de l’ancien président syrien Bachar al-Assad s’est éteint ce mardi 21 janvier 2026 aux Émirats arabes unis, où il avait trouvé refuge après la chute du régime familial en décembre dernier. Ancien vice-président et figure redoutée du pouvoir baasiste, Rifaat al-Assad traînait derrière lui des décennies de controverses judiciaires en Europe pour crimes de guerre et détournement de fonds publics. Sa disparition clôt le parcours d’un homme qui incarna la brutalité du système Assad tout en menant une vie dorée loin de son pays natal. Cette mort survient alors que la Suisse s’apprêtait à le juger pour des atrocités commises il y a plus de quarante ans.

Un exil précipité après l’effondrement du clan Assad en Syrie

La nouvelle de son décès a été confirmée par des proches de la famille à plusieurs médias internationaux. Selon ces sources, l’ancien homme fort du régime souffrait d’une infection grippale depuis environ une semaine avant de succomber. Son parcours final montre parfaitement les soubresauts qui ont secoué le clan Assad ces derniers mois. Lorsque les forces rebelles ont pris le contrôle de Damas en décembre 2024, mettant fin à plus d’un demi-siècle de domination familiale, Rifaat al-Assad a dû fuir précipitamment le territoire syrien. Il aurait emprunté la voie terrestre jusqu’au Liban avant de s’envoler depuis l’aéroport de Beyrouth vers le Golfe, où il a passé ses dernières semaines d’existence.

Cette fuite constituait en réalité son second exil. Revenu discrètement en Syrie en 2021 après avoir passé près de quatre décennies en Europe, il cherchait alors à échapper aux condamnations prononcées contre lui par la justice française. Les tribunaux de l’Hexagone l’avaient reconnu coupable de blanchiment en bande organisée portant sur des fonds publics syriens détournés, ordonnant la saisie d’un patrimoine immobilier évalué à environ 90 millions d’euros. Cette fortune colossale comprenait notamment des propriétés prestigieuses à Paris et dans d’autres capitales européennes, ainsi qu’une demeure londonienne dont la valeur atteignait 29 millions d’euros selon les estimations judiciaires.

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Le massacre de Hama en 1982 : origines du surnom de « boucher »

Le surnom sinistre qui accompagna Rifaat al-Assad jusqu’à sa mort trouve son origine dans les événements tragiques de février 1982. Cette année-là, la ville de Hama, située à environ 200 kilomètres au nord de Damas, devient le théâtre d’un soulèvement mené par les Frères musulmans contre le régime de Hafez al-Assad. La réponse du pouvoir sera d’une violence inouïe. À la tête des Brigades de défense, unité d’élite qu’il commandait depuis 1971, Rifaat orchestre un siège impitoyable de la cité rebelle. Pendant près d’un mois, les habitants se retrouvent pris au piège, soumis aux bombardements incessants de l’artillerie, privés d’électricité et de ravitaillement. Des quartiers entiers sont rasés méthodiquement. Le bilan humain demeure encore aujourd’hui sujet à controverses : les estimations oscillent entre 10 000 et 40 000 victimes, majoritairement civiles. Certaines sources évoquent même des chiffres plus élevés. Cet épisode sanglant, perpétré dans un black-out médiatique total, restera gravé dans la mémoire collective syrienne comme l’une des pires atrocités du XXe siècle au Moyen-Orient.

Cette répression féroce n’était pas un acte isolé. Deux ans plus tôt, en 1980, les hommes de Rifaat s’étaient déjà illustrés lors du massacre de la prison de Palmyre, où un millier de détenus islamistes auraient été exécutés en représailles à une tentative d’assassinat contre son frère Hafez. Ces méthodes expéditives serviront de modèle, trois décennies plus tard, à son neveu Bachar pour réprimer le soulèvement populaire de 2011.

Poursuites judiciaires internationales et fin d’une époque pour la Syrie

Les dernières années de Rifaat al-Assad furent marquées par une accumulation de procédures judiciaires sur le continent européen. En mars 2024, le parquet fédéral suisse annonçait son intention de le traduire devant les tribunaux pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité, dans le cadre d’une enquête fondée sur le principe de compétence universelle. L’acte d’accusation helvétique mentionnait des faits de meurtres, de torture et de détentions arbitraires commis lors du siège de Hama. Cette procédure faisait suite à des plaintes déposées dès 2013 par l’ONG TRIAL International, spécialisée dans la poursuite des auteurs de crimes internationaux.

En France également, les associations Sherpa et Transparency International avaient engagé des actions judiciaires contre lui dès 2011, aboutissant à sa condamnation définitive confirmée par la Cour de cassation en septembre 2022. La justice espagnole s’intéressait parallèlement à un réseau complexe d’entreprises ayant permis le blanchiment présumé de près de 695 millions d’euros à travers l’acquisition de biens immobiliers dans la péninsule ibérique. Sa mort met fin à l’ensemble de ces procédures, privant les victimes syriennes d’un procès qu’elles attendaient depuis des décennies. Elle symbolise également la disparition progressive des figures historiques du régime baasiste, alors que la Syrie tente d’écrire un nouveau chapitre de son histoire après l’effondrement du pouvoir qui l’a gouvernée d’une main de fer pendant plus de cinquante ans.

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