Depuis la vague de coups d’État militaires au Mali, au Burkina Faso et au Niger, les relations entre l’Union africaine et ces trois pays sahéliens n’ont cessé de se détériorer. Suspendus des instances de l’organisation panafricaine en raison de leurs changements anticonstitutionnels de gouvernement, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont progressivement tourné le dos aux mécanismes traditionnels de résolution de crises de l’UA, qu’ils jugeaient déconnectés de leurs réalités sécuritaires. La création de l’Alliance des États du Sahel (AES) en septembre 2023, puis sa transformation en Confédération en juillet 2024, ont accentué cette fracture. Les trois capitales reprochaient à l’institution d’Addis-Abeba de s’en tenir à des principes abstraits sans jamais se rendre sur le terrain pour constater l’ampleur de la menace terroriste. Mais un tournant semble désormais se dessiner.
Mamadou Tangara en mission à Ouagadougou pour relancer le dialogue UA – AES
Le 9 février 2026, le nouveau chef de la Mission de l’Union africaine pour le Sahel (MISAHEL), Mamadou Tangara, a été reçu à Ouagadougou par le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean Marie Traoré. Lors de cette rencontre de prise de contact, le diplomate a exposé les contours d’une démarche qui tranche avec l’attitude passée de l’organisation continentale. Fini les décisions prises à distance : l’UA entend désormais privilégier le dialogue direct et associer pleinement les États de l’AES aux processus de décision qui les concernent.
« Nos destins sont inextricablement liés » et « on est obligé de travailler ensemble », a martelé Dr Tangara, selon un communiqué du ministère burkinabè des Affaires étrangères. Des propos qui marquent une volonté claire de rompre avec la posture jugée distante que l’UA a longtemps adoptée face aux pays sahéliens en transition.
De son côté, le chef de la diplomatie burkinabè a saisi l’occasion pour dénoncer les stéréotypes qui continuent de circuler au sujet de la Confédération AES. Cette préoccupation rejoint une revendication constante des trois pays, qui estiment que les décisions les concernant sont trop souvent fondées sur des informations biaisées ou de seconde main, sans contact réel avec les populations et les autorités sur place.
La Confédération AES face aux stéréotypes et à l’isolement diplomatique
Cette visite de Mamadou Tangara intervient après plusieurs mois d’efforts pour renouer les fils du dialogue. En septembre 2025, en marge de la 80ᵉ Assemblée générale des Nations Unies à New York, les ministres des Affaires étrangères des trois pays — Abdoulaye Diop (Mali), Bakary Yaou Sangaré (Niger) et Karamoko Jean Marie Traoré (Burkina Faso) — avaient déjà rencontré le président de la Commission de l’UA, Mahmoud Ali Youssouf. À cette occasion, les trois diplomates avaient d’une même voix réclamé une approche réaliste de la lutte antiterroriste et rappelé un principe simple : « On ne saurait parler de terrorisme sans les pays de l’AES. Même suspendus, on ne doit pas parler de nous sans nous. »
Le président de la Commission de l’UA avait alors reconnu la nécessité d’adapter les textes de l’organisation aux réalités de chaque État membre et promis de veiller à éviter tout isolement des pays de l’AES. Il avait également salué la reprise de la coopération entre l’AES et la CEDEAO, estimant qu’il s’agissait d’un pas vers le rétablissement des liens avec l’institution panafricaine.
L’envoi de missions d’immersion sur le terrain dans les pays de l’AES, initié sous l’impulsion de la nouvelle direction de la Commission, avait été perçu favorablement par les trois capitales. C’est précisément cette démarche de proximité que Mamadou Tangara semble vouloir incarner et prolonger à travers ses fonctions à la tête de la MISAHEL.
La question reste toutefois de savoir si cette main tendue suffira à convaincre des dirigeants sahéliens qui ont multiplié les partenariats alternatifs — notamment avec la Russie — et qui continuent de consolider leur propre architecture institutionnelle confédérale, avec une banque de développement, une force militaire unifiée et une diplomatie coordonnée. Le passage des mots aux actes sera déterminant pour mesurer la portée réelle de ce rapprochement annoncé.
