AES : Tiken Jah Fakoly appelle à une vraie union en Afrique de l'Ouest

Le musicien ivoirien engagé Tiken Jah Fakoly a exprimé son profond désenchantement face aux divisions qui fracturent l’Afrique de l’Ouest, particulièrement suite à la formation de l’Alliance des États du Sahel. En remettant en question l’efficacité de cette nouvelle alliance face aux enjeux régionaux, l’artiste soulève un paradoxe : une union qui, loin de renforcer la région, ne ferait que l’affaiblir davantage. Ses propos résonnent comme un appel à repenser les stratégies d’intégration régionale, alors que le continent vise à concrétiser son rêve d’unité politique et économique.

L’Afrique de l’Ouest divisée : Tiken Jah Fakoly critique la fragmentation régionale

Dans une interview accordée au média Deutsche  Welle le 11 février 2026, l’artiste ivoirien se montre profondément préoccupé par le chemin que prennent les relations entre nations ouest-africaines. Selon lui, la création de l’AES représente un symptôme d’échec plutôt qu’une solution aux problèmes fondamentaux qui secouent la région. Fakoly déplore que malgré le discours d’union affichée par les trois pays membres de cette alliance, la réalité révèle une structure fragmentée où coexistent trois présidences, trois gouvernements distincts. Le musicien estime que cette division affaiblit considérablement le poids politique et économique de la région face aux défis contemporains. À ses yeux, cette situation représente un recul par rapport aux ambitions historiques portées par les générations précédentes d’Africains, qui rêvaient d’une intégration véritable et fonctionnelle.

L’initiative de l’AES a émergé dans une situation géopolitique marquée par les bouleversements survenus au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Ces trois nations, qui ont tous connu des changements de gouvernement par voie militaire, ont progressivement pris leurs distances avec la Communauté Économique des États de l’Afrique de l’Ouest et l’Union Économique et Monétaire Ouest Africaine. Les sanctions et tensions issues de ces ruptures institutionnelles ont poussé ces États à former leur propre structure, cherchant à affirmer une autonomie régionale et une indépendance décisionnelle. Cependant, Tiken Jah Fakoly argumente que ce repli a davantage creusé les divisions au lieu de catalyser une véritable synergie. Pour le musicien, cette fragmentation traduit l’incapacité des structures existantes à résoudre les conflits de manière équitable, et notamment celle de la CEDEAO à remplir sa mission originelle de maintien de la stabilité et de promotion du développement partagé. Cette désintégration progressive de l’espace ouest-africain représente, à ses yeux, un échec collectif face auquel il demeure déçu.

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Nouvelle génération : Tiken Jah Fakoly place ses espoirs dans des leaders renouvelés

Malgré ses critiques, Tiken Jah Fakoly n’abandonne pas tout espoir. L’artiste envisage un renouvellement possible du paysage politique régional grâce à l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants, incarnée notamment par des figures comme Ousmane Sonko au Sénégal. Le musicien considère que la retraite programmée de leaders de longue date, dont il cite Alassane Ouattara, constituerait une opportunité de revitaliser les institutions régionales et de redynamiser l’engagement envers l’intégration ouest-africaine. Il estime que cette jeunesse politique apporterait une vision renouvelée et une volonté d’appliquer avec rigueur les principes et les mécanismes de la CEDEAO. Cette perspective lui permet d’entrevoir un futur où les divisions actuelles pourraient être surmontées, à condition que la classe politique accepte de placer les intérêts collectifs avant les calculs de court terme. Pour Fakoly, cette transformation générationnelle représente peut-être la dernière chance de transformer le rêve panafricain en réalité opérationnelle.

Fakoly ne cache pas sa frustration personnelle face à ce scénario. En tant que défenseur des idéaux unitaires, il considère que les divisions actuelles constituent un échec de sa propre mission d’engagement auprès des peuples africains. Néanmoins, son appel demeure un cri du cœur adressé aux acteurs politiques de la région, les exhortant à repenser les modalités de leur collaboration. Pour lui, l’unité africaine ne doit pas être reléguée au rang de slogan électoral, mais doit devenir une priorité stratégique concrétisée par des institutions efficaces et des gouvernances exemplaires. Ce qui pourrait transformer la trajectoire de l’Afrique de l’Ouest tient finalement à la capacité de ses nouveaux leaders à transcender les divisions passées.

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